Malaise sur les valeurs bancaires suisses

Salima Barragan

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«Les chiffres laissent penser que le quatrième trimestre de 2018 a été plus compliqué que prévu», commente Guy de Blonay de Jupiter AM.

En 2018, le secteur des valeurs bancaires a affiché une faible performance au SMI avec de fortes corrections pour Credit Suisse et Julius Baer. Cette sous-performance n’est pas isolée et s’inscrit dans le sillage des banques européennes. Contrairement à leurs homologues américains, les banques du vieux continent sont pénalisées par un environnement défavorable. Pour la saison des résultats, qu’attendre des banques suisses? Pour Guy de Blonay, gérant d’un fonds sur les valeurs financières chez Jupiter Asset Management, il faut garder en tête que la faiblesse des valeurs bancaires suisses résulte de l’instabilité mondiale .

Un environnement compliqué pour les revenus cycliques

Une multitudes de facteurs ont provoqué un réel malaise dans les banques suisses, mais aussi chez européennes. «Les taux d’intérêt à zéro ne couvrent pas le coût du capital; la réglementation est plus forte qu’aux États-Unis. Et les banques ont dû payer des amendes considérables», commente Guy de Blonay. Inversement, les banques américaines qui profitent d’une croissance économique supérieure et d’une politique monétaire favorable, ont affiché des résultats encourageants. 

«La restructuration de Credit Suisse portera ses fruits sur le long terme.»

Les actions de Deutsche Bank et d'Unicredito et, dans une plus faible mesure, celles de Credit Suisse, offrent des décotes importantes vis-à-vis de la valeur de leur bilan. Néanmoins, malgré la restructuration de cette dernière, menée à bien par son directeur Tidjane Thiam, ses actionnaires devront rester patients. «Une restructuration demande du temps et certains coûts supplémentaires y sont attachés. Sur le long terme elle portera ses fruits», affirme Guy de Blonay qui s’attend, pour la présentation des résultats du 14 février, à des commentaires de même teneur que ceux d’UBS: «Des activités plus faibles que prévues, surtout lors du dernier trimestre qui a été un choc pour beaucoup d’acteurs pour lesquels l’Asie est une région prépondérante». De même il s’attend à un message similaire de la part de Vontobel: «La banque peut souffrir du manque d’activités de certains clients. Avec des expositions importantes sur les marchés actions des pays émergents, ses résultats peuvent être cycliques».

Une absence de catalystes

Ce malaise sur les valeurs bancaires suisses perdurera-t-il? Tout dépend du contexte global auquel les banques suisses, de par leur modèle d’affaire, sont sensibles. Guy de Blonay identifie trois catalystes indispensables à un redressement durable de l'activité : des facteurs macro-économiques favorables, des tensions américano-chinoises en amélioration et un plan de stimulus fiscal pour relancer la croissance. «Si la problématique chinoise ne se résout pas et que les taux américains montent encore, beaucoup d’acteurs bancaires suisses vont peiner à voir progresser leur profitabilité», ajoute Guy de Blonay. Ainsi, les mouvements de taux de la Fed restent au centre des préoccupations. 

«Les banques suisses doivent investir davantage
dans l’innovation technologique pour renforcer leur clientèle.»

A moyen terme, les banques suisses doivent se préparer pour l’avenir. La révolution technologique représente un catalyseur à ne pas manquer. «Elles doivent investir davantage dans l’innovation technologique pour renforcer leur clientèle. Si elles ne se positionnent pas résolument, elles perdront des parts de marché», prévient le spécialiste.

BCV, un bateau indestructible 

Le Private Banking et l’Asset Management sont les activités les plus enclines à la volatilité. Toutefois, certains établissements, comme la Banque Cantonale Vaudoise, se distinguent par leur cohérence. «La BCV fait preuve d'une discipline proche de l’excellence», estime Guy de Blonay. Sa direction redistribue le capital aux actionnaires avec un dividende annuel de l'ordre de 6%. Selon le spécialiste, les résultats qu’elle présentera le 21 février seront solides comme à leur habitude. Enfin, son avis sur les banque en ligne novatrices comme Swissquote est favorable. «Même si les chiffres ont baissé et si les marges sont sous pression, ces banques ont un brillant futur ».