Japon: entre croissance économique et guerres commerciales

Stefanie Mollin-Elliott, Unigestion

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Le risque majeur encouru par une vue macroéconomique positive du Japon est l’escalade de la guerre économique. Le secteur automobile est le plus exposé.

Comme le prouve la forte croissance des bénéfices enregistrée par les sociétés japonaises ces cinq dernières années, le pays continue de tirer profit de la reprise de son environnement macroéconomique. Si les perspectives restent favorables, la possible escalade vers une guerre commerciale menace de ralentir la croissance des exportations, et par là même – sa croissance économique.

AMÉLIORATION DE LA CONJONCTURE

L’enquête Tankan de la Banque du Japon (BoJ) réalisée en juin 2018 indique des améliorations de l’environnement macroéconomique nippon. Les données de l’enquête trimestrielle permettent de créer un indice allant de -100 à +100, par soustraction des entreprises faisant part de conditions défavorables de celles rapportant des conditions favorables. Fondée sur un taux de réponse particulièrement élevé – plus de 99% sur les plus de 10’000 entreprises interrogées, les données issues de l’enquête sont considérées comme fiables. Les derniers résultats de l’enquête indiquent une hausse de l’indice non manufacturier, une croissance des dépenses d’investissement et une progression des prix à la production, facteurs soulignant tous une amélioration de l’économie. La hausse d’un point de l’indice non manufacturier de la BoJ – atteignant 24 points – représente notamment le meilleur résultat depuis le dernier trimestre de 2015.

Autre point positif pour l’économie japonaise, la progression d’une année sur l’autre de 13,6% des dépenses d’investissement prévues par les grandes compagnies pour l’exercice se clôturant le 31 mars 2019. A titre de comparaison, les entreprises nippones prévoyaient une hausse de 2,3% en glissement annuel lors de la précédente enquête Tankan, alors que ce résultat est le plus élevé pour le mois de juin depuis le début des statistiques en 1983.

L’indice Tankan des prix à la production est passé de 4 à 5, 
atteignant un nouveau record depuis l’arrivée d’Abe.

Cette forte hausse des plans de dépenses d’investissement reflète vraisemblablement la confiance retrouvée des entreprises dans les investissements dans l’automatisation ainsi que dans les technologies favorisant la productivité, et peut être liée à la pénurie de main-d’œuvre qui se prolonge au Japon. L’indice Tankan des prix à la production est passé de quatre à cinq, atteignant un nouveau record depuis l’arrivée au pouvoir de Shinzo Abe en 2012. Cela indique que les entreprises sont plus disposées à augmenter les prix de vente, ce qui pourrait permettre à l’inflation d’atteindre l’objectif de 2% défini par la BoJ.

La forte croissance des résultats des entreprises indique également une amélioration de l’économie japonaise. Les chiffres annuels (au 31 mars 2018) de la croissance des résultats agrégés s’élèvent à 22% en comparaison annuelle. Ce chiffre est 15% supérieur aux bénéfices prévisionnels divulgués par la direction des entreprises en début d’exercice. L’ampleur de la croissance est particulièrement frappante si l’on compare les chiffres japonais et américains depuis 2012 – les entreprises du Topix affichant un taux de croissance annuel composé de 21% (TCCA) pour la croissance des revenus japonais, contre 5% pour les entreprises du S&P 500.

IMPACT DE L’ESCALADE VERS UNE GUERRE COMMERCIALE SUR LE JAPON

Le risque majeur encouru par une vue macroéconomique positive du Japon est l’escalade de la guerre économique, représentant également un risque non négligeable pour le marché des actions japonais, plus exposé aux marchés étrangers que ne font apparaître les statistiques du PIB. Les exportations représentent 17% du PIB japonais, devançant ainsi les Etats-Unis (12%), mais derrière l’Europe (28%) et la Chine (19%). Le chiffre d’affaires à l’étranger des entreprises cotées nippones représente près de 50% du chiffre d’affaires total.

Miser sur les entreprises à petite capitalisation 
à rayonnement national au Japon pour les 12 mois à venir.

Le secteur automobile est le plus exposé aux risques, opinion qui se reflète dans une allocation d’actifs sous-pondérant largement les constructeurs automobiles. Si les Etats-Unis devaient imposer des droits de douane sur les 200 milliards de dollars que représentent les importations de Chine et une taxe de 25% sur toutes les voitures, le PIB japonais pourrait bien reculer de 0,5 à 0,8%, divisant par deux la croissance du PIB attendue de 1 à 1,5% en 2018. Dans ce scénario, le yen japonais (JPY) serait susceptible de se renforcer (en tant que valeur refuge) passant de 110 JPY/USD actuellement à 105 JPY/USD, alors que les revenus des entreprises pourraient bien diminuer de près de 10%, avec près de 70% du recul liés au secteur automobile. Une taxe de 25% sur les importations automobiles limitée au Canada et au Mexique toucherait elle aussi les revenus de l’industrie automobile japonaise de 17%, diminuant de 2,8% la croissance des résultats du Topix. 

Les résultats de l’enquête Tankan permettent d’établir un rapport entre l’incertitude qui entoure la guerre commerciale et la conjoncture, enregistrant en juin de cette année un premier recul de la confiance des industriels depuis 2012. L’indice Tankan de la BoJ index pour les industriels a baissé de trois points pour atteindre 21 points au second trimestre de l’exercice en cours, passant ainsi sous la prévision moyenne de 22. Bien que les conditions du mois de l’enquête de juin semblaient stables, les constructeurs automobiles ont fait part d’une baisse importante de la confiance, passant de 22 à 15 entre mars et juin. Ce recul est très probablement lié aux préoccupations quant à l’incidence du protectionnisme américain sur les constructeurs automobiles japonais.

EXPOSITION AUX ENTREPRISES NATIONALES JAPONAISES

Dans le contexte d’un environnement macroéconomique nippon en hausse soulignant la surperformance des entreprises nationales nippones, on pourrait préférer miser sur les entreprises à petite capitalisation à rayonnement national au Japon pour les 12 mois à venir. Le risque majeur lié à l’amélioration de la conjoncture macroéconomique japonaise est l’escalade de la guerre économique qui continue de soutenir les entreprises orientées sur le marché national.