Rappelez-vous l’été 1998. Et 2000. Et 2006

Nicolas Mougeot, Indosuez

2 minutes de lecture

Les investisseurs obligataires et la Fed sont en désaccord. Est-ce si important?


©Keystone

Les tensions commerciales mondiales ont pesé sur le marché obligataire. Le rendement à terme des obligations du Trésor américain à 10 ans a chuté de plus de 110 points de base depuis leur sommet début novembre 2018, indiquant clairement que les perspectives économiques s'assombrissent, selon les investisseurs obligataires.

La «yield curve 10 ans – 2 ans»  est un indicateur bien connu du risque de récession dans les mois qui suivent. Malgré la spirale de la guerre commerciale et technologique entre les États-Unis et la Chine, le yield des obligations américaines à 10 ans est resté supérieur de 15 à 20 points de base au rendement à des obligations à 2 ans depuis le début de l'année, ne signalant donc pas à ce jour de récession imminente.

Le yield des obligations du Trésor américain à 10 ans est tombé en dessous
du taux directeur de la Réserve fédérale des États-Unis.

Cela dit, les deux dernières semaines ont été marquées par un événement relativement rare sur le marché obligataire: le yield des obligations du Trésor américain à 10 ans est tombé en dessous du taux directeur de la Réserve fédérale des États-Unis. Depuis 1990, cela ne s'est produit que trois fois: en juin 1998, en avril 2000 et en juin 2006. À ces occasions, la Fed a ensuite fait une pause (avril 2000 et juin 2006) ou baissé son taux directeur (juin 1998), mais ne l'a jamais augmenté. 

Il y a donc un grand désaccord entre la Fed et le marché sur la perspective des taux. Alors que la Fed a fait une pause dans sa hausse de taux, le marché obligataire anticiperait une réduction des taux. Toutefois, les yields obligataires ne reflètent pas toujours la trajectoire la plus probable des taux courts futurs car ils peuvent être impactés par une prime à terme et une prime de liquidité. Face aux incertitudes croissantes concernant le commerce mondial, de nombreux investisseurs institutionnels, tels que les fonds de pension et des compagnies d’assurance, pourraient préférer la sécurité et la liquidité relatives des obligations américaines à d’autres actifs risqués, entraînant une hausse des prix des obligations du Trésor et par conséquent une baisse de leurs rendements.

Yield des obligations américaines à 10 ans et taux des fonds fédéraux, en %

Sources: Bloomberg, Indosuez Wealth Management

 

Quel impact pour les marchés actions?

Le fait que le yield des obligations américaines à 10 ans soit tombé au-dessous du taux des fonds fédéraux témoigne d'un désaccord majeur entre les investisseurs en obligations et la Fed, mais quel est l’impact pour le marché des actions? Premièrement, les actions resteront probablement influencées à court-terme par les préoccupations concernant le commerce mondial et les hausses de tarifs, comme ce fut le cas au cours des six derniers mois.

Les actions américaines sont relativement historiquement chères.

Deuxièmement, comme cette inversion de courbe a toujours eu lieu au printemps, nous examinons la performance de l’indice S&P 500 au cours de l'été (du 1er juin au 30 septembre) qui a suivi chaque fois que le yield des obligations américaines à 10 ans est tombé en dessous du taux des fonds fédéraux. Pour mettre les choses en perspective, le tableau suivant montre également la valorisation du S&P 500 telle que rapportée par son ratio cours / bénéfice à long terme.

Performance et valorisation du S&P 500 pendant l’été lorsque le rendement à terme des obligations du Trésor américain passe sous le taux directeur de la Réserve fédérale
Sources: Bloomberg, Indosuez Wealth Management

 

En 1998 et 2000, l’indice S&P 500 a baissé pendant la période estivale (du 1er juin au 30 septembre). L’été 2006 a toutefois été plus positif pour les actions américaines, le S&P 500 affichant une performance positive de 3,9%, bien qu’il vienne à un moment où l’indice avait une valorisation relativement attrayante avec un ratio P / E à long terme proche de 20.

Les tensions commerciales vont indéniablement influencer la performance des marchés des actions et toute évolution favorable des discussions entre les États-Unis et la Chine pourrait entraîner une hausse du marché. Toutefois, le ratio cours-bénéfice à long terme du S&P 500 dépasse actuellement 25, indiquant que les actions américaines soient relativement historiquement chères. La combinaison du désaccord entre le marché obligataire et la Fed et une valorisation relativement élevée pourrait engendrer un été volatil pour les actions américaines. La trêve estivale habituelle n’est peut-être pas pour cette année.