À quelques jours des élections de mi-mandat, les marchés sont jusqu’ici restés largement insensibles à la nervosité qui précède habituellement le scrutin. Le mois d’octobre a été marqué par une nette rotation des valeurs liées à l’intelligence artificielle vers les titres restés à la traîne dans le reste du marché, maintenant les grands indices dans la fourchette étroite au sein de laquelle ils évoluent depuis près de trois mois.
Si les élections et leurs conséquences potentielles sur les politiques publiques suscitent généralement de vives inquiétudes dans le débat public à l’approche du scrutin, les marchés s’avèrent relativement peu sensibles à ces discussions. Même les surprises électorales n’ont le plus souvent que des effets de courte durée sur les prix des actifs et la volatilité, et ce pour de bonnes raisons. Les rapports de force politiques déterminent les politiques publiques, mais celles-ci n’importent véritablement que dans la mesure où elles définissent les règles du jeu pour les entreprises.
Dès lors que les entreprises américaines comprennent le cadre dans lequel elles opèrent, leurs dirigeants ont depuis longtemps démontré leur capacité à produire des résultats, quelles que soient les évolutions de ce cadre. En définitive, ce sont les bénéfices, davantage que la politique, qui comptent pour les marchés, et cela semble particulièrement vrai cette année.
La courbe du VIX est l’un des indicateurs sur lesquels l’incertitude électorale laisse souvent son empreinte. Elle présente généralement une bosse en novembre, qui traduit un supplément de volatilité lié au scrutin. Cette année, cette bosse est à peine perceptible: seule une légère inflexion apparaît sur une courbe de volatilité qui conserve par ailleurs sa pente ascendante habituelle. Cela tient en grande partie aux anticipations largement partagées d’un pouvoir divisé entre les deux partis.
Les marchés prédictifs attribuent une probabilité nettement supérieure à 90% à une reconquête de la Chambre des représentants par les démocrates. Si la voie vers le contrôle du Sénat est assurément plus difficile, la probabilité qu’ils reprennent également cette chambre augmente régulièrement depuis juin et dépasse désormais légèrement 70%. Une victoire démocrate dans les deux chambres pourrait certes entraîner de nouvelles difficultés sur le plan des politiques publiques pour les entreprises américaines, en particulier celles liées à l’IA, qui occupent une place centrale dans les discours politiques.
Toutefois, une majorité démocrate suffisante pour surmonter un veto présidentiel reste largement hors de portée. Une forme de blocage institutionnel demeure donc le scénario le plus probable, écartant la perspective de changements législatifs véritablement majeurs. Il en résulte une moindre incertitude quant aux politiques publiques, ce qui est, en définitive, favorable aux actifs risqués.
La politique retiendra assurément beaucoup l’attention dans les jours et les semaines à venir. Mais le principal moteur des marchés reste celui qui les anime depuis quelques années déjà: l’intelligence artificielle. À ce stade, tout le reste relève largement du bruit de fond, les investisseurs se concentrant sur l’ampleur des rendements que le déploiement des infrastructures d’IA pourra finalement générer. Malgré la forte montée des pressions politiques contre l’IA dans le débat public, il semble peu probable que la législation fédérale modifie sensiblement les perspectives du secteur. Les risques les plus importants pour le déploiement de ces infrastructures devraient plutôt provenir des États fédérés et des collectivités locales.
Même ces obstacles ne devraient toutefois pas se révéler insurmontables. Un ralentissement du rythme de construction pourrait même être bénéfique aux valeurs liées à l’IA et à l’économie dans son ensemble: il atténuerait les tensions inflationnistes tout en prolongeant l’impulsion donnée à l’activité par la croissance des dépenses d’investissement. Sur le plan fondamental, le cycle des bénéfices reste solide: les prévisions de résultats continuent de progresser, même si leur rythme de croissance devrait ralentir l’an prochain tout en restant élevé.
Au-delà de ces fondamentaux favorables, dans ce marché régi par des mécanismes techniques, les facteurs techniques semblent appelés à rester déterminants pour les prix des actifs. En définitive, les résultats des élections de mi-mandat devraient avoir peu d’incidence.