Battre le marché: difficile ou impossible?

Cyril Gomez

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Seul un bon timing aura permis à un club très fermé de fonds activement gérés de battre leurs indices de référence. Le point avec Chris Bennett.

Pour un bon nombre de gérant de fonds actifs, se fixer comme objectif de battre le marché semble de plus en plus relever du vœu pieux. «Nos rapports S&P Indices Versus Active Funds (SPIVA) Scorecard montrent, année après année, que les benchmarks pondérés en fonction de la capitalisation boursière sont, pour le dire poliment, difficiles à battre», observe Chris Bennett, Directeur de l’Index Investment Strategy chez S&P Dow Jones Indices.

L’année 2019 pourrait avoir été l’une des pires, en particulier pour les fonds d’actions américaines, du moins en termes de performances relatives, l’indice S&P 500 ayant enregistré la meilleure performance parmi les marchés développés, en hausse de plus de 30% l’an dernier. Rappelons que sur le long terme (10 ans), 88% des gérants de fonds d’actions américaines ont sous-performé l’indice phare américain. «Un ensemble de circonstances ont fait passer l’expression ‘difficile à battre’ à celle de ‘pratiquement impossible’ à battre», souligne Chris Bennett.

L’analyste rappelle qu’il existe trois méthodes couramment utilisées pour surperformer l’indice S&P 500. La première consiste à surpondérer ou sous-pondérer les titres du benchmark. La seconde méthode consiste à adopter un biais vers un ou plusieurs facteurs ou secteurs. La troisième à aller au-delà du benchmark, en investissant dans d’autres actifs que les actions, tels que l’or ou les matières premières, par exemple. «Chacune de ces options a été désavantagée l’an dernier.» Les petites capitalisations américaines, les actions internationales, les obligations et les matières premières, toutes ont en effet sous-performé les grandes capitalisations du S&P 500.

Small Caps US, actions internationales, obligations et matières premières,
toutes ont sous-performé les grandes capitalisations du S&P 500.

Il se trouve que la sélection au sein de l’indice américain a été frustrée par le gain moyen de 51% des cinq plus grandes sociétés du S&P 500. Dès lors que très peu de gérants actifs et peu d’indices factoriels allouent autant de capital dans ce groupe restreint d’entreprises, c’était pratiquement perdu d’avance. «Lorsque les très grandes entreprises surperforment, la sélection n’en est que plus délicate», insiste Chris Bennett. Rien que le secteur des technologies de l’information – le plus gros groupe au sein du S&P 500 – y a enregistré en 2019 un gain de 50%.

De là, il est aisé d’extrapoler la sous-performance de la stratégie smart beta consistant à donner un poids égal (equal weight) à chaque action du S&P 500, qui se traduit nécessairement par une sous-pondération des grandes capitalisations. De fait, aussi bien la sous-pondération des plus grandes entreprises que la pondération égale des actions de l’indice de référence ont contribué à la sous-performance de 2,3% de l’indice stratégique S&P 500 Equal Weight Index.

Pourtant, il existe bien un club fermé de managers actifs étant parvenus à battre le S&P 500. Pour ce faire, explique Chris Bennett, ceux-ci ont été amenés à appliquer une technique extrêmement délicate de l’investissement, à savoir l’art d’entrer et sortir au bon moment. Le timing. Il s’est en effet produit plusieurs retournements de marché dans certains segments de l’indice. 

«C’est le cas de la Santé, par exemple, qui avait sous-performé de 15% le S&P 500 durant les trois premiers trimestres de 2019, avant de le surperformer de 5% au quatrième. Aussi, en septembre, l’indice factoriel de faible volatilité S&P 500 Low Volatility Index était en position de clôturer l’année au-dessus du lot, avant de capituler durant le rallye du dernier trimestre», précise Chris Bennett.

La part des fonds sous-performant leurs benchmarks respectifs
est la plus basse dans les régions les plus marquées par l’incertitude.

Ce qui vaut pour les fonds d’actions américaines vaut également pour les fonds actifs des autres régions. D’après les dernières données SPIVA disponibles, sur l’année écoulée au 30 juin 2019, 92,5% des fonds d’actions suisses activement gérés – nets des commissions et des frais d’entrée et en monnaie locale – ont été battus par l’indice de référence S&P Switzerland BMI Index. Sur une période de trois, cinq et 10 ans, cette part baisse, mais demeure à des niveaux élevés. Soit à 72,16%, 66,09% et 75,74%, respectivement.

Sur le Vieux Continent, 90% des fonds d’actions européennes (en euros) activement gérés sont battus par l’indice S&P Europe 350 sur une période d’un an écoulée au 30 juin 2019. Plus de 77% de ces fonds sous-performent sur une période de cinq ans et 88,15% font de même sur une période de dix ans. Il semble cependant que la part des fonds sous-performant leurs benchmarks respectifs est la plus basse dans les régions les plus marquées par l’incertitude.

Par exemple, à moyen terme, soit cinq ans, ce sont les fonds d’actions italiennes qui obtiennent les meilleures performances, avec 54% d’entre eux sous-performant le S&P Italy BMI Index. De même que les fonds de petites capitalisations britanniques, confrontés aux incertitudes entourant le Brexit, dont seulement 56% sont battus par l’indice S&P United Kingdom SmallCap.

Citons également les fonds d’actions danoises en monnaie locale. Si environ 90% des fonds actifs de cette région sous-performent sur des périodes de 12 mois et 10 ans, près de 70% d’entre eux battent l’indice de référence S&P Denmark BMI sur trois ans. Ils sont également 60% à faire mieux que ce benchmark sur une période de cinq ans. En revanche, que dire des fonds d’actions des Pays-Bas, où 100% des fonds activement gérés sous-performent l’indice S&P Netherlands BMI, sauf pour la période de cinq ans, où 90% d’entre eux sont battus?