Les Millenials contraints de s’intéresser à la politique monétaire

François Savary, Prime Partners

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Ce qui se décide en ce moment sur ce front aura des conséquences décisives pour leur retraite. L’émergence de la théorie monétaire moderne également.

Les Millenials, cette génération née au tournant du millénaire, est l’objet de nombreuses attentions de la part de la communauté financière. Il n’est d’ailleurs pas anodin de voir des produits de placement leur être dédiés, afin de mieux répondre aux «caractéristiques» notoires qui les différencient des générations précédentes. 

Chacun peut penser ce qu’il veut de tels produits mais il est intéressant de se pencher sur certains attributs qui sont souvent associés aux Millenials. Sans être exhaustif, on peut mentionner un rapport différent à la consommation, une perception particulière de la valeur travail, un ancrage plus marqué dans le présent plutôt que dans l’avenir ou encore une intégration plus forte des défis ESG dans le comportement et la philosophie qui sous-tend cette génération «particulière». A cet égard, les récents rassemblements sur le climat ont permis de se rendre compte de ce dernier phénomène.

Le lien entre liquidité monétaire
et «génération du millénaire» est important et va se renforcer.

Il ne s’agit nullement de nous étendre sur les vertus et les vices (supposés) des Millenials! Ce qui nous intéresse précisément c’est de savoir si le rapport particulier que ces derniers semblent avoir avec l’immédiateté ne devrait pas les inciter à observer de près la question de la politique monétaire. Cherchez l’erreur me direz-vous? Quelle étrange association que celle de la liquidité monétaire et de la «génération du millénaire»! Et pourtant, nous sommes convaincus que ce lien est important et qu’il va même se renforcer au cours des prochaines années.

La mise en œuvre des politiques monétaires non conventionnelles est indissociable de la répression financière; en d’autres termes, les banquiers centraux ont favorisé une chute du coût du capital qui a conduit les taux d’intérêt en territoire négatif. Orchestré par les grands argentiers, le retournement récent de la conduite de la politique monétaire n’est pas insignifiant. Tout semble indiquer que la sortie de l’ajustement quantitatif est difficile et qu’elle pourrait s’avérer plus longue qu’initialement prévu. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, ce sont désormais près de 10 trillions de dollars de dettes des pays développés qui affichent un rendement négatif, un record depuis 2017. 

Tout cela devrait laisser les Millenials de marbre. Si tel est le cas, voilà une erreur qui pourrait être lourde de conséquence! Si l’on peut apprécier les vertus de l’immédiateté, il ne faut pas pour autant ignorer les contingences du futur, à commencer par le fait que les systèmes de retraite des économies développées subissent mécaniquement les effets pervers de la répression financière; pour les régimes sociaux, dégager des rendements suffisants pour assurer la pérennité du niveau de vie de tout un chacun  au moment de sa retraite est un problème dont la solution, déjà difficile, est rendue encore plus ardue dans le contexte général que nous connaissons et qui devrait perdurer. 

Les Millenials affichent une attitude différente
à l’égard de la place du travail dans leur équilibre global.

Cette question est d’autant plus cruciale que les Millenials affichent également une attitude différente à l’égard de la place du travail dans leur équilibre global et que les rémunérations salariales ne progressent plus aussi fortement que par le passé, si l’on en croit certaines études. Tout cela pour dire que la question de l’épargne individuelle, que ma génération considérait un «mal» nécessaire à titre de précaution pour l’avenir, est également affectée tant en raison d’un choix de vie - supposé ou réel - de ce groupe générationnel que de conditions économiques générales plus compliquées dans les pays développés.

Qu’on le veuille ou non, les Millenials seront, à mon avis, contraints de se familiariser avec le politique monétaire; non pas parce que celle-ci constitue un sujet si passionnant qu’il ne faudrait pas se priver du plaisir de s’y intéresser, mais simplement parce que ce qui se décide en ce moment sur ce front monétaire aura des conséquences importantes pour leurs vieux jours, même si cela ne les passionne pas outre mesure. 

Les Millenials devraient voir dans la MMT
un élément de nature à impacter leur vote.

Mais au-delà de ces aspects que l’on pourrait considérer comme bassement matériels, il y a une autre raison qui devrait inciter ce groupe particulier à se familiariser avec l’outil monétaire, c’est l’émergence de la théorie monétaire moderne (MMT). Dans le cas d’espèce, la raison n’est pas (seulement) matérielle. En effet, les partisans de cette théorie sont en train de convaincre certains hommes (femmes) politiques des vertus de leur pensée et des conséquences bénéfiques qui en découlent. Regardez du côté de certains candidats Démocrates aux USA, par exemple. 

J’avoue que j’ai de la peine à me laisser convaincre  par la MMT mais cela n’a pas d’importance. Par contre, les Millenials devraient voir cette question prendre un rôle non négligeable dans les débats politiques et donc constituer un élément de nature à impacter leur vote. Ne dit-on pas qu’un homme (femme) avisé(é) en vaut deux? Alors Mesdames, Messieurs les Millenials, intéressez-vous au sujet de la politique monétaire afin de faire votre choix en pleine connaissance!