Les pharmas tirent parti de leur caractère défensif

Yves Hulmann

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Des dividendes réguliers, un pipeline de produits bien rempli et des valorisations raisonnables parlent en faveur des valeurs pharmaceutiques aussi en 2020.


©Keystone

Le secteur de la pharma a été un pilier clé pour l’économie helvétique l’an dernier. Au cours du troisième trimestre, l’industrie pharmaceutique a représenté à elle-seule quelque 40% de l’ensemble des exportations helvétiques, rappelait Credit Suisse dans son «Moniteur Suisse» du quatrième trimestre. Durant l’été 2019, la branche pharmaceutique a même accru ses exportations de 22% par rapport à la même période de l’an précédent, relevait l’étude. «Les acquisitions déjà effectuées ou prévues dans le domaine des thérapies géniques, ainsi qu’un pipeline prometteur de nouveaux médicaments, devraient permettre à l’industrie pharmaceutique suisse de poursuivre sur la voie du succès», anticipent les auteurs de l’étude.

Au cours des douze derniers mois, Novartis (+23%) et Roche (+25%) ont
affiché une performance légèrement inférieure à celle du marché suisse.

Dans quelle mesure les investisseurs ont eux aussi tiré parti de la bonne tenue affichée par la branche l’an dernier? Au cours des douze derniers mois, les valeurs phares du secteur – Novartis (+23%), Roche (+25%) - ont affiché une performance légèrement inférieure à celle du marché helvétique dans son ensemble, l’indice SPI ayant gagné lui plus de 28% durant le même intervalle.

Des dividendes toujours attrayants

Cette progression, un peu plus modeste que celle de l’ensemble du marché, est toutefois un aspect qui est souvent cité comme étant en faveur des deux «big pharma» suisses. Se traitant avec un multiple des bénéfices estimés pour 2020 inférieur à 15 concernant Novartis et d’environ 14 s’agissant de Roche, ces deux titres affichent des valorisations légèrement inférieures à la moyenne affichée par l’indice DJ Stoxx 600. Autre point favorable pour les deux grandes valeurs pharmaceutiques: leur rendement des dividendes attrayants, avec un niveau estimé à 3,4% pour l’année 2020 du côté de Novartis et d’environ 3% pour Roche. Malgré tout, les analystes restent relativement prudents envers ces deux titres. En début d’année, les banques Morgan Stanley et JP Morgan Chase ont recommandé l’action Novartis à respectivement «vendre» et «sous-pondérer», contrastant ainsi avec des recommandations jusqu’ici majoritairement positives pour le titre. Par contraste, ces deux établissements maintiennent tous deux leur recommandation sur le titre de Roche à «surpondérer».

Lonza et Idorsia ont le vent en poupe
mais ne sont plus bon marché.

En termes de valorisation, d’autres valeurs rattachées au secteur pharmaceutique, telles que Lonza et Idorsia (issue d’Actelion), se traitent à des niveaux sensiblement plus élevés. L’action de Lonza, à mi-chemin entre les secteurs pharmaceutique et chimique, a bondi de plus de 30% au cours des douze derniers mois et elle se négocient à plus de 23 fois ses bénéfices estimés pour l’année en cours. Mardi, Julius Baer a néanmoins rehaussé son objectif de cours sur le titre à 400 francs (375 francs précédemment), comparé à 353 francs mardi.

Du côté d’Idorsia, le titre s’est envolé de 77% sur un an, dont 20% au cours des seuls trois derniers mois. Le titre de la société bâloise a profité en fin d’année dernière de diverses annonces favorables concernant ses produits, notamment un partenariat au Japon concernant un traitement contre l’insomnie annoncé en décembre, qui s’est ajouté à plusieurs autres publications positives communiquées durant les mois précédents.

Les acquisitions, moteur indispensable de la croissance

Pour continuer d’alimenter leur pipeline de nouveaux produits, les deux plus grandes sociétés pharmaceutiques helvétiques devront poursuivre leur politique d’acquisition, ce qui peut aussi constituer un facteur d’incertitude - que ce soit au niveau de l’intégration de ces sociétés ou de la validité ultérieure de leurs technologies. En novembre dernier, Novartis a notamment annoncé le rachat de The Medicine Company, spécialisée dans les maladies cardio-vasculaires, pour un montant de près de 10 milliards de dollars. Cette transaction s’est ajoutée à la reprise d’AveXis, active dans les thérapies géniques, pour près de 9 milliards de dollars en 2018. De son côté, Roche a annoncé le rachat de Spark Therapeutics aussi active dans les thérapies géniques.

Un autre facteur risque, spécifique à l’année 2020, est celui des élections américaines. Si le candidat ou la candidate démocrate qui se profilera au printemps comme le futur rival de Donald Trump lors des élections de novembre est perçu comme étant très opposé à l’industrie pharmaceutique, la période d’incertitude qui s’en suivra exercera certainement une pression à la baisse, du moins momentanément, sur l’ensemble du secteur.