Une pluie de dividendes – et après?

Yves Hulmann

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Les sociétés qui choient leurs actionnaires sont très recherchées actuellement. Mais gare à un focus unique sur des ratios clés!

Après avoir célébré en 2019 le retour à une politique monétaire plus accommodante menée par les banques centrales, les marchés ont continué de voler de record en record en première partie de janvier - du moins jusqu’à la correction survenue lundi. Portés par une première série de résultats d’entreprises encourageants, ils ont aussi été soutenus jusqu’ici par les perspectives alléchantes des futurs versements de dividendes. La semaine dernière, l’indice SMI a frôlé le seuil symbolique des 11'000 points mercredi, le DAX allemand a dépassé les 13'600 points la même journée, tandis qu’aux Etats-Unis le Dow Jones a réussi à s’installer plusieurs séances d’affilée au-dessus des 29'000 points.

De quoi être saisi de vertige? Jusqu'ici, la plupart des stratèges se sont toujours voulus rassurants à propos des marchés des actions dans leurs perspectives pour 2020. Avec ce triple message répété à l’envi: les actions sont certes chères, en particulier aux Etats-Unis, mais pas excessivement valorisées en comparaison historique. Compte du faible niveau des rendements obligataires, les actions constituent toujours un choix préférable aux emprunts de degré investissement. Et, finalement, les dividendes réguliers versés par de nombreuses entreprises assurent quasiment à eux seuls des revenus suffisamment attrayants pour les investisseurs.

Des pages entières de publicité sont consacrées à des fonds
ou des certificats dédiés à la thématique des dividendes.

De fait, ce dernier thème n’a jamais été autant placé sur le devant de la scène qu’actuellement. Des pages entières de publicité sont consacrées à des fonds ou des certificats dédiés à la thématique des dividendes. Les présentations consacrées à ce thème étaient particulièrement nombreuses la semaine dernière lors de Finanz’20, l’un des rendez-vous phare de l’industrie financière en Suisse.

Le marketing à haute dose consacré à cette thématique s’appuie du reste sur plusieurs arguments solides. Au cours des prochains mois, les entreprises suisses cotées au SPI devraient à elle-seules verser des dividendes à hauteur de 50 milliards francs à leurs actionnaires, dont 5 milliards sous la forme de remboursement de capital (exonéré d’impôts pour les personnes domiciliées en Suisse). Même tendance en Europe: les entreprises inclues dans l’indice MSCI Europe devraient verser cette année à leurs actionnaires environ 359 milliards d’euros, en hausse de 12 milliards par rapport à l’an précédent, selon une étude d’Allianz Global Investors publiée à la mi-janvier.

Toutefois, prévient aussi cette étude, les investisseurs seraient bien avisés de ne pas baser leur choix en fonction de quelques ratios clés lorsqu’ils procèdent à la sélection de titres supposés être attrayants en termes de dividendes. Les titres qui affichent - optiquement - un rendement des dividendes attrayant une année donnée, parfois aussi à la suite d’une correction importante du cours de l’action, ne le restent pas nécessairement sur la durée. Allianz GI estime ainsi que trois critères doivent être réunis: les entreprises doivent générer un rendement des dividendes supérieur à la moyenne de leur indice; ces sociétés ont le potentiel d’accroître ceux-ci à l’avenir et, surtout, elles doivent être en mesure de démontrer que leur politique de versement des dividendes est fiable et orientée à long terme.

Si les rachats d’actions deviennent récurrents, cela peut aussi signaler
un manque de stratégie ou une insuffisance en matière d’investissement.

Autre point débattu: les rachats d’actions. S’ils sont très appréciés par les investisseurs aux Etats-Unis – notamment pour des raisons fiscales -, ils sont davantage controversés en Europe. Lors d’un panel consacré à la thématique des dividendes dans le cadre de Finanz’20, un expert se montrait même très sceptique au sujet de ces opérations: lorsque des rachats d’actions sont annoncés occasionnellement et à un moment bien choisi, de telles opérations font sens. Si elles deviennent récurrentes, cela peut aussi signaler un manque de stratégie ou une insuffisance en matière d’investissement qui, à terme, peuvent entraîner une évolution défavorable du cours de l’action.

Dans l’ensemble, l’étude d’Allianz GI relève néanmoins que les titres offrant des dividendes élevés constituent un facteur de stabilité à long terme dans un portefeuille. C’est en particulier le cas sur le Vieux Continent où le rendement moyen des dividendes (tous segments confondus) atteignait environ 3,7% pour l’indice MSCI Europe. La Suisse, avec un rendement moyen de 2,8%, se situait en milieu de tableau, tandis que ce ratio n’atteint que de 1,7% aux Etats-Unis, où les investisseurs accordent toutefois davantage d’importance aux rachats d’actions.

Côté timing, les investisseurs devront surtout savoir naviguer avec habileté entre deux phases délicates. A savoir entre la fin de la période où l’essentiel des dividendes auront été versés par les entreprises, d’une part, et le moment où seront publiées les premières indications concernant les tendances pour le deuxième trimestre, d’autre part. Car comme l’on sait, la nature a horreur du vide.