La BoJ abaisse fortement sa prévision d’inflation pour 2019

AWP

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Le gouverneur de la Banque du Japon, Haruhiko Kuroda, table dorénavant sur une hausse des prix de 0,9%, contre 1,4% auparavant.


Haruhiko Kuroda, espérait initialement atteindre l’objectif de 2% en 2015, mais il a été obligé de reporter maintes fois l’échéance, avant de carrément abandonner l’an dernier. © Keystone

La Banque du Japon (BoJ) a fortement abaissé mercredi sa prévision d’inflation pour l’année budgétaire débutant en avril 2019, une énième révision qui rend sa cible de 2% de plus en plus hors d’atteinte.

Prenant acte de ces difficultés, le comité de politique monétaire a reconduit à l’identique son programme monétaire lancé au printemps 2013, une situation qui contraste avec la démarche de normalisation entamée par la Banque centrale européenne (BCE) et la Réserve fédérale américaine (Fed).

«Comparé aux précédentes prévisions», formulées en octobre 2018, «les projections d’évolution des prix sont plus faibles, essentiellement du fait de la baisse des cours du pétrole» constatée depuis l’automne dernier, explique la BoJ dans son rapport trimestriel. Elle table dorénavant sur une hausse des prix de 0,9%, contre 1,4% auparavant (en excluant les effets du relèvement de TVA prévu à l’automne 2019).

Son gouverneur, Haruhiko Kuroda, espérait initialement atteindre l’objectif de 2% en 2015, mais il a été obligé de reporter maintes fois l’échéance, avant de carrément abandonner l’an dernier.

Si on en croit les nouvelles projections, cette cible ne sera même pas atteinte en 2021, où est attendue une inflation de seulement 1,4% (contre 1,5% précédemment).

«C’est vrai que cela va nous prendre du temps de parvenir à nos fins», a reconnu M. Kuroda devant la presse, appelant à «continuer patiemment le programme d’assouplissement actuel».

Celui-ci consiste en un vaste programme de rachat d’actifs, officiellement autour de 80.000 milliards de yens (640 milliards d’euros au cours actuel), même si le montant réel est largement inférieur.

«Impasse»

L’objectif est que les investisseurs qui se défont de ces actifs – des banques le plus souvent – réinjectent dans l’économie les liquidités qu’ils obtiennent en échange, en prêtant aux ménages et aux entreprises qui, à leur tour, doivent stimuler la croissance et l’inflation.

Dans la même optique, la Banque centrale nippone a instauré des taux d’intérêt négatifs (-0,1%) sur certains dépôts de banques dans ses coffres, pour les dissuader d’y faire dormir de l’argent.

Dans son rapport, l’institution tokyoïte invoque une mentalité déflationniste «profondément ancrée», après des années de croissance poussive et de déflation.

La situation économique s’est améliorée dans l’archipel, qui a récemment connu une phase d’expansion d’une longueur exceptionnelle, mais «les ménages restent prudents» et rétifs à toute hausse des prix. De même les entreprises restent-elles réticentes à augmenter les salaires, rappelle la BoJ.

L’institution tokyoïte a légèrement relevé ses projections de croissance de la troisième économie mondiale, qui ressortent à 0,9% en 2019/20 puis à 1% l’année suivante. Mais elle souligne de nombreux risques à l’étranger: tendances protectionnistes, négociations du Brexit...

Il faut en outre prendre en compte l’impact économique de la hausse de la taxe japonaise sur la consommation, qui passera de 8% à 10% en octobre, prévient la BoJ, sachant que la précédente, en avril 2014, avait plongé l’archipel en récession.

Pour l’économiste Yasunari Ueno, de Mizuho Securities, «la politique monétaire est dans l’impasse». «A moins d’un changement radical des conditions», tel qu’un net renforcement du yen face au dollar, dit-il, «la Banque est condamnée à laisser ses mesures en l’état», impuissante face à une inflation qui ne décolle pas.