La faiblesse actuelle est principalement due au commerce

Samy Chaar, Lombard Odier

2 minutes de lecture

Le scénario de base pour les trimestres à venir est celui d’une stabilisation de la croissance mondiale, voire d’une certaine reprise.

C’est la chute soudaine et brutale des échanges commerciaux qui a entraîné le ralentissement global actuel. Dans notre monde intégré, caractérisé par la grande diversité des partenaires commerciaux, des comptes courants et en capital ouverts, ainsi que des liens financiers internationaux étroits, tout choc commercial déploie directement ses effets sur l’activité économique mondiale. 

La bonne nouvelle est que ce canal de transmission devrait également fonctionner dans le sens inverse. Si les Etats-Unis et la Chine enterrent la hache de guerre commerciale et si une solution est trouvée pour le Brexit, l’activité devrait rebondir. C’est la raison pour laquelle notre scénario de base pour les trimestres à venir est celui d’une stabilisation de la croissance mondiale, voire d’une certaine reprise. Une amélioration des perspectives du commerce mondial profiterait particulièrement à l’Asie et à l’Europe, où les pressions externes ont le plus lourdement pesé sur les tendances économiques.

Les premiers signes de relance demeurent timides et auront besoin,
pour se renforcer, d’un accord commercial entre les Etats-Unis et la Chine.

Si les signes d’amélioration ne se manifestent que lentement, un certain nombre d’indicateurs d’activité incitent tout de même à l’optimisme. L’indice PMI du secteur manufacturier mondial a cessé de baisser au mois de mars (inchangé à 50,6) et 75% des pays se situent au-dessus du seuil de 50 (c’est-à-dire en territoire expansionniste), soit le meilleur ratio depuis le mois de novembre. La composante de services de l’indice PMI mondial a progressé à 53,7, avec 77% des pays en territoire expansionniste. Les indices Harpex et Baltic Dry, reflets directs de l’activité mondiale du transport maritime de conteneurs, semblent former un plancher. Enfin, et plus spécifiquement, le pouls chinois commence à s’accélérer quelque peu, avec une plus forte croissance du crédit et un rebond encourageant du PMI manufacturier qui vient d’atteindre un record sur huit mois à 50,8 (synonyme d’une croissance annuelle du PIB d’environ 6%). Cette embellie a ensuite été confirmée par un indice PMI Caixin des services meilleur que prévu : à 54,4, il a atteint son plus haut niveau depuis janvier 2018.

Nous reconnaissons que ces premiers signes de relance demeurent timides et qu’ils auront besoin, pour se renforcer, d’un accord commercial entre les Etats-Unis et la Chine. Seul un tel pas en avant permettrait aux incertitudes de se dissiper et à la confiance et à l’activité de se redresser plus vigoureusement. Si les négociations sino-américaines ne devaient pas aboutir, la dynamique de la demande intérieure en Europe et en Asie, mais également aux Etats-Unis, serait incapable de résister à la faiblesse de la demande extérieure. 

Pour l’heure, les discussions vont dans la bonne direction, les dommages déjà subis ayant incité les deux parties à trouver un terrain d’entente. Du côté chinois, malgré la transition en cours vers des moteurs nationaux, l’économie reste très sensible aux flux commerciaux. Quant aux Etats-Unis, même si les exportations pèsent moins lourd dans le PIB, le ralentissement mondial provoqué par la guerre commerciale s’est révélé très éprouvant pour les entreprises. Nous gardons donc espoir – mais demeurons vigilants, car une erreur politique ne peut pas être exclue – qu’un accord sino-américain soit finalement conclu qui n’impliquerait pas de hausse supplémentaire des droits de douane, voire prévoirait la suppression de certaines des taxes existantes.

Le contexte actuel de l’investissement
est sans précédent à bien des égards.

La Réserve fédérale américaine (Fed) ayant adopté une approche plus accommodante quelques semaines seulement après que la décision de la Banque centrale européenne (BCE) de repousser toute hausse potentielle des taux d’intérêt à 2020 et de lancer une nouvelle série d’opérations ciblées de refinancement de long terme (TLTRO), le changement de tendance sur le front de la politique monétaire est notable. Le risque à court terme d’un durcissement des conditions financières menaçant le cycle conjoncturel a faibli. Si les questions du commerce et du Brexit restent à surveiller, cette orientation plus accommodante de la politique monétaire constitue un changement important. Elle devrait non seulement rendre l’environnement plus prévisible pendant un certain temps, mais pourrait aussi aider à prolonger le cycle.

En conclusion, nous soulignons toujours que le contexte actuel de l’investissement est sans précédent à bien des égards. Le thème de long terme d’une faible croissance des économies occidentales associé aux dangers plus immédiats liés au commerce a conduit les banques centrales à maintenir plus longtemps des conditions monétaires favorables. La Fed a interrompu son cycle de resserrement avant même d’atteindre le taux neutre et en dépit d’une situation de plein emploi, tandis que la BCE pourrait ne jamais parvenir à normaliser sa politique de taux. Notre stratégie de placement reste donc axée sur l’exploitation optimale de ce contexte de « faible croissance et bas coût du capital ».

Remarque: sauf indication contraire, les données mentionnées dans cette publication sont basées sur les sources suivantes : Datastream, Bloomberg, calculs Lombard Odier.