Chine: y-a-t-il encore un pilote dans l’avion?

Valérie Plagnol, Vision & Perspectives

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On peut se montrer inquiet si le Président Xi Jiping l’est aussi.

La question peut paraître saugrenue au regard des chiffres de croissance qui viennent d’être publiés comme des annonces de politiques économique et monétaire que multiplient les autorités. Et pourtant. L’économie chinoise a encore ralenti. Elle connait même son rythme le plus lent depuis 1990. Le taux de croissance affiché pour 2018 reste impressionnant : +6,6% après 6,8% en 2017. La production industrielle a progressé de 5,7%, les ventes de détail de plus de 8% et l’investissement de près de 6% tandis que le taux de chômage s’affiche à 4,9%. 

Alors où est le problème? L’alarmisme vient d’abord de la difficulté à vérifier la réalité de ces données. Les indicateurs qui pourraient corroborer ces statistiques, pointent clairement vers un ralentissement plus marqué, surtout en fin d’année, ce qui augure mal de 2019. Ainsi, les ventes de véhicules neufs ont reculé en 2018 pour la première fois en trente ans. Autre signal tangible, les fournisseurs de composants d’iPhone, au Japon comme à Taiwan, ont annoncé des baisses de l’ordre de 25% de leurs carnets de commandes.

De plus, les mesures de relance prises par la Banque Centrale comme par le gouvernement n’ont guère produit d’effet, d’autant qu’ils ne peuvent se permettre de recourir à un plan massif de libéralisation du crédit et de financements de grands projets d’infrastructures. Dans le premier cas, le gouvernement s’est attaqué à la réduction de la dette du secteur public (provinces, entreprises publiques) et ses avatars, dans le «shadow banking , de l’autre, les programmes d’infrastructures ne trouvent plus de projet d’envergure suffisante. Cela n’empêchera pas les autorités de relancer leur programme ferroviaire en 2019, mais le secteur fortement endetté est déjà en perte.

Que restera-t-il du Parti, s’il n’est plus en
mesure d'assurer la prospérité?

Enfin, on peut se montrer inquiet si le Président Xi Jiping l’est aussi. Or, s’adressant aux principaux responsables des provinces comme à ses ministres, le jour même de la publication des statistiques du PIB, il a évoqué les dangers et les défis qui attendent le Parti face aux conséquences économiques, politiques et sociales d’un ralentissement durable et prononcé de la croissance. Bref, que restera-t-il du Parti, s’il n’est plus en mesure d'assurer la prospérité?

Les sanctions et les pressions commerciales américaines ont mis le pays sur la défensive. En décembre, dans un contexte mondial ralenti, les exportations chinoises vers les Etats-Unis ont reculé de 3,5% sur un an. Ces sanctions l’atteignent d’autant plus qu’il est confronté à la transformation de son économie vers une société de consommation et de service, loin de l’industrie lourde et de l’investissement. La confrontation actuelle pourrait en accélérer le rythme. 

Alors pourquoi tant d’appréhension? Certes, la Chine, qui contribue à elle seule à plus d’un tiers de la croissance mondiale, inquiète aussi le reste du monde. Pour de nombreux experts, la poursuite de ce ralentissement pourrait retrancher plusieurs dixièmes de point au PIB mondial cette année. 

Les transferts de technologies sont désormais
fortement contestés, voire limités par les autres pays.

Mais surtout le ressort n’est-il pas cassé? La Chine a engrangé les bénéfices de la croissance de sa population active mais le retournement a démarré en 2012. La croissance de ses investissements lourds s’accompagne d’une baisse tendancielle des rendements. De plus, les transferts de technologies qui ont accompagné ces investissements sont désormais fortement contestés, voire limités, par les autres pays.

L’économie chinoise passe donc d’un modèle centré sur l’exportation de productions à bas coûts, vers une économie de consommation, produisant des biens à forte valeur ajoutée, induisant une progression constante des salaires et de la qualité et du niveau de vie de ses citoyens. 

Au-delà des circonstances immédiates, ce système de gouvernement est-il en mesure de délivrer un tel résultat? Derrière cette décélération, la crainte du Président Xi n’est-elle pas plus profonde?