Attention au paradoxe de la tranquillité

Florian Roger, Exane Derivatives

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L’économie mondiale a vu s’affronter deux forces contraires en 2019: la guerre commerciale et l’assouplissement monétaire.


©Keystone

La guerre commerciale a provoqué un effondrement du commerce international et un important choc d’incertitude. En réaction, les entreprises ont modéré leurs investissements et la croissance mondiale a significativement ralenti (de 3,6% en 2018 à 3,0% en 2019 selon le FMI).

Deux forces contraires en 2019

Les assouplissements monétaires des principales banques centrales ont permis d’éviter que la dégradation conjoncturelle n'affecte les conditions de financement des entreprises. Les taux d’intérêt ont reflué et les taux de défaut sont restés sur des niveaux historiquement faibles. Cela a limité les destructions d’emplois et a contribué à la robustesse de la consommation domestique dans de nombreux pays.

Stabilisation, maître mot à l'aube de 2020

Les principaux acteurs qui ont animé l’année 2019 semblent s'orienter vers une trêve à l’aube de l’année 2020.

La Chine doit veiller à ce que le vent de contestation
qui souffle sur Hong Kong ne se propage pas au reste du pays.

Donald Trump sait qu’il lui sera compliqué d’être réélu, si l’escalade des tensions commerciales avec la Chine ampute le pouvoir d’achats des consommateurs américains. La Chine doit veiller à ce que le vent de contestation qui souffle sur Hong Kong ne se propage pas au reste du pays, avec en toile de fond une situation économique plus difficile pour la population.

Côté banques centrales, la Fed a explicitement indiqué qu’elle allait temporiser. En 2019, son virage accommodant a engendré un rebond de 20% des indices actions alors que la croissance des BPA se révélait quasi nulle. Dans un contexte où le marché du travail ne montre pas encore de signes de faiblesse, la Fed affiche sa vigilance vis-à-vis de l’inflation des actifs financiers pour éviter le développement de bulles (cf. discours de J. Powell à Jackson Hole).

Un point bas semble se dessiner sur les indicateurs avancés
manufacturiers mondiaux et sur le commerce international.

En cette fin d’année 2019, la trêve annoncée sur les fronts de la guerre commerciale et des assouplissements monétaires rend central le terme de stabilisation pour les investisseurs, d’autant qu'un point bas semble se dessiner sur les indicateurs avancés manufacturiers mondiaux et sur le commerce international. Conjugué à l’éloignement du spectre d’un hard Brexit, il en a résulté un effondrement de la volatilité sur les marchés.

Des rotations de marché impliquant des risques de liquidité

Seulement, cette perception de la communauté financière d'une plus grande stabilité du scénario macro-financier pourrait provoquer d’importantes réallocations de portefeuilles, dans la mesure où la guerre commerciale et un hard Brexit constituaient des risques systémiques sur le scénario global.

Ces réallocations de portefeuilles peuvent générer des stress de liquidité sur certains actifs, notamment dans la sphère obligataire en dollar, qui a bénéficié d’importants flux de capitaux en 2019.

Au final, si nous partageons l’idée que la diminution de certains risques extrêmes offre la possibilité d’accroître les expositions sur des segments value du marché pour les premiers mois de 2020 (actions domestiques britanniques, financières européennes, secteur des commodities,…), nous recommandons de rester vigilants sur les actifs qui peuvent pâtir de phénomènes d’illiquidité. Par ailleurs, nous considérons toujours que l’or constitue un actif de couverture incontournable dans les portefeuilles.