Nestlé remanie ses eaux et promet du liquide à ses actionnaires

AWP

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Le chiffre d’affaires global du géant veveysan de l’alimentaire a progressé de 2,9% de janvier à septembre. Vaste rachat d’actions en vue.

Nestlé a enregistré une croissance modérée de ses ventes sur les neuf premiers mois de l’année et va réorganiser son secteur de l’eau en bouteille. La multinationale s’apprête par ailleurs à gâter ses actionnaires avec un programme de redistribution de 20 milliards de francs, principalement sous forme de rachats d’actions.

Le géant veveysan de l’alimentaire a annoncé jeudi une hausse de 2,9% de son chiffre d’affaires à 68,37 milliards de francs de janvier à septembre. La croissance organique a atteint 3,7%, un taux conforme aux prévisions, une évolution portée notamment par les Etats-Unis, le Brésil et les produits pour animaux de compagnie d’une façon plus large. Le chiffre d’affaires global est légèrement inférieur aux prévisions des analystes consultés par AWP, établies à 68,75 milliards.

«Nous sommes satisfaits de notre performance et avons accompli de nouveaux progrès pour atteindre nos objectifs financiers 2020», se félicite dans le communiqué le directeur général (CEO) Mark Schneider.

Le secteur des eaux en bouteille a traversé des difficultés. Les ventes de Nestlé Waters ont reculé de 0,5% à 6,1 milliards de francs, affectées notamment par des résultats décevants durant l’été en Europe. Si des produits comme l’eau aromatisée ou «fonctionnelle» trouvent un bon écho, tout comme l’eau pétillante depuis peu aux Etats-Unis, une restructuration s’impose.

Ainsi, dès le 1er janvier, Nestlé Waters - filiale créée en 1992 après le rachat de Perrier, et qui rassemble aujourd’hui une cinquantaine de marques - sera intégrée dans les trois zones géographiques du groupe. L’entité ne sera donc plus gérée de façon globale mais deviendra une «Unité d’affaires stratégique» (UAS) directement rattachée à Patrice Bula, membre de la direction générale.

Synergies

Ce changement doit encore recevoir l’aval du personnel «là où cela s’avère nécessaire». Il vise à mieux répondre à «l’évolution rapide des préférences des consommateurs (...) et à créer des synergies», dans un secteur très compétitif.

Ce faisant, l’activité eau en bouteille reste «un secteur stratégique» pour Nestlé, a précisé à AWP le responsable médias Christoph Meier. L’objectif de la restructuration est de rapprocher les eaux du groupe de la croissance du secteur au niveau mondial, de l’ordre de 5 à 7% par année en moyenne.

Pour l’instant, il est «trop tôt» pour chiffrer, que ce soit en termes d’emplois ou de résultat, l’impact de la réorganisation, a précisé M. Meier. Nestlé Waters emploie quelque 28’000 personnes dans le monde. En Suisse, Nestlé est présente via Henniez ou Cristalp, mais la restructuration concernera d’abord d’autres marchés.

Le secteur des eaux est «une affaire assez locale», explique encore M. Meier, avec la majorité des ventes se faisant avec des marques régionales. Il s’agit donc de valoriser l’expertise locale.

La dernière refonte de ce type avait été faite en 2017 avec la nutrition infantile, devenue elle aussi une UAS.

Le changement s’accompagne du départ de Maurizio Patarnello de la direction générale du groupe, au 31 décembre. Il sera remplacé par Sanjay Bahadur.

Le conseil d’administration a par ailleurs décidé de distribuer un montant pouvant aller jusqu’à 20 milliards de francs aux actionnaires durant la période 2020 à 2022. L’opération devrait se faire principalement sous la forme de programmes de rachats d’actions.

La récente vente de Skin Health (soins pour la peau), pour 10,2 milliards de francs, a bien rempli les caisses.

Le groupe a par ailleurs confirmé ses objectifs pour 2019, avec une croissance organique de 3,5% et une marge opérationnelle de 17,5% ou plus.

Du côté des analystes, Credit Suisse a noté la bonne tenue des ventes en Amérique du Nord ainsi que la forte croissance sur les marchés émergents, à l’exception du marché-clé chinois. La Banque Cantonale de Zurich (ZKB) a été déçue par la croissance organique au troisième trimestre, moins bonne que prévu, «signe d’un durcissement des conditions de marché».

A la Bourse, l’action Nestlé perdait 1% vers 11h15, dans un SMI quasiment à l’équilibre.

S&P maintient sa note suite au programme de rémunération
Standard and Poor’s (S&P) ne devrait pas modifier la note de dette à long terme «AA-» de Nestlé. L’agence de notation financière a estimé que le géant alimentaire était en mesure d’absorber le programme annoncé de rémunération du capital jusqu’à 20 milliards de francs au cours des trois prochaines années.
Cette opération doit être financée pour moitié environ par le produit de la vente récente de Nestlé Skin Health au consortium mené par le fonds d’investissement suédois EQT et une filiale du fonds souverain Abu Dhabi Investment Authority (Adia), pour un montant de 10,2 milliards de francs.
S&P s’attend à ce que la «forte capacité de cash-flow» de l’entreprise lui permette de financer le solde, selon un communiqué publié jeudi.
La croissance soutenue dans les produits pour animaux de compagnie et le café, ainsi que l’expansion de l’entreprise en Asie devraient lui permettre d’augmenter son résultat opérationnel brut ajusté (Ebitda) à 20-21 milliards de francs et son flux de trésorerie disponible issu des activités opérationnelles à 11-12 milliards.
S&P s’attend à un ratio d’endettement (ajusté) de 1,8x-2,0x ces deux prochaines années, en conformité avec ses attentes. L’agence prévoit également une politique de dividende stable et des acquisitions annuelles de 2 à 3 milliards de francs, conduisant à un ratio d’endettement (ajusté) de 37 à 42 milliards en 2020-2021.
Plus tôt cette année, François-Xavier Roger, directeur financier de Nestlé, avait indiqué se satisfaire d’une notation à «mid A» en cas d’acquisition majeure. L’agence s’attend plutôt à des achats de taille moyenne. Ce matin, Mark Schneider, directeur général, a confirmé aux journalistes qu’il n’avait pas l’intention de réduire davantage le degré d’endettement.