Il n'y a pas lieu de craindre un sommet historique

Philippe G. Müller, UBS

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Les investisseurs sont réticents à investir par peur de subir une correction substantielle, alors que les marchés enchaînent des sommets.


© Keystone

La semaine dernière, le S&P 500 a atteint un sommet historique et les contrats à terme sur cet indice ont pour la première fois franchi le seuil des 3000 points. Alors que les marchés enchaînent ces sommets (plus de 20% de hausse depuis le début de l'année), il se peut que les investisseurs soient réticents à investir dans les actions par peur de subir une correction substantielle. Néanmoins, l'histoire suggère qu'un tel pic n'est pas le signe d'une apogée des marchés.

Depuis 1950, le S&P 500 a généré un rendement hors dividendes de 4,7% en moyenne lors des six mois qui ont suivi un sommet historique, contre 4,2% le reste du temps. Les fortes baisses sont également moins fréquentes après des sommets historiques. La probabilité d'une correction supérieure à 5% lors des six mois qui suivent un tel pic est de 10,7%, contre 18,1% le reste du temps.

Par ailleurs, la hausse a tendance à appeler la hausse. Si l'on s'en tient aux rendements mensuels, depuis 1945, le S&P 500 a passé les deux tiers de son temps à moins de 10% d'un sommet historique. Les deux tiers du temps, l'indice a progressé d'au moins un tiers depuis son point de départ lors des quatre années suivantes.

La prime de risque des actions mondiales s'élève à 5,8%,
contre 3,5% en moyenne sur le long terme.
Privilégier les actions aux obligations

Le fait de rester exposé pour profiter de la hausse à long terme présente donc un intérêt évident et, sur un horizon tactique de six à douze mois, la Recherche d’UBS continue à surpondérer les actions en privilégiant toutefois certaines zones géographiques.

Car les actions demeurent plus intéressantes que les obligations. En effet, la prime de risque des actions mondiales s'élève à 5,8%, contre 3,5% en moyenne sur le long terme et le scénario de référence d’UBS envisage une légère hausse des cours des actions.

Un deuxième semestre plus difficile

Mais les marchés auront du mal à faire aussi bien qu'au premier semestre. Depuis le début de l'année, les actions mondiales ont rapporté 18% et leur valorisation est repassée au-dessus de sa moyenne des vingt dernières années.

La performance passée suggère qu'il est pertinent
de placer la totalité de son cash.

Leur performance au second semestre s'annonce nettement moins bonne qu'au premier. A court terme, il peut être également judicieux de recommander des positions anticycliques, étant donné les risques baissiers.

Investir dans un portefeuille diversifié

La performance passée suggère aussi qu'il est pertinent de placer la totalité de son cash. Depuis 1945, investir d'emblée son argent dans un portefeuille composé de 60% d'actions et de 40% d'obligations, plutôt que d'échelonner les investissements sur douze mois, aurait amélioré la performance de 4,4 points de pourcentage en moyenne.

Cela dit, il faut bien admettre qu'il y a de quoi être réticent à l'idée de placer son argent sur le marché des actions après une telle progression. Voici un certain nombre de stratégies susceptibles d'aider les investisseurs à surmonter leur aversion au risque à court terme, tout en leur permettant d'investir à long terme:

  • Investir ses liquidité de façon échelonnée. La technique dite du «Dollar Cost Averaging», qui consiste à investir à intervalles réguliers, peut contribuer à atténuer le risque de «mauvais timing». Il est conseillé de placer d'emblée la totalité des liquidités allouées aux obligations, car le risque de perte est limité pour cette classe d'actifs. Dans le même temps, il convient d'investir dans les actions selon un calendrier déterminé. Si les marchés se replient de plus de 5% au cours de ce processus d'investissement échelonné, anticiper la tranche suivante permet d'améliorer le rendement.
  • Acheter des options call. Le principal risque d'une stratégie d'investissement échelonné réside dans le «coût d'opportunité» lorsque les marchés enregistrent un vif rebond: l'investisseur rate le train de la hausse et finit par acheter à un cours plus élevé. Les options call sont un moyen de limiter ce coût d'opportunité.
  • Vendre des options put. Une stratégie consistant à vendre des options put permet de toucher une prime en donnant à d'autres le droit de vendre à l’investisseur un titre à un cours convenu à l'avance. Si le marché ne baisse pas, l'option perd toute valeur à l'échéance et l’investisseur conserve la prime. Si le marché baisse, il reçoit le titre (qu’il avait de toute façon prévu d'acheter) moyennant en général une décote par rapport au cours de marché lorsque il a émis l'option put. Même si cette stratégie n'est pas sans inconvénients, elle permet aux investisseurs d'être «payés pour attendre» avant d'entrer sur le marché à un niveau plus bas (si l'occasion se présente).