SoftBank, pionnier de la bulle tech

Nicolette de Joncaire

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Masayoshi Son n’est pas, dit-on, homme de détail. Quelques slides suffiraient à le convaincre de signer parmi les plus gros chèques de l’histoire.

Avec près de 100 milliards de dollars, le Vision Fund de SoftBank est l’un des premiers investisseurs au monde en entreprises tech. Uber, Grab, Slack ou WeWork en sont quelques exemples.

Après quelques beaux succès, la vente de Flipkart à Walmart en 2018 par exemple, les investissements de SoftBank inquiètent. L’introduction en bourse de Uber au printemps 2019 est restée inférieure aux chiffres annoncés et l’action a subi de sérieux revers depuis. Il est devenu inutile d’épiloguer sur l’échec retentissant de celle de WeWork en octobre tant elle a fait couler d’encre.

Les déboires de SoftBank avec WeWork ont marqué un tournant. D’autant que, dans la même veine, la chaine indienne d’hôtels-budget Oyo, poussée par un excès de capital, s’est massivement engagée, très au-delà, semblerait-il, de son périmètre de compétence. Toujours en Inde, la société de paiement Paytm bat de l’aile. Deux nouvelles épines dans le flanc du fonds visionnaire dont la crédibilité s’étiole.

La croissance exponentielle du chiffre d’affaires
ne suffit pas à valider un modèle.

Croissance fulgurante (à grand coup de capital) et fondateurs charismatiques porteurs de «changements disruptifs» ne font plus recette. Financer une entreprise dans le seul but de la porter en bourse, sans égard pour sa viabilité économique et sociale, est un modèle discutable sur lequel les critiques commencent à s'acharner.

Il semblerait qu’avec la fin du cycle boursier haussier le plus long de l’histoire des marchés financiers, le bon sens revienne à la mode et que générer des cash-flows compterait davantage que lever des fonds dans l’espoir d’hypothétiques parts de marché. La croissance exponentielle du chiffre d’affaires ne suffit pas à valider un modèle. Il faut bien un jour que l’investissement génère des profits. Durables de préférence.

La période d'investissement du premier Vision Fund touche à sa fin. Certains grands investisseurs – notamment le fonds souverain saoudien qui représenterait la moitié des capitaux du Vision Fund 1 - se font prier pour remettre la main à la poche au bénéfice du Vision Fund 2.

Le patron de SoftBank a été l’un des premiers investisseurs d’Alibaba mais il fut aussi acteur – et victime – de la « dot com bubble » du début des années 2000. Un récidiviste en somme.