La France reprend la tête, mais attention à la dette

Valérie Plagnol, Vision & Perspectives

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Le Fonds Monétaire International tresse une couronne économique à la France. Qui ne pourra pas pour autant se reposer sur ses fragiles lauriers.

L’activité économique de la France, bien qu’en ralentissement se montre plus résistante en 2018 et 2019. Mieux même, elle est riche d’emplois. Le constat du FMI, dans son rapport de juin1, est pour le moins élogieux et satisfaisant pour le gouvernement, car il met en avant les efforts qui ont été menés ces dernières années. Pour le FMI, il ne fait pas de doute que les réformes du marché du travail et de la fiscalité ont permis de soutenir les investissements, l’emploi et donc la croissance. De fait, les créations d’emplois ont continué de croître en ce début d’année, atteignant un plus haut depuis 10 ans. Le taux de chômage est à 8,7%. Les embauches en CDI ont nettement augmenté. L’apprentissage a connu un réel succès. Selon le baromètre annuel EY, la France est passée devant l’Allemagne, comme destination favorite pour les investissements directs en Europe.

La France ferait donc la course en tête face à ses voisins immédiats, dans un contexte européen et international désormais moins porteur. Après une progression estimée à 1,3% cette année, et au-delà des aléas du cycle international, le FMI parie sur une croissance de 1,5% l’an à moyen terme, c’est-à-dire une capacité de relèvement de son potentiel, grâce aux réformes engagées.  

La France est encore loin du compte avec un programme de réduction
de son déficit structurel de 0,1%, quand Bruxelles en attend 0,6%.

Cette année devrait également refléter la contribution exceptionnelle de la consommation domestique, grâce aux mesures de soutien au pouvoir d’achat des ménages, qui ont été prises dans le sillage des manifestations de l’hiver. La réforme à un prix. Il serait assez légitime de s’en acquitter. Ces mesures contribuent aussi à abriter la France des soubresauts du commerce mondial et de l’escalade des tensions commerciales sino-américaines. Sa moindre exposition au commerce mondial la sert en ces circonstances, et son modèle économique, moins spécialisé, peut s’avérer un atout.

Mais ce sont là des avantages de circonstance. Cette politique ne sera efficace qu’à condition que les citoyens n’aient pas le sentiment que ce qui a été consenti d’une main, sera repris de l’autre. Or le niveau des dépenses publiques et l’encours de la dette de la France, représentent un risque majeur pour le redressement durable du pays. Le FMI rappelle que la dette publique est passée de 20% à près de 100% du PIB en un peu plus de 30 ans, reprochant aux gouvernements successifs de n’avoir pas su, durant les périodes de reprise, réduire leurs dépenses pour mieux affronter les retournements cycliques. Rappelons que depuis la crise de 2008, la dette de la France a augmenté de plus de 50%. Le Fonds reprend à son compte les prescriptions et engagements européens, en proposant à la France de porter son effort structurel primaire à 0,5% du PIB pour les années 2020 à 2023. Un tel effort en dépenses permettrait – dans le contexte actuel de taux d’intérêt très bas, et même négatifs pour les échéances les plus courtes – de réduire de près de 10% du PIB l’encours de la dette du pays. Et cela tout en finançant un allègement de la pression fiscale. Or la France est encore loin du compte avec un programme de réduction de son déficit structurel de 0,1%, quand Bruxelles en attend 0,6%. Ceci implique un effort réel en dépenses pour le budget 2020, qui devra à la fois prendre en compte les mesures de baisse d’impôt prises cette année, et favoriser les chantiers prioritaires lancés pour soutenir l’emploi, l’investissement et la protection de l’environnement.

Le FMI soutient clairement la poursuite des réformes
et notamment celle du secteur public.

Le FMI soutient clairement la poursuite des réformes et notamment celle du secteur public, en insistant aussi sur la nécessité de réduire progressivement la masse salariale totale, notamment au niveau local. Réforme des retraites et alignement des régimes publics et privés, flexibilité du travail, libéralisation plus poussée de certains secteurs de l’économie, sont autant de pistes mises en avant pour approfondir le mouvement entamé. La réduction des dépenses et la réforme du fonctionnement des administrations et des collectivités publiques, sont bien la clé d’un redressement durable. Les efforts à fournir sont donc encore importants.

Dans un récent ouvrage, l’économiste italien Alberto Alesina et ses collègues rappellent que l’austérité budgétaire ne nuit pas forcément à la croissance2, et que sa bonne pratique dépend des moyens employés (baisse des dépenses, augmentation des recettes) et de la capacité à rétablir la confiance des acteurs économiques et des investisseurs.

A voir le niveau actuel des taux d’emprunts de la dette française, pourquoi s’en faire après tout? La confiance n’est-elle pas toujours là? Et si c’est bien le cas, pourquoi ne pas continuer à en profiter? Peut-être, et il semble bien que les marchés plébiscitent la politique menée. Mais il suffit de regarder de l’autre côté des Alpes pour voir combien il en coûte de perdre cette confiance, et combien il faut de temps et d’efforts pour la retrouver.

 

2 Alberto Alesina, Carlo  Favero, Francesco Giavazzi «Austerity, when it works and when it doesn’t», Princeton University Press, Pinceton and Oxfor