Une perspective à long terme sur les rendements des obligations à long terme

Daniel Murray, EFG

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Les rendements des obligations d’Etat ont atteint des niveaux inédits depuis plus de 15 ans, les banques centrales ayant relevé leurs taux de manière agressive pour contenir l’inflation.

©Keystone

 

L’annonce faite le 19 août par le Trésor américain, qui prévoit de doubler le montant des rachats d’obligations, de 2 à 4 milliards de dollars par opération, laisse entendre que les autorités américaines souhaitent voir les rendements repasser sous les niveaux élevés atteints récemment. La question de savoir si les rendements obligataires resteront élevés dépend principalement de trois facteurs.

Le rendement des obligations du Trésor américain à 10 ans est passé d’un peu moins de 4% fin février à environ 4,7% au cours de la première quinzaine d’août, tandis que le rendement des obligations à 30 ans est passé d’environ 4,6% à 5,3% sur la même période. L’annonce faite le 19 août par le Trésor américain, qui prévoit de doubler le montant des rachats d’obligations, de 2 à 4 milliards de dollars par opération, laisse entendre que les autorités américaines souhaitent voir les rendements repasser sous les niveaux élevés atteints récemment. Mais est-ce vraiment réaliste?

Pour y répondre, il est intéressant d’examiner l’évolution des titres du Trésor américain sur le long terme et de comprendre comment nous en sommes arrivés à la situation actuelle. Le rendement des obligations du Trésor américain à 10 ans a culminé à 15,8% en septembre 1981, après quoi il a suivi une tendance baissière pendant plus de 40 ans, atteignant son plus bas niveau en 2020 à 0,7%. Avec la réouverture de l’économie mondiale après la pandémie de Covid-19, l’inflation a fortement augmenté, une tendance encore accentuée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Les rendements des obligations d’Etat dans le monde entier ont alors atteint des niveaux inédits depuis plus de 15 ans, les banques centrales ayant relevé leurs taux de manière agressive pour contenir l’inflation. Cette pression haussière sur les rendements obligataires a ensuite été accentuée par l’ampleur croissante des déficits budgétaires, qui contraignent les Etats à émettre d’importants volumes d’obligations.


Source: FRED®. Données au 25 août 2026.

 

Cette brève rétrospective permet de mieux comprendre la dynamique du marché obligataire. Il convient également de noter que nombre de professionnels des services financiers aujourd’hui en activité ont fait leurs premières armes dans le secteur durant une longue période au cours de laquelle les taux directeurs des banques centrales et les rendements des obligations d’Etat étaient proches de zéro, voire négatifs, dans de nombreuses régions du monde. Cette situation était pour le moins inhabituelle: les investisseurs s’attendent généralement à tirer un rendement positif de leurs actifs, et non à subir une perte certaine. Par ailleurs, les investisseurs exigent normalement, au minimum, que les rendements des placements à revenu fixe soient supérieurs à l’inflation, faute de quoi leur pouvoir d’achat s’érode. Si les rendements peuvent sembler élevés à cette génération d’investisseurs, ils paraissent beaucoup moins exceptionnels lorsqu’on les replace dans le contexte de la période précédant la crise financière mondiale.

À la suite de l’annonce du Trésor américain, l’impact sur le marché obligataire est resté limité. Par exemple, bien que le rendement à 10 ans ait reculé après l’annonce, il reste largement dans la fourchette étroite qui prévaut depuis la mi-juillet. De même, le rendement à 30 ans est inférieur à son niveau d’avant l’annonce, mais dans une mesure à peine perceptible sur un graphique couvrant une période de plus de quelques mois.


Source: FRED®, Réserve fédérale de New York. Données au 25 août 2026.

 

Outre les facteurs évoqués plus haut, la résistance des rendements obligataires semble s’expliquer par deux autres éléments. Premièrement, il convient de noter que les rendements réels ont atteint des niveaux élevés, comme en témoigne le marché des titres du Trésor américain protégés contre l’inflation (TIPS). Deuxièmement, les primes de risque ont augmenté, ce qui signifie que les investisseurs exigent une rémunération supplémentaire pour détenir des titres à plus longue échéance. Alors que le rendement des TIPS se situe dans la partie supérieure de sa fourchette historique, les estimations suggèrent que les primes de risque se situent dans la partie inférieure de la fourchette normalisée, c’est-à-dire de la fourchette observée avant que les primes de risque ne soient faussées par les programmes d’assouplissement quantitatif généralisés.

Quelles perspectives peut-on dès lors envisager pour les rendements obligataires? Selon nous, ils devraient rester élevés jusqu’à ce qu’au moins deux des trois conditions suivantes soient réunies:

  1. Une baisse durable et soutenable de l’inflation vers son niveau cible.
  2. Une dégradation du marché du travail américain suffisamment importante pour menacer plus largement la résilience de l’économie américaine.
  3. Une diminution des émissions obligataires résultant d’une réduction significative du déficit budgétaire.

D’ici là, les rendements obligataires pourraient certes connaître des rebonds ponctuels, mais ceux-ci devraient être de courte durée, malgré les interventions du Trésor américain.

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