Emmanuel Macron veut limiter les risques sur la croissance

Philippe Waechter, Ostrum AM

2 minutes de lecture

Le président de la République française a annoncé plusieurs mesures lors de sa conférence de presse. 

Il y a des mesures structurelles comme la réduction du nombre d'élèves par classe primaire à 24. C'est un choix important pour enrayer la dégradation des savoirs observée dans tous les classements internationaux sur l'école. C'est une première étape, une condition nécessaire pour réduire les inégalités et améliorer l'égalité des chances. L'autre mesure structurelle porte sur les maisons de service public. Une maison devrait être mise en place dans chaque canton (Poste, CAF, Pôle Emploi,..). Il faut que l'Etat se réapproprie les territoires pour faciliter la vie de chacun. C'est aussi une mesure de réduction des inégalités et c'était une revendication initiale des manifestants en novembre. Des propos sur la décentralisation n'ont pas été suffisamment précisés pour y voir une mesure structurelle. L'objectif est de permettre un meilleur équilibre de la société française dans la durée et la capacité à faire face à un monde qui change grâce à la formation, qui démarre au primaire. 

Il y avait aussi une batterie de mesures conjoncturelles portant sur la réduction de la fiscalité sur le revenu (5 milliards dès janvier 2020 pour 15 millions de français), la reconduction de la prise non fiscalisée, la réindexation des petites pensions (moins de 2000€) en 2020 et pour tous en 2021. Ces montants sont importants et prendront effets à partir de janvier 2020 comme l'a précisé Gérald Darmanin sur la réduction des impôts.

Le gouvernement pave le chemin d'une croissance
modérée mais stable pour 2019 et 2020.

On peut faire trois remarques

  1. Le gouvernement pave le chemin d'une croissance modérée mais stable pour 2019 et 2020. Les mesures annoncées en décembre dernier (prime d'activité, prime défiscalisée notamment) vont être un soutien à la croissance 2019. Les mesures annoncées prendront le relais en 2020. 
  2. Le gouvernement souhaite immuniser l'économie française des chocs externes en soutenant la dynamique interne et notamment la consommation des ménages. Le repli du commerce mondial et les incertitudes sont autant de sources de freinage de l'activité. En soutenant la demande interne, le gouvernement permet un amortissement plus souple de ces chocs, réduisant ainsi la volatilité de la croissance française. Les mesures nouvelles plus modestes pour 2020 que celles annoncées pour 2019 suggèrent que le gouvernement ne fait pas l'hypothèse d'une crise qui se prolonge ce qui est important sur l'investissement des entreprises. Dont acte. Ce qui est dommage est que cette réponse conjoncturelle ne soit portée que par la France en Europe alors que le choc est perçu par tous (voir ici)
  3. La question du financement reste posée. La réduction des dépenses dont le périmètre est très flou, la suppression des niches fiscales des entreprises qui doivent être précisées, ou l'allongement du temps de travail (via un allongement possible de la durée de cotisation et pas de l'âge de départ à la retraite) sont autant de mesures qui sont encore floues et qui manquent de précision. 

Il est dommage que le grand débat n'ait pas permis de discuter des dépenses publiques. Si la posture initiale est celle d'un "ras le bol" fiscal, la réduction des impôts passe nécessairement par une réduction des dépenses. Les choix à faire sont complexes mais on aurait pu s'attendre à ce que le grand débat permette de faire des choix collectifs sur ce point. Cela n'a pas été le cas et c'est dommage car cela devra être fait.