Suivi de Wirecard par Bordier

Daniel Pellet, Bordier & Cie

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Le «FT» attaque et Wirecard contre-attaque. Nous maintenons notre confiance dans le groupe.

La parution d’un nouvel article à charge du FT hier a provoqué une nouvelle forte baisse du titre (-13%). Cet article, basé toujours sur les mêmes sources (un «lanceur d’alerte»), utilisées déjà en début d’année, remet en question à nouveau certaines pratiques comptables du groupe, notamment via un de ses partenaires à Dubaï. Ces allégations semblent à nouveau totalement infondées et le groupe les a fortement réfutées dans un communiqué ce matin. Nous maintenons notre confiance dans le groupe.

De quoi s’agit-il cette fois-ci? Le FT questionne la véracité de certaines transactions passées par un partenaire de Wirecard à Dubaï, Al Alam (un petit partenaire de Wirecard), qui serait responsable (toujours selon le FT) de quelque EUR265mio de CA et EUR173mio d’Ebitda en 2016 (ce qui représenterait tout de même 26% du CA et 56% de l’Ebitda du groupe en 2016, pour 5% du volume total de transactions). Le journaliste du FT suspecte en outre qu’une partie des flux qui ont transité par Al Alam seraient d’origine frauduleuse, puisque certaines compagnies clientes n’existaient plus en 2016 ou n’étaient pas clientes de Wirecard à l’époque.

Wirecard a fortement démenti ce matin toutes ces accusations et accuse le FT de publier de faux documents. Le groupe mentionne que moins de la moitié du volume des transactions est passée par des partenaires (en 2018), une pratique courante dans certaines régions (quand Wirecard n’a pas de licence bancaire par exemple), dont l’Asie ou le Moyen-Orient. Le plus gros partenaire du groupe n’a traité que 12% des transactions. Et Al Alam est un partenaire de petite taille, aux Emirats Arabes Unis. Enfin, les filiales du groupe à Dubaï (Card Systems Middle East et Wirecard Processing FZ) ont été auditées dans le cadre des procédures globales mises en place par E&Y. En raison d’un changement de régulation, elles le seront depuis 2019 par un auditeur local. Pour rappel, et malgré les premiers articles du FT, E&Y n'a rien trouvé dans les comptes 2018 du groupe et les a approuvés sans réserves.

Même s’il est toujours difficile de se prononcer en pleine connaissance de cause sur ce genre de situation, il semble que ce soit à nouveau des allégations totalement infondées. La source du FT est toujours la même et ses allégations ont déjà été réfutées lors des premières publications (et notamment lors de l’affaire de Singapour, par un cabinet indépendant). La filiale de Dubaï a été auditée par E&Y, avant l’approbation des comptes 2018 du groupe. En outre les volumes de transactions concernés sont assez faibles (~EUR4mia de volume de transactions par an pour quelque 34 clients, en 2016-17, soit 5% du total des transactions du groupe sur la période). Enfin, la contribution de Al Alam évoquée par le FT est totalement fausse, selon Wirecard. Al Alam est un petit partenaire (parmi des centaines d’autres) et sa contribution aux revenus et à l’Ebitda du groupe est négligeable.

Compte tenu de la récente hausse du nombre de positions «short» sur Wirecard, on pourra à nouveau se poser la question de l’indépendance (et des motivations) du journaliste du FT. D’autant que des enquêtes pour démontrer ou non une collusion entre Hedge Funds et le FT qui aurait abouti à des manipulations de cours sur le marché, sont encore en cours. Selon des enquêteurs mandatés par le FT, il n’y aurait pas eu collusion, alors que le procureur de Munich ou le Bafin (gendarme du marché allemand) n’ont pas encore rendu leurs conclusions.

Encore une fois, nous avons le sentiment que ces accusations sont infondées (ce qui a été confirmé par E&Y et Rajh & Tann, cabinet d’avocats à Singapour) et espérons une normalisation rapide de la situation, les fondamentaux du groupe demeurant parfaitement attrayants.