Ce qui changera dans l’industrie de l’asset management

Cyril Gomez

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La blockchain pourrait être le facteur d’évolution le plus critique pour les gestionnaires d’actifs, selon Christian Dreyer du CFA Society (Switzerland).

La blockchain devrait être le facteur de changement le plus conséquent au sein de l’industrie globale de la gestion d’actifs. C’est ce qu’anticipe Christian Dreyer, CEO du CFA Society Switzerland, avec qui Allnews s’est entretenu autour du thème de la transformation de l’asset management. «Il s’agit essentiellement d’une problématique de logistique de back-office, mais les implications pour les modèles opérationnels des gestionnaires d’actifs seraient monumentales, dès lors que son adoption se matérialiserait à l’échelle de l’industrie tout entière», poursuit le CEO.

Toutefois, Christian Dreyer précise que l’avènement d’une telle transformation est loin d’être acquise ou certaine. «Pour s’avérer effective, le registre distribué devra être une infrastructure partagée, dont le contrôle fera l’objet de considérations stratégiques.» Selon lui, cette problématique peut être pensée sous l’angle de la théorie des jeux, où chaque asset manager sera amené à opter entre rivaliser au sein d’un statu quo ou coopérer pour une transition vers une nouvelle infrastructure. 

En d’autres termes, chaque asset manager devra se poser la question de savoir ce que feront ses concurrents. L’industrie atteindra un équilibre de Nash, si chaque participant anticipe correctement l’adoption de la blockchain par les autres acteurs, créant ainsi un phénomène d’autoréalisation. «Si l’équilibre de Nash se manifestera ou non reste une question ouverte», estime Christian Dreyer. «Dans le cas où cet équilibre se matérialiserait, les répercussions seraient immenses. L’industrie aura alors à mettre à jour ses modèles opérationnels, afin de s’adapter aux changements de procédures transactionnelles.»

Le CFA Institute a identifié trois champs d’applications
de l’intelligence artificielle pour la gestion d’actifs.

Si la blockchain constitue l’innovation disruptive la plus conséquente, elle n’est de loin pas le seul facteur de changement. À commencer par l’intelligence artificielle et le big data. Cela dit, à leur stade de développement actuel, leur application dans les processus de décision d’investissement demeure limitée. Le CFA Institute a néanmoins identifié trois champs d’applications. Le premier concerne l’utilisation de techniques de langage naturel dans le cadre du traitement de textes, d’images et de données audio. 

Le second est lié à l’apprentissage machine, dont le but est l’automatisation de l’analyse statistique d’ensembles complexes de données grâce au calcul adaptif, qui offrirait ainsi une base pour les prises de décision automatiques. «Dans le cadre de la gestion d’actifs, l’apprentissage machine ou machine learning vise à améliorer l’efficacité des algorithmes utilisés dans les processus d’investissement», précise Christian Dreyer. 

L’intelligence artificielle aurait également sa place pour le traitement des données massives (big data), dont les données alternatives et non structurées pour le développement d’une meilleure connaissance ou vision de l’investissement. «Ces applications permettront aux professionnels de l’investissement, en particulier au sein de l’univers des stratégies quantitatives, de sacrifier moins de temps sur des tâches routinières. Elles ne déboucheraient cependant pas dans la suppression de l’intelligence ou du jugement humain», relativise-t-il.

«Le modèle de commissions ad valorem
est faiblement aligné sur l’intérêt des investisseurs.»

Christian Dreyer ajoute également que la technologie ne sera pas le seul facteur disruptif pour les asset managers. Le modèle de rémunération pourrait lui aussi être bouleversé. Le modèle actuellement le plus répandu réside dans les commissions ad valorem, c’est-à-dire basées sur l’encours des actifs sous gestion. «Bien que ces commissions subissent une tendance baissière, ce qui est par ailleurs bénéfique pour l’investisseur, elles n’en font pas moins l’objet de vives critiques.» Ce modèle incite en effet les sociétés de gestion à attirer des apports nets de capitaux nouveaux, sans prendre en compte l’intérêt des investisseurs existants.

Investisseurs dont le potentiel de rendement de leurs actifs se contracte à mesure que la capacité de la stratégie mise en œuvre dans le segment donné du marché des capitaux approche de ses contraintes de capacité. Limitation objective qui ne peut pas être supprimée par plus ou moins d’effectifs. «Dès lors que les coûts associés à la gestion d’une stratégie sont fixes, les revenus générés par les actifs additionnels s’ajoutent directement aux bénéfices. Le modèle de commissions ad valorem est ainsi faiblement aligné sur l’intérêt des investisseurs, ce qui explique pourquoi les détenteurs d’actifs sophistiqués commencent à exiger une combinaison entre commissions de gestion et commissions de performance», observe le CEO du CFA Society Switzerland. 

Enfin, il s’agirait pour les gestionnaires d’actifs de développer de nouvelles compétences, notamment dans le domaine des marchés privés. Christian Dreyer explique en effet que le lien traditionnel entre marchés privés et marchés publics, les premiers étant perçus comme étant les incubateurs des seconds, est en mutation. «Les entreprises non cotées tendent à le rester plus longtemps que par le passé, ce qui limite le potentiel de croissance et/ou de rendement des investisseurs des marchés publics», conclut l’expert. Sans parler du fait qu’un nombre croissant d’entreprises cotées en bourse ont eu tendance à restituer du capital aux actionnaires sur une base nette, notamment sous forme de rachats d’actions, au lieu d’utiliser cette source de capital pour l’entreprise.