Les cours du blé grimpent sous l’effet de la guerre Russie-Ukraine en mer Noire

AWP/AFP

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A Chicago, la céréale gagne encore plus de 3% mercredi par rapport à mardi, à plus de 7 dollars le boisseau, au plus haut depuis plus de deux ans.

De nouveau, le conflit entre la Russie et l’Ukraine fait flamber les cours mondiaux du blé, l’affrontement engagé autour de la mer d’Azov pesant sur la capacité du géant russe à exporter.

A Chicago, le blé gagnait encore plus de 3% mercredi par rapport à mardi, à plus de à 7 dollars le boisseau, au plus haut depuis plus de deux ans (mai 2024).

Dans le sillage du marché américain, il s’échangeait mercredi à près de 245 euros la tonne sur Euronext: soit +16% en deux semaines, et un niveau inédit depuis juin 2024.

«Nous vivons au rythme des annonces des attaques en mer Noire», décrit le courtier Damien Vercambre, du cabinet Inter-Courtage.

Ce mercredi matin, «on apprend que Taman, un des ports les plus proches du détroit de Kertch (qui relie la mer d’Azov à la mer Noire, NDLR), est fermé complètement, et le port Novorossiisk (en mer Noire) interdit d’opérer pendant la nuit».

Inversement, relève le courtier, en Ukraine un silo a été «tapé à Odessa».

C’est nouveau, note-t-il: depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, les deux belligérants «avaient vraiment tenu à garder ouverte cette route, essentielle aussi bien pour les Russes que pour les Ukrainiens».

Un quart des exportations de blé russe passent par la mer d’Azov, en direction de la mer Noire et du Bosphore. Mais le port le plus important pour l’exportation des céréales russes est de loin celui de Novorossiisk, avec une capacité de transbordement de 35 millions de tonnes par an (soit un volume supérieur à la récolte moyenne de blé en France).

Pressions sur toutes les denrées

La situation «fait monter» les cours mondiaux, poursuit Damien Vercambre, d’abord parce que les acteurs financiers anticipent de nouvelles hausses, achetant d’ailleurs «un peu de tout», ce qui en retour pousse à la hausse de nombreuses denrées.

En revanche les analystes ne voient pas à ce stade d’impact concret de ce conflit sur les destinataires traditionnels des céréales russes, Egypte, Turquie, Afrique subsaharienne... où stocks et/ou récoltes propres font encore tampon.

Mais à cette pression sur les prix s’ajoute celle de la météo.

«Les cours ont progressé grâce aux conditions météorologiques, cela ne fait aucun doute», relève Dewey Strickler, d’Ag Watch Market Advisors.

L’analyste observe que «les exportations américaines de blé n’ont pas repris; elles se sont même légèrement détériorées. Nous n’en sommes qu’à quelques semaines de la campagne de commercialisation, mais le démarrage est très lent».

«Deux éléments nous inquiètent», souligne Maxence Devillers, d’Argus Media: chaleurs et manque d’eau en Europe qui déjà promettent en France une récolte de maïs au plus bas et même du blé en repli, et «une météo sèche qui s’installe sur les États-Unis», avec de grosses chaleurs prévues.

Sur le marché européen, le maïs atteignait mercredi 260 euros la tonne, soit une hausse de 10% sur juillet et de plus de 20% sur deux mois.

Le soja suit la même direction, soutenu par les craintes de sécheresse américaine et de récents achats chinois.

Alors que le marché des oléagineux reste porté par la demande pour les agro-carburants, une production européenne de tournesol qui s’annonce «décevante» devrait accentuer le pli en augmentant la demande des industries agroalimentaires pour le colza, ajoute M. Devillers.

L’huile de palme n’est en effet plus la variable d’ajustement qu’elle était en Europe il y a 15 ans, note-t-il.

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