Le blues des millénials

Salima Barragan

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Inquiets, pessimistes, désillusionnés: une étude de Deloitte dresse un portrait sombre des millénials.


© Keystone

La génération Y est perturbée. C’est la conclusion de la dernière enquête de Deloitte*, réalisée sur 24 pays auprès de 13’400 jeunes adultes nés dans les années quatre-vingt. En cause, les implications sociales des bouleversements technologiques. Selon Michele Parmele, Global Chief Talent Officer chez Deloitte, «de la récession économique à la quatrième révolution industrielle, les millénials ont grandi dans cette période unique où la connectivité, la vie privée, la mobilité sociale et le travail ont été chamboulés».

Baisse de confiance dans l’économie, le gouvernement et les médias

Malgré l’expansion économique, les progrès technologiques et l’amélioration des indicateurs de société, l’euphorie n’est pas au rendez-vous. Les millénials sont pessimistes sur l’avenir de l’économie mondiale et désabusés par les médias et les institutions politiques en place auxquels ils accordent peu de crédibilité. Symptomatique du malaise qui les habitent, ils sont plus préoccupés de l’état du monde et de la place qu’ils y occupent que ne l’étaient leurs parents.

L’étude relève également un scepticisme grandissant vis-à-vis du monde des affaires et de son leadership à l’heure où, pourtant, les opportunités professionnelles inédites s’intensifient et les «Chief Happiness Officers» se multiplient.

La philanthropie et les voyages ont pris le pas sur les désirs sociaux
traditionnels comme l’immobilier et les enfants.

Pour Deloitte, des sentiments reflètent un mal-être plus profond qui est le moteur d’un besoin de changement sociétal. Les auteurs estiment que l’opinion des millénials à l'égard des entreprises s’est ternie parce qu'ils considèrent que ces dernières se concentrent trop sur leurs objectifs et insuffisamment sur leurs conséquences sociales. Au point où 49% des individus interrogés quitteraient leur emploi actuel s'ils en avaient la possibilité.

Paradoxalement, les millénials ne sont pas moins ambitieux que leurs aînés et plus de la moitié aspirent à devenir riches. Mais ils ont remis au goût du jour les marqueurs de succès. La philanthropie et les voyages (pour découvrir le monde ailleurs que sur leur smartphone?) ont pris le pas sur les désirs sociaux traditionnels comme l’immobilier et les enfants. Une autre enquête avançait même que la génération Y s’accouple moins que les précédentes. Il faut remonter aux années trente pour retrouver un tel phénomène. La faute aux réseaux sociaux?

Une dépendance aux réseaux sociaux

Ces jeunes adultes entretiennent une relation conflictuelle avec la technologie qu’ils ont adoptée dès leur plus jeune âge et dont ils comprennent pourtant aisément les avantages. Plus de la moitié des sondés ont répondu que les réseaux sociaux sont plus intrusifs que bénéfiques. Près des deux tiers ont confié qu'ils seraient en meilleure santé physique s'ils réduisaient le temps qu’ils y passaient. Plus éloquent encore, 60% ont déclaré qu’ils seraient plus heureux s’ils y consacraient moins de leur temps.

Soucieux de l’état du monde

Extrêmement préoccupés par le changement climatique et les problèmes environnementaux, les millénials auraient adapté leur façon de consommer (BIO) et d’investir (ESG) en soutenant les entreprises qui ont un impact positif sur la société. Les sondés ont majoritairement affirmé qu'ils n'hésiteraient pas à mettre fin à une relation commerciale si les pratiques de la société impliquée ne s’alignaient plus avec leurs valeurs.

La technologie a-t-elle évolué trop vite pour que les jeunes générations s’y adaptent sans tomber dans l’excès ? En dépeignant une génération perturbée, cette étude a le mérite de démontrer que progrès technologique et bonheur ne sont pas nécessairement synonyme.

 

* 2019 Millennial Survey