Financer le «Green Deal» européen

Philippe G. Müller & Roberto Scholtes Ruiz, UBS

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La Commission européenne vient de dévoiler son Plan d'investissement pour une Europe durable.

L'Union européenne (UE) est déterminée à devenir la première région du monde à atteindre la neutralité climatique à l'horizon 2050. La Commission européenne a obligé les Etats membres à adopter des plans nationaux intégrés en matière d'énergie et de climat pour la période 2021-2030.

Ces plans ont un triple objectif: réduire les émissions de gaz à effet de serre d'au moins 40% (par rapport aux niveaux de 1990), porter la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique européen à au moins 32% et améliorer l'efficacité énergétique d’au moins 32% également. Jusqu'à présent, ces plans ne précisaient pas comment les mesures permettant d'atteindre ces objectifs ambitieux seraient financées.

La Commission européenne vient de dévoiler son Plan d'investissement pour une Europe durable, destiné à mobiliser, au cours de cette décennie, au moins 1000 milliards d'euros de fonds publics et à favoriser un investissement annuel de 260 milliards d'euros (près de 1,5% du PIB) par les secteurs privé et public. Le plan est exhaustif et bien structuré. Il repose sur trois piliers principaux, même si aucun rôle précis n'est attribué à la Banque centrale européenne (BCE).

On est loin des investissements colossaux nécessaires en matière
d'énergies renouvelables, d'électrification et d'efficacité énergétique.
Atteindre les objectifs climatiques

Le premier pilier consiste à mettre à profit le nouveau budget de l'UE pour la période 2021-2027, qui sera consacré à hauteur de 25% (près de 320 milliards d'euros) à l'atteinte des objectifs climatiques.

Néanmoins, lorsque l'on creuse un peu le sujet, il apparaît que ces fonds seront consacrés pour l'essentiel à la Politique agricole commune, qui deviendra juste un peu plus «soucieuse du climat». On est loin des investissements colossaux nécessaires en matière d'énergies renouvelables, d'électrification et d'efficacité énergétique.

Générer des investissements

Le deuxième pilier, InvestEU, est potentiellement plus puissant. Ce programme s'inscrit dans la continuité du Plan d'investissement pour l'Europe (dit «plan Juncker»). Il associe le Fonds européen pour les investissements stratégiques et treize autres instruments financiers de l'UE pour générer au moins 650 milliards d'euros d'investissements supplémentaires. Ces derniers sont axés en priorité sur le financement de projets dans l'énergie durable, les transports, l'économie circulaire, l'eau, les déchets et d'autres infrastructures environnementales.

InvestEU comprend également une plateforme de conseil pour les projets nécessitant un financement, ainsi qu'une base de données pour mettre en relation les porteurs de projets avec des investisseurs potentiels du monde entier.

La grande inconnue du «Green Deal» européen réside
dans le rôle qui sera éventuellement dévolu à la BCE.
Financement de la transition énergétique

La Banque européenne d'investissement fera office de troisième pilier. Elle a déjà décidé de cesser de financer les projets en rapport avec les énergies fossiles à compter de 2022, de mettre l'accent sur le financement de l'innovation dans les domaine des énergies propres, de l'efficacité énergétique et des énergies renouvelables. Son but est de mettre toutes ses activités de financement en conformité avec l'Accord de Paris.

Avec son objectif ambitieux de débloquer 1000 milliards d'euros d'investissements en faveur de l'action climatique et de la durabilité environnementale au cours de cette nouvelle décennie, elle ferait office de prêteur en dernier ressort dans le cas où les banques commerciales ne parviendraient pas à prêter suffisamment d'argent pour financer la transition énergétique au sein de l'UE.

Retombées positives

Jusqu'ici, tout va bien. La grande inconnue du «Green Deal» européen réside dans le rôle qui sera éventuellement dévolu à la BCE. Cette dernière vient d'engager une révision en profondeur de son cadre de politique monétaire. Toutefois, la lutte contre le changement climatique ne devrait pas devenir un objectif explicite.

Dans la pratique, cela ne devrait pas être nécessaire. La BCE pourrait probablement se contenter de fixer un quota pour les obligations vertes dans le cadre de son programme d'achat d'obligations d'entreprises (CSPP) afin d'accroître encore les financements privés pour les projets relatifs à la transition énergétique.

L'engagement de l'UE à atteindre la neutralité carbone en 2050 est réel. En plus de créer des opportunités d'affaires colossales pour les sociétés de toutes tailles, cela devrait stimuler la croissance et l'emploi. Cela devrait également donner aux entreprises européennes un avantage concurrentiel lorsque les Etats-Unis et d'autres régions se joindront ultérieurement à l'effort mondial pour le climat. La question du financement ne devrait pas devenir un obstacle et les obligations vertes sont un bon moyen de participer à cette révolution.