Une poignée de main pour relancer l'économie

Christopher Smart, Barings

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Les données économiques sont toujours à la traîne. Les investisseurs devraient plutôt se pencher sur la psychologie de la reprise.


© Keystone

Tout est dans la poignée de main. La profondeur de la crise, l'étendue des dégâts et le rythme de la reprise dépendent plus ou moins de la rapidité avec laquelle chacun d'entre nous est prêt à serrer la main de son voisin.

Cette mesure nous permettra de savoir quand nous nous sentirons à l'aise pour monter dans le métro, prendre l'avion ou réserver une table dans un bistrot en bas de la rue. Cette seule mesure déterminera si l'économie mondiale perdra plus - ou moins - que les 9'000 milliards de dollars estimés par le Fonds monétaire international cette année et l'année prochaine. À titre de référence, c'est plus que les économies de l'Allemagne et du Japon réunies.

Le risque de se serrer la main n'a jamais été nul, mais jusqu'à quel point doit-il être proche de zéro pour que l'on puisse revenir à des habitudes familières? Jusqu'à quel point pouvons-nous nous rapprocher de zéro grâce à un confinement efficace, un meilleur traitement et des tests plus nombreux? Dans quelle mesure pourrait-on s'approcher de zéro si nous pouvions identifier ceux qui sont déjà immunisés?

Une attention particulière portée à ces questions aura un impact bien plus important sur les marchés financiers que n'importe quelle analyse des données macroéconomiques actuelles ou des tendances microéconomiques qui se dessinent à l'heure actuelle. Si les niveaux de confiance permettent à l'activité de revenir à 90% des niveaux d'avant la crise d'ici Noël, les marchés pourraient se redresser considérablement compte tenu de la liquidité actuelle due aux réactions massives des gouvernements. Mais si nous nous rapprochons plutôt des 75%, 2021 sera vraiment sinistre.

Le PIB mondial n'a baissé que de 0,1%
lors de la crise financière mondiale de 2008.

Nous sommes tous conscients des chocs dévastateurs causés par les chiffres sur l'activité portuaire chinoise, les exportations allemandes et le trafic aérien mondial. Quant aux dommages subis par les États-Unis, la Réserve fédérale de New York vient d’enrichir la collection de graphiques effrayants qui illustrent l'effondrement de l'activité économique. Cela fait penser à la rive sud du Grand Canyon.

Les prix du pétrole se sont également effondrés même après un accord visant à réduire la production mondiale, et le FMI annonce que la moitié de ses 189 pays membres ont demandé une solution de sauvetage. Les banques constituent des provisions pour les pertes liées aux prêts et les fabricants repoussent leurs plans d'expansion.

Le FMI estime que tout cela conduira à une contraction de l'économie mondiale de 3% cette année, par rapport à sa prévision initiale de 3,3% de croissance en janvier. À titre de comparaison, le PIB mondial n'a baissé que de 0,1% lors de la crise financière mondiale de 2008. Pour l'année prochaine, les perspectives sont celles d'une reprise assez saine de 5,8%, bien que la base soit faible et qu'il y ait de nombreux avertissements sur les risques de baisse.

Mais ces chiffres dépendent probablement moins de la profondeur de l'effondrement que de la courbe de reprise. La plupart des économistes soulignent que ce sera long et difficile car la communauté scientifique n'a pas encore trouvé de réponses claires sur la manière dont la maladie se propage ou sur le délai d'apparition d'un vaccin.

L'Organisation mondiale de la santé a publié un ensemble de lignes directrices rigoureuses pour assouplir les mesures de confinement, notamment en veillant à ce que les systèmes de santé soient capables de détecter et de traiter chaque cas de coronavirus, en prévoyant des protections spéciales pour les hôpitaux et les maisons de retraite, en mettant en place des systèmes pour empêcher toute importation de la maladie et en sensibilisant le public aux nouvelles normes qui permettent d'enrayer la propagation.

Nous considérons maintenant comme risquées
les choses que nous faisions autrefois sans réfléchir.

A cela s'ajoutent les risques liés à de nouvelles vagues épidémiques pendant l'hiver. Une nouvelle étude de Harvard avertit que le retour au travail pourrait être beaucoup plus lent étant donné les incertitudes qui entourent l'immunité de ceux qui contractent la maladie et s'en remettent et la capacité à contenir les nouvelles flambées jusqu'à ce qu'un vaccin soit découvert.

Il est intéressant de suivre de près la situation en Chine où les travailleurs semblent avoir repris le travail mais ne se précipitent pas encore dans les restaurants. La résurgence isolée en Corée semble pour l'instant relativement facile à suivre et à contenir mais de nouvelles apparitions de la maladie ne manqueront pas d'alimenter le sentiment d'inquiétude.

La différence entre les meilleures et les pires prévisions est simplement liée au fait que nous considérons maintenant comme risquées les choses que nous faisions autrefois sans réfléchir.

Mais ce n'est pas faire preuve d'un optimisme débridé que de penser qu'une combinaison entre des tests plus performants qui permettraient d'identifier et d'isoler les porteurs, un traitement plus efficace qui raccourcirait les séjours à l'hôpital et réduirait le nombre de décès, et une utilisation plus large des masques, des désinfectants et de la distanciation sociale permettra une reprise de l'activité plus soutenue.

Certaines des premières poignées de main observées dans le monde remontent à l'Iliade d'Homère et sont considérées comme des indications que les mains elles-mêmes sont amicales et non armées. En temps de pandémie, une main ouverte présente toujours un soupçon de menace, mais  nombreuses sont les alternatives jusqu'à ce que nous revenions à la normale.

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