Banque mondiale: David Malpass candidat à la présidence

AWP

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L’administration Trump a officialisé sa nomination, décriée notamment par le Nobel de l’économie Paul Krugman.

La Maison Blanche a nommé David Malpass, 62 ans, comme candidat au poste de président de la Banque mondiale, un choix controversé s’agissant de ce proche de Donald Trump connu pour ses critiques acerbes de l’institution internationale.

David Malpass est «la personne idoine pour occuper ce poste incroyablement important», «il ne pouvait pas y avoir meilleur candidat», a estimé Donald Trump alors que cette nomination a suscité une volée de critiques virulentes avant même son officialisation.

Le nom de ce responsable du Trésor américain, chargé des affaires internationales, avait émergé dès l’annonce, début janvier, de la démission de Jim Yong Kim, Américain d’origine sud-coréenne dont le départ de la Banque mondiale est effectif depuis le 1er février.

Le poste de président de la Banque mondiale est traditionnellement attribué à un Américain selon un partage des rôles tacite qui veut que la direction de l’autre institution de Washington, le Fonds monétaire international (FMI), soit attribuée à un Européen.

Il faudrait donc un front uni inédit pour empêcher David Malpass d’accéder à la tête de la Banque mondiale.

«C’est un grand honneur», a réagi M. Malpass, présent lors de l’annonce, soulignant son souhait de contribuer aux efforts pour mieux intégrer les femmes dans l’économie.

«Je suis très optimiste sur le fait que nous pouvons créer de la croissance à l’étranger qui contribuera à nous aider dans la lutte contre l’extrême pauvreté et accroître les opportunités économiques pour les pays en voie de développement», a-t-il ajouté.

L’administration Trump a estimé qu’il n’y avait pas de raison d’être circonspect sur le profil de David Malpass qui peut se targuer, selon elle, d’une longue expérience des affaires internationales et du monde de la Finance.

Pour l’heure, les autres candidats représentant d’autres Etats membres n’ont pas été révélés.

La Banque mondiale, dont la vocation est de réduire la pauvreté dans le monde en finançant des projets de développement, lancera officiellement les candidatures jeudi. Les prétendants auront jusqu’au 14 mars pour déposer leur dossier. Et le nom du nouveau président sera annoncé d’ici la mi-avril.

L’institution de Washington a assuré qu’elle s’engageait à assurer «un processus de sélection transparent, ouvert et basé sur le mérite».

Elle a en outre promis de sélectionner le candidat sur des critères objectifs: solide expérience de dirigeant, expérience de direction d’une grande organisation internationale ou encore le sens de la diplomatie et de l’impartialité.

Pourtant, depuis sa création en 1944, la nationalité des candidats a été déterminante dans le choix final.

Efficacité

Alors que David Malpass n’a pas hésité à critiquer publiquement les institutions internationales, les jugeant dépensières, «pas très efficaces» et «souvent corrompues dans leurs pratiques de prêts», un haut responsable américain a balayé mercredi les critiques selon lesquelles celui-ci serait hostile au multilatéralisme.

«Nous devons faire une distinction très importante: David (Malpass) et le gouvernement américain soutiennent (...) ces organisations quand elles remplissent pleinement leur mission et travaillent de manière efficace», a réagi ce responsable sous couvert d’anonymat.

«Les Etats-Unis estiment que la Banque mondiale est une institution importante pour la croissance mondiale», a-t-il assuré, soulignant qu’ils continueraient à la soutenir dans ses missions en tant que principal actionnaire.

Il a indiqué que l’objectif était d’apporter une aide aux pays en voie de développement «de manière plus efficace». «Parfois, cela nécessite des réformes», a-t-il commenté, relevant qu’ils s’agirait précisément de la mission de David Malpass s’il devenait président de la Banque mondiale.

De nombreux économistes, dont le Nobel de l’économie Paul Krugman, ont décrié ce choix, rappelant les erreurs de jugement passées de l’intéressé, notamment avant la crise financière de 2008.

David Malpass avait notamment publié en 2007, peu avant l’éclatement de la crise immobilière, une tribune dans le Wall Street Journal assurant que «le marché immobilier et l’endettement ne jouent pas un rôle si important que cela dans l’économie américaine».

«Le reste du monde détient 84% des droits de vote à la Banque mondiale. C’est entièrement à leur portée de bloquer cette nomination inappropriée», a exhorté Scott Morris, du centre de réflexion Center for Global development.

Face aux Etats-Unis, les pays en voie de développement avancent pour le moment en ordre dispersé, bien que disposant de candidats de qualité, soulignent les experts.

Parmi les noms régulièrement cités: l’ancienne ministre indonésienne des Finances Sri Mulyani Indrawati et l’ancienne ministre nigériane des Finances Ngozi Okonjo-Iweala, déjà candidate en 2012.