Le goodwill est-il à risque?

Florence Chernyak-Bosson, CA Indosuez

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Le poids du goodwill dans le total des actifs des sociétés cotées américaines a augmenté, alors qu’en Europe le ratio est resté stable.

Le goodwill, ou écart d’acquisition en français, est un actif incorporel créé lors du rachat d’une entreprise. Il s’agit de la différence, lors du rachat d’une société, entre le prix d’achat et la valeur comptable de l’entreprise (sa valeur si tous les actifs sont vendus et tous les passifs sont remboursés). Les exemples incluent les synergies attendues, la valeur d’une marque, l’excellence de la gestion, une clientèle fidèle, etc. L’écart d’acquisition n’est jamais amorti, mais fait l’objet d’un test de dépréciation annuel (US GAAP et IFRS). Une perte de valeur réduit le montant de l'actif au bilan et est traitée comme une charge dans le compte de résultat. 

Des exemples récents illustrent le risque
de perte de valeur de l’écart d’acquisition.

Cet élément est parfois négligé dans l'analyse des états financiers. Cependant, des exemples récents illustrent le risque de perte de valeur de l’écart d’acquisition. Les raisons sont multiples : détérioration des perspectives économiques pour l’entreprise achetée, concurrence accrue, départ de dirigeants clés, etc. Une perte de valeur du goodwill peut avoir un impact important sur le résultat net des entreprises, et ainsi provoquer une réaction négative parfois non négligeable sur le cours des actions. 

Pour 22% des sociétés de l’indice S&P 500, le goodwill représente aujourd’hui plus d’un tiers du total des actifs. Dans l’ensemble, le poids du goodwill dans le total des actifs des sociétés cotées américaines a augmenté ces dernières années, passant d’un taux relativement stable de 7% à près de 10% (indice S&P 500), alors qu’en Europe, le ratio est resté stable au cours des dix dernières années, entre 3 et 4% (Indice Stoxx Europe 600, voir graphique ci-dessous). Cette différence s’explique, entre autres, par l’importance du secteur financier en Europe, un secteur où les écarts d’acquisitions sont limités puisque la valeur d’une société financière est plus étroitement liée à son bilan.

Goodwill/Total des Actifs, Indices S&P 500 et Stoxx Europe 600, en %

Sources : Bloomberg, Indosuez Wealth Management 

 

Faut-il s’inquiéter? Les pertes de valeur de l'écart d'acquisition des sociétés américaines cotées en bourse ont atteint 35,1 milliards de dollars en 2017, contre 28,5 milliards en 2016 (Duff & Phelps LLC). Les chiffres provisoires pour 2018 indiquent que les dix plus grandes révisions à la baisse du goodwill dépassaient déjà 40 milliards de dollars à la mi-décembre. Toutefois, si la valeur globale de ces révisions a augmenté, le nombre de dépréciations importantes demeure contenu. Il serait donc trop alarmiste selon nous de parler d’un risque généralisé pour l’indice S&P 500. 

Attention aux sociétés présentant
un pourcentage élevé de goodwill sur le total de leurs actifs.

Certains secteurs sont plus exposés, mais, comme souvent, le problème reste spécifique à chaque action. Attention, en particulier, aux sociétés présentant un pourcentage élevé de goodwill sur le total de leurs actifs, notamment lorsque celui-ci est concentré sur un nombre limité d’acquisitions (le goodwill «diversifié» est moins risqué) et lorsque les sociétés acquises exercent leurs activités dans des secteurs marqués par davantage de concurrence ou par des changements structurels dans les préférences des consommateurs, et, par conséquent, dont les rentabilités sont susceptibles d’être révisées à la baisse. Enfin, les changements dans les instances dirigeantes ont aussi parfois accéléré les pertes de valeur du goodwill.