Coronavirus: Rome bloque le sommet de l’UE

AWP

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Le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte, «n’accepte pas» le projet de conclusions préparé en amont du sommet. Il réclame une riposte économique «forte» de la part des 27.

Le sommet par visioconférence des dirigeants de l’UE était bloqué jeudi soir par l’Italie, qui refusait d’adopter les conclusions des 27 faute d’une réponse commune jugée suffisamment «forte» face à la crise économique engendrée par le coronavirus.

Le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte, «n’accepte pas» le projet de conclusions préparé en amont du sommet, a expliqué à l’AFP son entourage. Il réclame une riposte économique «forte et adéquate» de la part des 27.

«Il s’agit ici de réagir avec des instruments financiers innovants et réellement adéquats à une guerre que nous devons mener ensemble pour la gagner le plus rapidement possible», a-t-il dit à ses homologues, selon cette même source.

Avec le soutien de l’Espagne, il demande aux «cinq présidents» (Conseil, Commission, Parlement, BCE et Eurogroupe) de mettre au point d’ici «dix jours» une nouvelle «proposition» pour répondre à la grave crise économique qui menace le continent.

Selon la dernière version de leurs conclusions, les 27 devraient inviter leurs ministres des Finances à continuer de travailler sur la manière de soutenir l’économie, mais sans aucune autre précision.

Or, l’Italie, pays le plus touché en Europe par le virus et dont la dette est une des plus élevée de la zone euro, attend de l’UE une plus grande solidarité financière pour éviter de plonger la zone euro dans le chaos.

«Situation d’urgence»

Mercredi, neuf dirigeants européens, dont M. Conte mais aussi le Français Emmanuel Macron, avaient exhorté à «travailler à un instrument» pour lancer un emprunt commun à toute la zone euro, y voyant le fondement d’une économie européenne plus unie et respectée.

Au début du sommet, le président du Parlement européen, l’Italien David Sassoli a lui aussi appelé à «des mesures extraordinaires pour répondre» à la crise.

Mais l’idée de mutualiser les dettes de pays de la zone euro, qui faciliterait l’emprunt des Etats du sud, ne plait guère à l’Allemagne et aux Pays-Bas.

Ils la jugent «idéologique» et surtout, ils refusent de payer pour des pays qu’ils jugent trop dépensiers.

Comme lors de la crise de la dette de la zone euro entre 2010 et 2012, s’affrontent les tenants d’une plus grande solidarité financière, les pays du sud, moins vertueux en matière budgétaire, et ceux du nord, méfiants face à des voisins qu’ils jugent laxistes.

Alors que la pandémie a déjà fait plus de 10.000 morts dans l’UE, principalement en Italie et en Espagne, le confinement de la population a des conséquences désastreuses sur l’économie. Il se traduit par des entreprises à l’arrêt, des Bourses dans le rouge et des prévisions de croissance dramatiques.

Les États européens ont, dès le début de la crise, privilégié des réponses nationales, notamment en dévoilant d’importants plans de dépenses, sans chercher à se coordonner au niveau européen.

Depuis deux semaines, Bruxelles tente d’harmoniser une approche européenne.

«On est dans une situation d’urgence. Je m’attendais à ce que ce genre de choc change un peu les logiciels. Le risque, c’est la dislocation de l’UE», a mis en garde Anne-Laure Delatte, conseillère scientifique au Cepii, le Centre français d’étude et de recherche en économie internationale, interrogée par l’AFP.

Plan de relance

Il n’est en tout cas fait aucune mention dans le projet de conclusions des 27 d’un emprunt commun au nom des 19 pays de la zone euro et encore moins de «corona bonds», une idée lancée la semaine passée, par M. Conte et soutenue par M. Macron.

Les dirigeants devraient en revanche valider la suspension des règles européennes de discipline budgétaire, ce qui leur permettra de dépenser autant que nécessaire pour lutter contre le virus et ses conséquences.

Ils devraient aussi charger la Commission de travailler sur une «stratégie de sortie» de crise et un plan de relance pour l’économie une fois la pandémie passée.

Par rapport à une précédente version a par ailleurs été retirée la mention du fonds de secours de la zone euro, le Mécanisme européen de stabilité (MES).

La piste explorée jusqu’ici était que ce dernier puisse octroyer une ligne de crédit de précaution à un pays, un groupe de pays, voire à l’ensemble des pays de la zone euro qui en feraient la demande.

Cet argent ne serait en principe pas utilisé mais donnerait un signal rassurant aux marchés: en cas de problème, le pays concerné pourrait théoriquement y avoir recours.