Ce que nous savons déjà sur la reprise...

Christopher Smart, Barings

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…et pourquoi les obligations et les actions ne sont peut-être pas évaluées de manière si différente.


© Keystone

Les gros titres semblent contradictoires, le virus reste un mystère et les résultats des entreprises ont délaissé toutes prévisions futures, cependant des éléments relatifs à l'évolution de l'économie mondiale se dessinent déjà et pourraient contribuer à expliquer l'apparente contradiction entre les investisseurs obligataires nerveux et leurs homologues actions plus optimistes.

Les réouvertures sporadiques et différenciées dans le monde apporteront un soulagement à certains et une certaine crainte à d'autres, et un peu des deux pour le reste d'entre nous qui avons la chance d'avoir encore des places de travail qui attendent notre retour. Le chemin vers la «normalité» reste inquiétant car de nouvelles vagues de COVID-19 seraient susceptibles de retarder ou d'inverser le processus dans certaines régions, même si un nouveau confinement mondial - ou même national - indifférencié semble peu probable.

Rappelons que les perspectives de croissance n'étaient déjà pas si bonnes au commencement de cette crise, même après la plus longue reprise jamais enregistrée aux États-Unis. Les vents contraires séculaires liés à la démographie, à la mondialisation et à la technologie ont suscité de vifs débats, mais le constat est clair.

Les restaurateurs se donnent 30% de chances de survie
si la crise dure plus de quatre mois.

Nous nous retrouvons aujourd'hui avec ces mêmes vents contraires dans un monde où la confiance est en baisse et où la santé financière des entreprises est malmenée. Les dettes des entreprises ont augmenté et les dépenses des ménages se sont effondrées. Les constructions déjà en cours pourront être achevées, mais les nouveaux projets seront reportés. Les consommateurs américains, dont la réputation n'est plus à faire, gardent de l'argent liquide pour faire face à un avenir incertain, signifiant ainsi que les achats de nouvelles voitures et les vacances flamboyantes seront repoussés.

Pour certaines industries, les dommages seront permanents. Dans une enquête, les restaurateurs se donnent 30% de chances de survie si la crise dure plus de quatre mois. Ayant été contraintes de tester les opérations à distance, de nombreuses entreprises envisagent déjà un monde où les bureaux seront plus petits et les voyages d'affaires moins fréquents.

S'il s'agit là de l'avenir à faible croissance et à faible inflation que le marché obligataire envisage, les investisseurs boursiers peuvent se sentir rassurés par l'engagement ferme des gouvernements et des banques centrales à soutenir la reprise, aussi inégale et difficile qu'elle puisse être.

Les interventions massives des gouvernements et des banques centrales du monde entier peuvent ralentir, mais il semble peu probable qu'elles s'arrêtent. La proposition de 3000 milliards de dollars de Nancy Pelosi ressemble plus à un stratagème politique, mais il existe sûrement une majorité bipartite au Congrès qui soutient des fonds supplémentaires. En Europe, au Japon et en Chine, les gouvernements s'attachent toujours à soutenir la reprise. Les banques centrales aussi, sans que cela n'ait un parfum d'inflation.

La technologie qui comprime les coûts et contribue à maîtriser
l'inflation peut générer des rendements intéressants.

Par ailleurs, alors que la politique devient plus populiste dans de nombreuses démocraties, les nouveaux candidats plaidant pour la modération budgétaire ne semblent pas avoir beaucoup de chance. La plupart des travaux manuels étant difficiles à effectuer dans le cadre de mesures de distanciation sociale, les familles pauvres et ouvrières ont été touchées de manière disproportionnée par le confinement. Il semble probable que ces familles sortiront de la crise en demandant encore plus de soutien à leurs gouvernements et en se souciant encore moins des conséquences budgétaires à long terme.

Enfin, la technologie qui comprime les coûts et contribue à maîtriser l'inflation peut également générer des rendements intéressants lorsque les entreprises comprennent comment elles doivent s'adapter. Que ce soit dans le secteur minier, financier ou manufacturier, les dirigeants qui intègrent les gains potentiels du stockage dématérialisé ou de l'intelligence artificielle dans leurs modèles d'entreprise seront plus à même de rembourser leurs dettes liées au coronavirus et de réaliser des bénéfices. Les entreprises à la traîne disparaîtront probablement.

Avec les faibles rendements des gouvernements dans le monde, les investisseurs peuvent même justifier certains des multiples prix/bénéfices élevés qui ont fait sourciller tant de gens. Bien entendu, il y aura toujours des déclassements inattendus et des faillites inattendues. Même si certains marchés semblent trop optimistes quant à la morosité de la reprise, le prochain trimestre sera probablement meilleur que le présent, et l'année prochaine sera probablement meilleure que cette année.

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