Entre craintes et espoir…

Laurent Denize, ODDO BHF AM

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La Chine n’a pas encore pris de mesures susceptibles de rassurer le marché et l’impact du shutdown brouille les cartes sur l’économie américaine.


© Keystone

Force est de constater que, pour le moment, le rattrapage spectaculaire des actifs risqués n’est pas accompagné d’une amélioration des indicateurs économiques. Ainsi la Commission Européenne vient de revoir ses anticipations de croissance européenne de 1,9% à 1,3% pour 2019. Le ralentissement de la croissance du commerce mondial et l’incertitude générée par le bras de fer Trump - Xi Jinping a grippé la locomotive allemande. La Chine n’a pas encore pris de mesures susceptibles de rassurer le marché sur sa trajectoire de croissance et l’impact du shutdown brouille les cartes sur l’économie américaine.

États-Unis: Premier constat: si l’impact des mesures Trump s’estompe, le marché du travail est toujours aussi dynamique. La pause de la FED a rassuré le marché sur les craintes d’une imminente hausse des taux. A minima, la baisse des taux longs devrait apporter un soutien au secteur du logement. La hausse des salaires au-delà des 3% pourrait être le catalyseur au deuxième semestre d’une nouvelle séquence de hausse des taux. Côté entreprises, la saison des résultats surprend par la qualité et l’ampleur des bénéfices. A ce jour, 2/3 des entreprises ont déjà publié leurs résultats et affichent en moyenne une croissance des bénéfices de plus de 13% alors que le consensus n’était que de +7%, ce qui semblait déjà très optimiste.

En Allemagne, l’ampleur du ralentissement
et sa durée inquiètent.

Europe: En janvier, le PMI composite de la zone Euro (51,0) induit au mieux une croissance annualisée de 1%. Les indices français (48,2) et italiens (48,8) montrent une contraction de l’activité sur la période. En Allemagne, l’ampleur du ralentissement et sa durée inquiètent. La stabilisation n’est toujours pas au rendez-vous, mais nous restons confiants sur la capacité de la zone à rebondir. Le «policy-mix» s’améliore avec des politiques expansionnistes qui devraient ajouter près de 1% de pouvoir d’achat aux ménages français et italiens. Enfin, la BCE ne devrait pas modifier sa politique monétaire ce qui contribue à la stabilité des marchés.

Chine/émergents: Le dernier PMI manufacturier chinois continue de décevoir à 48.3. Le secteur de la construction montre peu de signes de rebond mais ne se détériore plus. En termes de valorisation, les marchés émergents restent sur des niveaux historiquement bas, offrant un couple risque rendement – hausse des bénéfices (+7%) / valorisation 12 fois PE à 12 mois – particulièrement attractif dans une perspective de stabilisation macroéconomique.

Que faire dans ce contexte?

Actions: Nous restons prudents car après de tels chocs sismiques, il y a souvent de nouvelles secousses. Ainsi, nous restons neutres sur nos allocations actions avec une surpondération sur des secteurs cycliques comme les valeurs technologiques ou certaines valeurs pétrolières et une sous pondération sur la chimie. Les niveaux de valorisation ne justifient pas une prise de profits. Néanmoins, l’ampleur du rebond et la baisse de la volatilité réhabilitent la mise en œuvre de protections sous la forme d’options (puts). Nous privilégions les émergents, seule sur pondération géographique dans nos portefeuilles. Russie, Turquie, Brésil… les opportunités ne manquent pas! Un retour sur la thématique «value» ne s’envisage que si les taux remontent. C’est un peu prématuré pour le moment.

Nous ne voyons aucune valeur sur les obligations
souveraines européennes telles que le Bund, les OAT.

Taux: Nous ne voyons aucune valeur sur les obligations souveraines européennes telles que le Bund, les OAT. Les obligations italiennes offrent un profil moins attractif aujourd’hui après le resserrement de spread mais gardent un attrait en portage. En revanche, sur le crédit nous avons identifié deux axes en fonction de l’appétit au risque: les obligations à haut rendement à échéances courtes avec un taux de rentabilité supérieur à 2% et les fonds datés obligataires high yield dont le rendement est proche de 6%.

Convertibles: Leur profil reflète notre état d’esprit du moment: être en capacité de capter la hausse en limitant le risque. Leurs valorisations sont raisonnables (volatilité implicite <30%) et le rendement actuariel (hors profil action) est quasiment revenu à zéro. Il est temps de renforcer cette classe d’actif.