Perspectives hebdomadaires de Raiffeisen

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Marché des actions: secousses à répétition. L'industrie suisse est en plein essor. Risque potentiel limité de la crise turque.

Les marchés financiers restent sous l'emprise de secousses politiques, et de l'absence à court terme d'un apaisement continu des foyers de risques, notamment en ce qui concerne le conflit commercial et les évolutions en Turquie. Au cours des prochains jours, les marchés pourraient donc fortement fluctuer - à la hausse, comme à la baisse. Le cours de la lire turque, qui s'est reprise d'environ 20% par rapport au CHF après une chute massive, illustre parfaitement la nervosité. D'une part le Qatar s'était engagé à investir près de CHF 15 mia en Turquie - annonce qui a favorisé le récent redressement. Par ailleurs, les investisseurs espéraient que le ministre turc des finances allait communiquer des mesures appropriées, lors de sa conférence téléphonique avec les investisseurs (après la clôture de la rédaction). Seuls un changement de cap dans la politique économique, et des mesures contre l'inflation galopante, permettraient d'améliorer les perspectives à moyen terme de la Turquie. 

Il en va de même pour le conflit commercial entre la Chine et les USA - qui passe régulièrement d'une accalmie à une tempête et inversement. Le vice-ministre chinois du commerce extérieur souhaite se rendre aux USA en août pour des pourparlers. Cette annonce devrait, elle aussi, calmer les marchés pour un certain temps - du moins jusqu'à la prochaine provocation. 

«Nous tablons sur des indicateurs avancés en plein essor aux USA
et dans la zone euro au cours de la prochaine semaine.»

En revanche, les turbulences économiques n'ont encore guère laissé de traces sur les données économiques réelles. Nous tablons sur des indicateurs avancés en plein essor aux USA et dans la zone euro, au cours de la prochaine semaine, pauvre en événements économiques marquants. Les USA affichent toujours une conjoncture solide, bien que le taux de croissance n'atteigne pas celui du PIB au Q2, avec 4%. 

L'économie suisse devrait, elle aussi, annoncer des données solides la semaine prochaine. Les regards se tournent principalement sur les chiffres de l'exportation, dans le contexte de conflits commerciaux persistant au niveau mondial. Le commerce extérieur suisse affiche une forte tendance haussière depuis le début 2017, tendance certainement confirmée par un CHF ayant cédé à 1.20 contre l'EUR. Or, le change EUR/CHF a à nouveau atteint le seuil des 1.13, en raison des bouleversements en Turquie et l'éventuel équilibre budgétaire précaire en Italie. Cette évolution pourrait faire ralentir, mais ne devrait pas arrêter, la dynamique des exportations ces prochains mois. Les exportations suisses ont augmenté de plus de 7% au premier semestre, par rapport à la même période du l'année précédente. Certes, l'industrie pharmaceutique, défensive, constitue toujours la majeure partie des exportations, mais les taux des secteurs plus cycliques augmentent également (cf. graphique). 

La production industrielle suisse devrait, elle aussi, présenter des données positives pour le Q2 ces prochaines semaines. La progression au trimestre précédent était de 8,1% (par rapp. à l'an dernier), et devrait se poursuivre, dans l'hypothèse que les conflits commerciaux s'affaiblissent. 

 

Graphique de la semaine 
Exportations suisses, nominal, janvier - juin
 
Gros plan: risque potentiel limité de la crise turque

Les marchés financiers sont actuellement sous l'emprise de la situation tendue avec la Turquie. Les incertitudes y afférentes se font particulièrement ressentir sur les marchés des changes. Ainsi, les monnaies traditionnelles de refuge, telles que l'USD, le JPY et le CHF, sont davantage prisées par les investisseurs, tandis que la lire turque, fortement sous pression, entraîne d'autres marchés émergents dans sa spirale également. 

Les risques immédiats émanant de la Turquie sur les marchés émergents sont certes graves, mais restent sous contrôle au final, à l'image de la réduction sensible des pertes de cours parfois douloureuses de ces monnaies. En principe, les politiques monétaires des principales banques centrales devraient principalement se préoccuper des économies émergentes que de l'évolution de la crise en Turquie. En effet, dans l'hypothèse que la BCE maintienne sa politique de taux zéro au-delà de l'été 2019, la première étape de normalisation se rapproche également de plus en plus pour l'union monétaire. La Fed, de son côté, a enregistré une normalisation considérable de sa politique monétaire, avec sept hausses de taux jusqu'à présent, et continuera dans cette voie pour le moment. L'époque où les investisseurs placent leur argent dans les marchés émergents pour éviter des rendements inexistants dans les pays industrialisés, touche à sa fin. Les marchés émergents se devraient, en effet, d'augmenter les taux, de leur côté, afin de maintenir leur attractivité. Cela entrainerait, en revanche, une hausse des coûts de financement pour les entreprises locales. 

«La Turquie n'est de loin pas aussi importante à l'échelle mondiale
pour qu'elle puisse déclencher un embrasement majeur.»

Selon toute considération objective, le danger émanant de la Turquie est limité, y compris en dehors des marchés émergents. D'une part, la Turquie n'est de loin pas aussi importante à l'échelle mondiale pour qu'elle puisse déclencher un embrasement majeur. En effet, avec un PIB d'environ USD 850 mia, elle ne contribue que marginalement à la production économique mondiale (cf. graphique). En revanche, bien qu'elle ne soit pas alarmante dans son ensemble, il serait erroné d'ignorer la sensibilité du risque des banques envers la Turquie. En fin de compte, les positions auprès des banques de la ZE et de Suisse sont sous contrôle. Par ailleurs, les banques de la ZE disposent aujourd'hui d'une couverture en capitaux propres beaucoup plus solide qu'il y a quelques années - grâce également à une surveillance bancaire plus efficace - même si la Turquie devait ne pas être en mesure de rembourser ses créances.

 

Turquie: risque sous contrôle pour l'économie mondiale 
Parts dans la performance économique mondiale (2017)

 

Le risque turc est également limité pour la Suisse dans son ensemble. Le volume des exportations, par rapport aux exportations totales, est modeste, compte tenu d'un solde positif de la balance commerciale: seuls 0,8% en termes de produits et services (sur base CHF) ont été exportés en Turquie en 2017, dont la majeure partie des machines, montres et produits issus des industries chimiques et pharmaceutiques. La part de la Turquie est presque négligeable (cf. graphique) par rapport aux exportations totales de ces produits. 

 

Exportations suisses marginales vers la Turquie 
Part des exportations sur une base en CHF

 

Le risque de la crise en Turquie pour l'économie mondiale, le secteur bancaire et la Suisse est, à nos yeux, limité, tout en étant susceptible de peser encore sur les marchés financiers.