En septembre, plus d’une voiture neuve sur trois vendue en Suisse était entièrement électrique. Selon les chiffres d’Auto-Suisse relayés par Le Temps le 3 octobre, leur part a atteint 35,7% des nouvelles immatriculations. Cette progression est notamment portée par le constructeur chinois BYD, qui a multiplié ses immatriculations par neuf en un an. Sur les neuf premiers mois de 2026, l’électrique représente désormais 26,2% des ventes.
Ce décollage fait apparaître un enjeu très concret: comment recharger son véhicule lorsque l’on habite en immeuble?
La question est actuellement débattue au niveau fédéral. Selon l’Office fédéral de l’énergie, la consultation sur le projet de «droit à la recharge» prendra fin le 12 octobre 2026. Le texte permettrait à un résident disposant d’une place de stationnement de demander à son propriétaire la réalisation de l’installation de base nécessaire: alimentation électrique, comptage de la consommation et, si besoin, système de gestion de la charge.
Le sujet est particulièrement important à Genève, où plus de 90% de la population est locataire. Dans son communiqué du 30 septembre, le Conseil d’Etat genevois soutient le projet, tout en demandant de mieux définir ce qui peut raisonnablement être imposé aux propriétaires. Il propose également d’étendre le dispositif aux locaux commerciaux et artisanaux afin d’accompagner l’électrification des flottes professionnelles.
Dans une prise de position publiée le 5 octobre, l’Association transports et environnement accueille également favorablement le projet, mais réclame des critères uniformes dans toute la Suisse ainsi que des délais contraignants. Une demande qui met en évidence la principale limite du texte: reconnaître un droit ne garantit pas encore que les travaux seront réalisés simplement et rapidement.
La Suisse peut s’appuyer sur l’expérience de pays voisins.
La Norvège offre un aperçu de ce qui pourrait attendre la Suisse lorsque l’électrique ne sera plus un marché émergent. Depuis 2021, les propriétaires vivant en copropriété ou en coopérative d’habitation peuvent demander l’installation d’un point de recharge, auquel le conseil de l’immeuble ne peut s’opposer sans motif objectif. Dans un pays où l’électrique représentait 98,3% des voitures neuves en septembre 2025, la question ne se limite toutefois plus au droit d’installer une borne. Elle porte désormais sur la capacité des immeubles à déployer des infrastructures collectives, à répartir équitablement les coûts et à piloter intelligemment la puissance disponible. L’expérience norvégienne le montre: le droit à la recharge est indispensable, mais il doit s’accompagner d’une organisation et d’une planification à l’échelle de l’immeuble.
En Allemagne, l’article 554 du Code civil permet également à un locataire de demander les modifications nécessaires à la recharge d’un véhicule électrique. L’installation reste toutefois coordonnée avec le réseau: au-delà d’une certaine puissance, l’accord préalable du gestionnaire est requis.
Ces exemples montrent que le droit à la recharge n’est qu’un point de départ. Il faut encore préciser qui finance, qui décide et qui pilote les travaux entre propriétaires, régies, locataires, installateurs et énergéticiens. Il faut surtout anticiper les besoins à l’échelle de l’immeuble, plutôt que de multiplier les installations au cas par cas.
Le marché automobile suisse vient de franchir un cap. Pour que cette progression soit durable, le cadre réglementaire, les immeubles et le réseau électrique doivent maintenant avancer au même rythme.