«Net Zero 2050», un objectif réalisable?

Nicolas Jacob, ODDO BHF AM

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Le plan de l’AIE booste les perspectives de croissance sur les thématiques des énergies propres, de l’efficacité énergétique et de la mobilité durable.


©Keystone

Le dernier rapport de l’Agence International de l’Energie (AIE) présente une feuille de route pour la neutralité carbone en 2050, condition indispensable pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris. En jugeant contraire à l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C tout nouveau projet d’exploration pétrolière et gazière, l’AIE a marqué les esprits et s’éloigne de toute complaisance avec les majors du secteur. Elément totalement inédit, ce scénario repose sur une hypothèse de baisse absolue de 7% de la consommation d’énergie tout en assumant un accroissement de la richesse mondiale de 40% d’ici 2030. 

2020-2030 sera la décennie des technologies vertes 

Le rapport commence par rappeler que l'énergie, de sa production à son utilisation, est à l'origine d'environ 75% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Pour éviter les pires effets du réchauffement climatique et parvenir à limiter la hausse moyenne des températures à 1,5°C, l’organisation estime que la première priorité est de faire des années 2020 la décennie d'expansion massive des énergies propres. 

Il faudra multiplier par quatre les capacités
de générations solaire et éolienne d’ici 2030.

Cette ambition indispensable nécessite trois transformations majeures. Il conviendra d’abord de multiplier par quatre les capacités de générations solaire et éolienne d’ici 2030 pour tendre vers une production électrique d’environ 90% d’origine renouvelable en 2050. Ensuite, il nous faudra multiplier par 18 les ventes de véhicules électriques d’ici 2030 et mettre fin à la commercialisation des moteurs thermiques dès 2035. Dernier impératif, il sera requis de baisser de 4% en moyenne annuelle l’intensité énergétique de la croissance mondiale d’ici 2030, soit trois fois le niveau moyen réalisé sur les deux dernières décennies. 

L’AIE insiste sur la nécessité de coordonner les efforts au niveau international et sur le besoin d’accélérer l’innovation. En effet, la plupart des réductions mondiales d’émissions de CO2 d'ici 2030 proviendront de technologies déjà sur le marché. Il est donc urgent de mobiliser capitaux publics et privés afin d’accélérer le déploiement de celles qui ne sont qu’au stade de prototype (capture de CO2, acier bas carbone, batteries nouvelle génération, etc.) afin de les déployer à grande échelle après 2030. 

Des entreprises déjà engagées sur une trajectoire «Net Zero 2050» 

Depuis quelques années, les entreprises peuvent s’engager et définir des objectifs climatiques en cohérence avec les préconisations scientifiques grâce à l’initiative Science-Based Targets (iSBT) portée notamment par le Carbon Disclosure Project. Le point fort de la méthodologie proposée par l’iSBT est d’offrir aux entreprises la possibilité de fixer des objectifs de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre cohérents avec leur secteur d’activité et leur exposition géographique. Le point de départ est la répartition dans le temps du budget carbone au niveau mondial par rapport à une trajectoire 1,5°C ou 2°C, puis une désagrégation sectorielle et/ou géographique afin d’attribuer à chaque acteur économique un objectif carbone adapté.

Faurecia vise une baisse de 80% en absolu
de ses émissions scope 1 et scope 2 d’ici 2025.

Les entreprises disposent ainsi d’informations fiables sur leur budget carbone consommable et, par conséquent, peuvent les intégrer dans leurs réflexions stratégiques et leurs décisions d’allocation du capital à moyen terme.

Ainsi, en France, Faurecia (entreprise de mobilité durable) s’est engagé sur une trajectoire 1,5°C en décembre 2020, en visant une baisse de 80% en absolu de ses émissions scope 1 et scope 2 d’ici 2025, et de 46% de ses émissions scope 3 d’ici 2030 (par rapport aux niveaux de 2019). Autre exemple, en Allemagne, Siemens s’est engagé sur une trajectoire 1,5°C en janvier 2021, passant par une réduction de 50% de ses émissions scope 1 et scope 2, et de 15% ses émissions scope 3 d’ici 2030 (par rapport à 2019).

Les entreprises asiatiques se sont elles aussi engagées dans cette démarche, à l’image de Furukawa Electric, au Japon, qui s’est engagée en août 2019 sur une trajectoire 2°C en visant une baisse absolue de 26% de ses émissions scope 1 et 2 et de 20% ses émissions scope 3 d’ici 2030 (par rapport aux niveaux de 2017).

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