Après la Fed et l’emploi, un peu de répit?

Eric Vanraes, Banque Eric Sturdza

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Chronique des taux de la banque Eric Sturdza.

 

La Fed toujours hawkish

Le FOMC de mercredi dernier nous  a confirmé que l’intention de la Fed était bien de procéder à un relèvement supplémentaire de taux en juin. L’inflation se maintient à un niveau proche de l’objectif de 2%. Cet objectif a été qualifié de «symétrique», ce qui permet de tolérer quelques petites déviations au-dessus ou en-dessous de 2%. Cela signifie que la Fed nous prévient à l’avance qu’un petit dépassement temporaire de CPI ne saurait remettre en cause sa politique.

Les chiffres de l’emploi de vendredi nous ont confirmé que l’inflation salariale se stabilise à 2,6%. Si les créations d’emplois s’affichent autour de 160'000 plutôt que 200'000 dans un passé récent, il ne faut peut-être pas en tirer des conclusions trop hâtives. Il est logique qu’au fur et à mesure que l’on se rapproche du plein-emploi, les créations d’emplois s’essoufflent un peu. Le taux de chômage est passé au-dessous de 4% et retrouve, avec 3,9%, son niveau de décembre 2000. Prochain objectif: le 3,8% d’avril 2000.

«En se stabilisant autour de 2,92%-2,96%, le 10 ans Treasury
peut se permettre de redescendre vers 2,84%.»
Une semaine favorable aux taux longs US et allemand

Les taux US jouaient un peu à quitte ou double la semaine dernière après une brève incursion au-dessus de 3% la semaine précédente, jusqu’à 3,04% mais sans casser le niveau-clé de 3,05%. Ils ont finalement traversé sans encombre les deux écueils, Fed et emploi, qui auraient pu faire basculer les marchés obligataires en véritable «bear market». En se stabilisant autour de 2,92%-2,96%, le 10 ans Treasury peut se permettre de redescendre, comme nous l’avions signalé mardi dernier, vers 2,84%, correspondant au 61,8% Fibonacci du mouvement haussier 2,72%-3,03% du mois d’avril.

Le Bund a, lui aussi, quitté la zone 0,60% pour redescendre vers 0,53%. Les craintes de ralentissement en zone euro apparaissent et la BCE ne fait rien pour les apaiser. Il y a donc peu de chances pour qu’à court-terme le Bund entame une correction, sauf dans le cas où il suivrait un mouvement haussier de taux outre-Atlantique.

Le rebond du dollar pèse sur les émergents

En une semaine, le dollar index (DXY) a grimpé de presque 1,6% pour se rapprocher de 93,00. Il a franchi allègrement sa moyenne mobile à 200 jours et peut poursuivre sa progression vers 94,00. Ayant clôturé à 92,12 fin 2017, il se retrouve donc en territoire positif depuis le début de l’année alors que la majorité de la profession plaidait pour la poursuite de l’affaiblissement du billet vert. Les futures hausses de la Fed vont accompagner cet élan qui a d’ailleurs permis à l’EUR-USD de passer au-dessous de 1,19 hier après-midi. Faut-il pour autant en tirer des conclusions définitives sur les marchés de taux?

Tout d’abord, rien ne garantit que ce rebond du dollar va se poursuivre tout au long de l’année. Ensuite, ce mouvement peut contribuer à l’aplatissement de la courbe, les investisseurs (asiatiques par exemple) privilégiant un 10 ans à presque 3% dans une monnaie qui se renforce. Le retour en grâce de la monnaie américaine peut aussi attirer des flux de capitaux vers les Treasuries dans un mouvement de «fly to quality» au détriment des marchés émergents.

Il faut distinguer dette en devise locale dont la performance
pâtit de la hausse du dollar et dette en «hard currency».

Ces derniers n’ont pas du tout apprécié – c’est un euphémisme – les récentes évolutions sur les marchés des changes. Mais il faut distinguer dette en devise locale dont la performance pâtit de la hausse du dollar et dette en «hard currency». Des taux US en hausse et une progression du dollar nous rappellent le «taper tantrum» de 2013 (qui va fêter ses 5 ans à la fin du mois) qui avait déclenché un sell-off sur les marchés émergents. Nous en sommes très loin aujourd’hui et si les émergents en devise locale retrouvent leur niveau de novembre 2016, juste après l’élection de Donald Trump, le CDX Emergents à 10 ans en USD, est passé de 212 à 228 points de base depuis le début du mois, soit encore une centaine de points de base au-dessous de son niveau de fin 2016.

Que suivre cette semaine?

Nous surveillerons le dollar index, le pétrole WTI (qui est repassé au-dessus de 70 dollars hier) et la situation en Argentine qui pourrait avoir une influence néfaste sur les indices obligataires émergents. La banque centrale va sans doute devoir encore monter ses taux afin de soutenir une devise en chute libre. Autant le Venezuela nous a toujours semblé être un risque idiosyncrasique, autant l’Argentine pourrait déclencher une vague de défiance vis-à-vis des pays les plus vulnérables à un dollar fort, comme la Turquie voire le Mexique.

Du côté des statistiques économiques US, nous regarderons les indices d’inflation PPI mercredi et CPI jeudi. Enfin, nous jetterons un œil sur le rapport sur l’inflation de la BoE jeudi. C’est l’occasion de rappeler qu’au Royaume-Uni, la banque centrale est dans une position indélicate puisqu’elle doit appliquer une politique monétaire cohérente avec à la fois une inflation à 3% et une récession qui s’annonce!