Etablir la connexion entre start-up et institutions

Yves Hulmann

3 minutes de lecture

Même si la Suisse est un petit marché, les ressources pour les start-up FinTech et InsurTech sont importantes, souligne Katka Letzing de Kickstart Innovation.


Katka Letzing, co-fondatrice et CEO de Kickstart Innovation.

Kickstart Innovation est l’une des principales plateformes ouvertes d’innovation en Suisse tout comme en Europe. Cette structure est née en 2015 à l’initiative de digitalswitzerland et est devenue spin-off d’Impact Hubs à Zurich en 2018. La plateforme concentre son travail avec une trentaine d’organisations, incluant aussi bien des entreprises privées, des hautes écoles et universités ou encore des fondations qui soutiennent la création d’entreprises. Ses collaborations s’articulent autour de cinq domaines principaux («verticals» en anglais), parmi lesquels figurent aussi les technologies financières ou liées aux assurances (FinTech & InsurTech). Quelles sont les perspectives pour les start-up fintech en Suisse? Entretien avec Katka Letzing (K.L.), co-fondatrice et CEO de Kickstart Innovation, et Alice dal Fuoco (A.d.F.), Innovation Manager chez PostFinance.

«Nous pouvons constater une augmentation
de l'engagement, en particulier dans l’InsurTech.»
De manière générale, estimez-vous qu’il y a, en Suisse, suffisamment de ressources à disposition pour favoriser l’essor de projets de type FinTech & InsurTech, en comparaison d’autres domaines de spécialisations?

Katka Letzing (K.L.): Les moyens à disposition, qu’ils soient issus du capital-risque ou d’entreprises privées, pour soutenir différents projets en lien avec la FinTech ou l’InsurTech, sont importants en Suisse. En ce qui nous concerne, Kickstart Innovation collabore avec des partenaires tels que AXA, Credit Suisse, PostFinance, Swisscom et d’autres et nous pouvons constater une augmentation de l'engagement, en particulier dans l’InsurTech. S’y ajoutent aussi des entreprises comme La Mobilière qui ont aussi accompagné le développement de start-up, en investissant dans celles-ci. Même si la Suisse est en soi un petit marché, les ressources mises à disposition pour les start-up sont importantes et les FinTech ainsi que les InsurTech jouent un rôle important dans l'écosystème de l'innovation. 

Certaines entreprises, comme Swisscom, La Mobilière ou AXA, possèdent même leur propre service d’innovation. Voyez-vous ce type d’initiatives comme une concurrence à votre activité ou une complémentarité?

K.L.: Plus il y a d’initiatives dans ce domaine, plus cela renforce l’innovation et le dynamisme de création d’entreprises en Suisse. Maintenant, au-delà de l’aspect des structures qui soutiennent et accompagnent des projets dans les domaines FinTech ou InsurTech, il est à mon avis très important que les start-up nouent très tôt des contacts avec des entreprises, que ce soit pour préparer le lancement de projets commerciaux ultérieurement ou durant la phase d’élaboration et de validation des concepts («proof of concepts») ainsi que pour évaluer les nouvelles possibilités d'entrée sur le marché. Cela dit, il est également important de suivre les résultats. Chez Kickstart, plus de 170 accords ont été conclus depuis 2016 et nos scale-up ont permis de lever plus de 250 millions de francs de fonds, ce qui est un grand succès pour eux, les partenaires, mais aussi l'écosystème suisse.

«Si vous voulez atteindre un plus grand nombre de clients,
il est mieux d’avoir une plateforme indépendante avec sa propre marque.»
D’un point de vue stratégique, vaut-il mieux que des start-up développent des projets en complète autonomie ou ont-elles davantage intérêt à coopérer tôt avec des entreprises établies? Quelle est l’expérience de PostFinance à ce sujet?

Alice dal Fuoco (A.d.F): La situation varie en fonction des projets. D’un côté, lorsqu’un projet d’innovation atteint un stade où il devient une start-up - ce qui signifie que le projet sera alors développé de manière indépendante en dehors de l’organisation -, il existe un risque de perdre le lien avec la société parente, même si cette dernière avait initialement largement contribué au projet. D’un autre côté, une start-up garde plus de liberté en restant à l’écart d’une société parente, ce qui peut aussi lui permettre d’évoluer plus vite et d’être plus créative sans nuire à la marque de la société parente. Il faut tenir compte de ces deux aspects – mais les deux façons de travailler peuvent fonctionner. Par exemple, la collaboration avec decentriq sur le prototypage d'un écosystème de données suisse, obtenu en tirant parti des dernières avancées de l'informatique confidentielle, qui peuvent avoir un impact considérable pour nous.

Si l’on prend le cas de la solution de paiement suisse Twint, aurait-il fallu réintégrer cette plateforme au sein de PostFinance à un moment ou un autre?

A.d.F: Non, pas dans ce cas. Twint a justement l’avantage d’être une plateforme neutre qui n’est pas liée à un seul institut bancaire – aussi bien Raiffeisen, UBS ou d’autres instituts l’utilisent. C’est un gage de crédibilité auprès de la clientèle. Si vous voulez atteindre un plus grand nombre de clients, il est mieux d’avoir une plateforme indépendante avec sa propre marque.

«L’approche de type «marque blanche» permet à une grande entreprise
de garder la relation avec le client final.»
Lorsqu’une start-up fintech met sa solution à disposition d’une grande compagnie, est-il mieux de le faire sous forme de «marque blanche» ou au contraire dans le cadre d’une coopération où les deux sociétés apparaissent sous leur propre marque?

A.d.F: Ici aussi, les deux approches comportent leurs avantages et leurs inconvénients. L’approche de type «marque blanche» permet à une grande entreprise de garder la relation avec le client final. Ce dernier est parfois rassuré par le fait que le nom d’une grande entreprise apparaisse pour la prestation qu’il utilise. A l’inverse, pour certains types de coopération, une grande société peut aussi avoir avantage à ce que le nom de la start-up qui fournit la prestation soit mis en évidence.

Outre Kickstart Innovation, il existe plusieurs autres structures qui soutiennent les sociétés fintech en Suisse, à l’exemple des incubateurs «F10» à Zurich ou de l’accélérateur «Fusion» à Genève. Y-a-t-il un risque de dispersion des forces?

K.L.: En principe, la concurrence renforce le dynamisme du secteur. Il y a un réseau d’échange entre les différentes initiatives qui existent dans ce domaine – nous sommes à la fois concurrents et coopérateurs. En ce qui nous concerne, Kickstart Innovation se concentre en particulier sur des entreprises en phase de croissance qui développent leurs solutions à l'échelle locale et mondiale. Une grande partie de notre travail consiste justement à établir la connexion entre start-up et institutions établies. C’est aussi le sens du «Swiss Market Entry Bootcamp» qui s’est tenu début octobre.

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