La chronique des marchés de Vontobel au 8 juillet

Jean Frédéric Nussbaumer, Vontobel

3 minutes de lecture

Dow -0,16%, S&P 500 -0,18%, Nasdaq -0,10%, Russell 2000 +0,22%, SOX -0,6%, Eurostoxx -0,46%, SMI -0,86%.

Wall-Street clôture en légère baisse dans les plus faibles volumes d’échanges de l’année. Les traders se grattent la tête, force leur est d’admettre que «it’s all about the Fed dude!». Le rapport mensuel sur l’emploi a inoculé vendredi une jolie dose de doute dans l’esprits des intervenants. Petit retour en arrière : nous sommes vendredi matin, le marché ronronne, tout va bien, les indices flirtent avec les sommets et il ne fait aucun doute dans l’esprit du plus grand nombre que la Fed réduira son taux directeur de 25 points de base le 31 juillet. Et puis vient 14h30 et patatra! On apprend que l’économie américaine a créé nettement plus de postes que prévu en juin. Le taux de chômage a beau remonter de 3,6% à 3,7% (ce qui reste très bas) mais rien n’y fait. Le marché prend conscience que la baisse de taux tant espérée n’est pas si garantie que cela. Et comme tout est déjà intégré dans les prix, les indices se mettent à vaciller. Le dollar n’en attendait pas tant, qui reprend des couleurs, le dollar index DXY à 97,22 et la paire eur/usd à 1,1223. Le pétrole tient le coup, le baril de WTI Light Crude à 57,53 dollars, l’or prend un bel uppercut, repasse vendredi après-midi en-dessous des 1’400 dollars par once pour revenir légèrement au-dessus ce matin. La zone de 1’440 dollars est à suivre, à ce niveau on peut envisager de vendre un call. Le rendement de l’emprunt US à 10 ans se reprend, lui qui ne cessait de baisser. En quelques minutes après l’annonce des chiffres de l’emploi, il passe de 1,95% à 2,07%. Ce matin il traite à 2,01%. La volatilité rebondit de 5,5%, l’indice VIX à 13,28. Rappelons que ce niveau reste extrêmement bas. Tout investisseur désireux de conserver ses actions pour continuer à surfer cette étonnante vague de hausse peut acheter de la protection à très bon compte. Enfin on observe quelques couvertures de positions à découvert (shorts) en fin de séance, l’indice S&P500 (SPX) récupérant du terrain graduellement dès la clôture européenne.

Plusieurs événements sont à signaler ce  weekend. Pêle-mêle, l'Iran s'autorise à dépasser les quotas d'enrichissement d'uranium qui avaient été fixés dans l'accord international de 2015. En Grèce, la droite devance le parti Syriza du premier ministre Alexis Tsipras. En Turquie, Recep Tayyip Erdogan a limogé le patron de la banque centrale pour le remplacer par son vice-gouverneur. Aux Etats-Unis, l'activité sismique a provoqué des dégâts dans le désert californien. A Hong Kong, plusieurs dizaines de milliers de manifestants ont défilé hier contre la loi d'extradition. Enfin, au Royaume-Uni, Boris Johnson est donné largement vainqueur du scrutin des membres du parti conservateur face à Jeremy Hunt.

L’hebdomadaire Barron’s publie une liste de 11 actions qu’il estime abordables dans un marché cher. En bref, le journal pense que de nombreuses bonnes affaires sont encore possibles. Il a cherché des titres offrant des rapports cours/bénéfices à venir abordables, des positions concurentielles fortes, une rentabilité solide et des perspectives de croissance décentes. Voici les noms,(la vue du Barron’s donc): Bank of America (BAC), BorgWarner (BWA), CBS (CBS), CVS Health (CVS), Delta Air Lines (DAL), Goldman Sachs (GS), Kroger (KR), Lennar (LEN), PVH (PVH), United Rentals (URI).

Au programme de ce lundi, la production industrielle et la balance commerciale allemandes (8h00), puis les chiffres du crédit à la consommation aux États-Unis (21h00).

Et cette semaine nous aurons droit notamment aux chiffres de l’inflation aux Etats-Unis, au PIB anglais et à la balance commerciale chinoise. La course pour le poste de premier ministre se poursuit au Royaume-Uni, Boris Johnson et Jeremy Hunt participeront à un débat télévisé demain. Mais le marché risque bien de se concentrer à nouveau sur la Fed. Jerome Powell, son patron, donnera plusieurs discours cette semaine. Chaque virgule de ses «speeches» sera décortiquée. En outre les minutes de la dernière réunion du FOMC seront publiées mercredi. Quelques résultats de sociétés seront à suivre (Pepsico, Delta, Bed Bath & Beyond, Levi Strauss) mais c’est la semaine prochaine que la saison des «earnings» débute réellement aux Etats-Unis.

Le NY Post pense qu’Alphabet et Dish Network veulent créer le quatrième opérateur télécom aux Etats-Unis. Boeing souffre, une compagnie aérienne saoudienne a annulé une commande de 737 Max pour 5,9 milliards de dollars, au profit d’Airbus. De plus, le régulateur européen a découvert un problème avec le système de pilotage automatique du 737 Max. En Suisse, Julius Bär s'est trouvé un nouveau patron. Philipp Rickenbacher succèdera à l'actuel titulaire du poste, Bernhard Hodler, à compter du 1er septembre. Après des mois de spéculations, la banque zurichoise a opté pour une solution à l'interne. LafargeHolcim est relevée par Barclays Capital à «Equalweight». Orange est sous tension en ce début de semaine: mardi, son PDG Stéphane Richard connaîtra le verdict du procès sur l'arbitrage de 2008 dans le dossier Crédit Lyonnais, qui pourrait lui coûter son poste s'il venait à être condamné. Deutsche Bank va supprimer 18’000 emplois dans le cadre d'une vaste restructuration qui lui coûtera 7,4 milliards d'euros mais doit lui permettre de redresser enfin la tête après des années de difficultés. La première banque allemande a annoncé hier qu'elle allait renoncer à son activité sur les marchés actions et réduire ses opérations dans la banque d'investissement pour se concentrer sur ce qu'elle considère être ses points forts, comme le financement de sa clientèle professionnelle, le marché des changes ou encore la banque privée. L’action Deutsche Bank en hausse de 2,6%.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent tous nettement dans le rouge. Tokyo abandonne 0,98% à la cloche alors que Shanghai rend 2,2%. Les statistiques américaines de vendredi font leur effet. En Europe, les indices ouvrent autour de l’équilibre alors que le future SPX abandonne 5 points en ce moment. Le doute est de retour et les marchés veulent des réponses à trois principales questions:

  1. un accord commercial sera-t-il conclu un jour entre les Etats-Unis et la Chine?
  2. Quid d’une baisse de taux par la Fed le 31 juillet?
  3. Quel sera le message délivré par les résultats de sociétés pour le deuxième trimestre?

Ils sont attendus en très légère baisse (-0,005% sur un an), selon les données Refinitiv, ce qui marquerait leur premier repli trimestriel depuis 2016.