Fusions-acquisitions: l’horizon reste dégagé en 2020

AWP

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Bruno Villard de BNP Paribas CIB évoque des taux d’intérêt bas qui devraient perdurer, des liquidités toujours importantes et une baisse des tensions commerciales.

Avec des capitaux bon marché toujours abondants et des incertitudes moins aiguës au Royaume-Uni, les experts voient un horizon dégagé pour les opérations de fusions-acquisitions en 2020, même si la présidentielle américaine peut jouer les trouble-fête.

«Nous sommes relativement confiants pour cette année, avec des taux d’intérêt bas qui devraient perdurer, des liquidités toujours importantes et une baisse des tensions commerciales», estime auprès de l’AFP Bruno Villard, responsable des fusions-acquisitions pour la zone Europe, Moyen-Orient, Afrique, chez BNP Paribas CIB.

Un optimisme partagé par Hubert Preschez, codirecteur de la banque d’investissement de HSBC, car «clairement les taux bas soutiennent les ambitions des groupes dynamiques».

«La question est de savoir s’il y aura une récession. Nous ne la voyons pas venir» et «nous pensions que nous allons continuer sur un scénario de taux bas» favorable, souligne également Kyril Courboin, directeur général France de JPMorgan qui voit aussi des «perspectives très positives».

Emprunter facilement à un coût très bas offre en effet des marges de manoeuvre considérables aux groupes qui veulent financer des acquisitions.

Et comme le note M. Courboin, «dans la plupart des transactions en 2019, il y avait de la dette».

En matière macroéconomique, les derniers indicateurs vont dans le sens d’une légère amélioration conjoncturelle qui pourrait aussi donner de l’air au marché.

La reprise des opérations au Royaume-Uni pourrait en outre offrir un moteur. «C’est le plus gros marché d’Europe», relève M. Preschez, «il a connu un temps d’arrêt» du fait des négociations autour du Brexit et «nous nous attendons à un rebond».

La présidentielle américaine à l’automne pose toutefois question: quand certains y voient un facteur de stabilité, avec une administration Trump qui cherchera à tout prix à favoriser la conjoncture, d’autres s’inquiètent de perturbations notamment commerciales pour mobiliser l’électorat.

De l’avis général en revanche, les fonds activistes resteront un sujet pour les entreprises. Patente depuis quelques années, la propagation à l’Europe et à la France des stratégies de ces fonds, qui achètent une participation minoritaire pour chercher à influencer la gouvernance de groupes, se poursuivra.

«Il y a beaucoup d’argent dans ces fonds. Quelques groupes sont encore en sous-valorisation forte par rapport à leurs pairs, souvent pour de bonnes raisons, mais cela est perçu comme un angle d’attaque pour ces fonds», analyse M. Preschez, dont le groupe a pour politique de ne jamais financer les activistes.

Conjoncture porteuse aux Etats-Unis

Selon lui, «il y a pas mal de groupes qui se préparent pour ne pas être une cible».

Selon l’étude annuelle de la banque Lazard, 187 entreprises ont été au total la cible de campagnes d’actionnaires activistes dans le monde en 2019, sous une forme ou une autre. C’est une baisse de 17% en un an mais près de la moitié de ces campagnes, soit 99, sont qualifiées par cette banque de situations de fusions-acquisitions, ce qui est un record selon Lazard.

Au plan géographique, les États-Unis ont représenté près de la moitié des opérations de fusions et acquisitions dans le monde, selon le bureau parisien du cabinet d’avocats Allen & Overy

«Le marché américain reste extrêmement dynamique avec une conjoncture économique relativement bonne qui a été très porteuse au cours des dernières années», observe Frédéric Moreau, l’un des associés.

Si le cabinet fait était d’un recul global de 7% des opérations de fusions et acquisitions, plusieurs éléments le conduisent «à envisager cette baisse davantage comme un retour à la normale plutôt qu’un véritable repli».

Bruno Villard remarque d’ailleurs une amélioration en cours d’année 2019, «coupée en deux parties, avec un démarrage assez calme en raison de la répercussion des incertitudes générales puis un second semestre marqué par de nombreuses annonces».

«L’instabilité économique a obligé les dirigeants à privilégier une approche prudente en 2019, néanmoins l’activité en matière d’opérations de fusions-acquisitions s’est maintenue», remarque pour sa part Bain & Company dans son rapport annuel.

«En Europe et en Asie, les opérations de fusions-acquisitions ont chuté au cours du premier semestre avant de rebondir plus tard dans l’année. Les États-Unis ont quant à eux commencé l’année à grande vitesse avant de connaître un ralentissement», poursuit-il.

Et la France a très bien tiré son épingle du jeu, avec notamment l’annonce du rapprochement entre PSA et Fiat Chrysler.

«Nous sommes à une période du cycle» économique «où les entreprises françaises ont un bilan sain», souligne M. Courboin: «elles ont les moyens de leurs ambitions et elles vont chercher soit des compétences comme Publicis avec Epsilon ou un relais de croissance, comme LVMH avec Tiffany».