Retraites: le «juste» taux de conversion à 4,9%?

Yves Hulmann

1 minutes de lecture

Selon l’étude «Risiko-Check-up 2018» de Complementa, les caisses de pension devront abaisser encore leur taux de conversion.


© Keystone

Quelle est la situation des caisses de pension helvétiques après la correction boursière survenue début février ? Dans sa dernière analyse intitulée «Risiko Checkup 2018», Complementa, dirigée par Heinz Rothacher, reste prudente à propos de la situation financière des caisses de pension helvétiques après quatre mois d’activité. Se basant sur les données fournies par les institutions de prévoyance qui ont déjà participé à l’enquête – en 2017, elles représentaient environ les deux tiers du deuxième pilier avec près 600 milliards de francs d’actifs –, la société de conseil saint-galloise observe une performance moyenne -0,5% à fin avril. A ce stade, il apparaît d’ors et déjà peu probable qu’elles parviennent à renouer avec le rendement de 7,5% réalisé en 2017, soit la meilleure performance depuis 2009. En corolaire, le degré de couverture s’est aussi légèrement détérioré à 107% à fin avril (108,4% en 2017).

Taux de conversion encore trop élevé

Compte tenu de la hausse attendue de l’espérance de vie et de perspectives de rendement en baisse, les caisses de pension n’auront d’autre choix que d’abaisser encore leur taux de conversion – et ainsi de réduire les prestations pour les nouveaux rentiers, souligne la société qui a présenté une étude mercredi à Zurich. En l’absence de tels ajustements, «la redistribution des personnes actives vers les rentiers se poursuivra», avertit-elle.

«En 2023, le taux de conversion n’atteindra plus que 5,31%,
selon les caisses de pension sondées par Complementa.»

Les caisses de pension peuvent principalement agir au niveau du taux de conversion, qui convertit l’avoir de vieillesse de l’assuré en rentes. Même si après l’échec du projet Prévoyance vieillesse 2020, ce taux se situe toujours à 6,8% pour la part obligatoire, les caisses de pension l’ajustent graduellement en utilisant la marge de manœuvre dont elles disposent pour la part surobligatoire. Actuellement, le taux de conversion effectif a déjà été abaissé à 5,83% – soit en-dessous du taux de 6% qui était prévu dans la réforme de la prévoyance 2020 – et le mouvement est appelé à se poursuivre ces prochaines années. En 2023, le taux de conversion n’atteindra plus que 5,31%, selon les caisses de pension sondées par Complementa. Ce niveau restera encore supérieur à la valeur «correcte» d’un point de vue actuariel de 4,87%, qui est calculée sur la base des données actuelles concernant la mortalité et d’un rendement moyen de la fortune («taux technique») de 2%.

Une attente de rendement de 2,3% n’est pas trop prudente

Selon Complementa, l’allocation d’actifs actuellement utilisée pour le deuxième pilier implique une perspective de rendement de 2,3%. N’est-ce pas une valeur exagérément prudente, alors que les taux d’intérêt remontent progressivement des deux côtés de l’Atlantique? Heinz Rothacher, le directeur de Complementa, n’est pas de cet avis: il souligne que certaines institutions de prévoyance ou d’assurance travaillent avec des estimations encore plus conservatrices que celle calculée par Complementa.