Restez investis!

Salima Barragan

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Il faudra apprendre à vivre avec des droits de douane passés de 3 ou 7% à 25%, estime Laurent Denize de ODDO BHF AM.

Le cycle sera long. La guerre commerciale larvée a élevé la volatilité ainsi que les primes de risque des actifs. «Mais les entreprises restent sereines et répercutent peu les hausses des tarifs sur les consommateurs», estime Laurent Denize Co-CIO chez ODDO BHF AM. La décélération de la croissance reste certes importante, mais elle est encore loin du point de calage de l’économie mondiale estimée autour de 2,5%. Entretien.

Entre Trump, Xi et Powell, lequel de ces protagonistes doit-on craindre le plus?

Powell est pris entre plusieurs feux et l’inflation est un alibi: si l’on se réfère à la situation économique domestique et à la croissance nominale potentielle, il n’avait aucune raison de baisser les taux. D’ailleurs les tensions au sein du Conseil de la Fed le prouvent. Powell cherche à stabiliser la situation pour ne pas provoquer de crack boursier ou de récession tant les attentes sur les taux sont importantes. En revanche, nous avons des incertitudes sur la décroissance chinoise. Ainsi les chiffres des ventes de détail ont récemment touché leur point le plus bas depuis 17 ans. Le pays est sur une ligne de crête d’endettement et Xi a du mal à stabiliser son économie et la rediriger vers plus de consommation domestique. Mais la personne la plus à craindre, c’est Monsieur Trump!

«Les tweets de Trump ont peut-être des impacts sur la volatilité,
mais il s’agit plus de bruits de marché que de vrais signaux.»
Qu’attendre du cocktail explosif concocté par Trump?

Sa politique économique et populiste cherche à bouleverser l’ordre mondial avec des méthodes dont les effets économiques sont difficiles à appréhender. En premier, il a provoqué une surchauffe de l’économie avec une réforme fiscale superflue puis a fragilisé la croissance avec la hausse des barrières douanières. Ces «tweets» ont peut-être des impacts sur la volatilité, mais il s’agit plus de bruits de marché que de vrais signaux.

Quel est le nouveau changement de paradigme auquel nous assistons?

Ce changement de paradigme s’est effectué en deux temps. Il n’est pas seulement lié à la guerre commerciale mais également aux baisses des taux avec les outils non-conventionnels des banques centrales notamment les taux négatifs. Il va falloir apprendre à vivre avec des droits de douanes passés de 3 ou 7% à 25% et avec les dommages collatéraux sur la confiance et le commerce mondial. L’impact sur l’économie reste contenu car les droits de douanes visent pour le moment les biens intermédiaires et non finaux. Les entreprises ont réussi à compenser la hausse des prix de ces biens car les marges ne se sont pas effondrées, et ceci grâce à une hausse de la productivité mais également à stabilité du coût des matières premières et des salaires. 

«La remontée des taux longs passera
obligatoirement par une reprise de l’inflation.»
L’arsenal des banques centrales s’amenuise. Pourront-elles agir sur les taux longs?

La BoJ a réglé le problème en fixant un objectif sur ses taux longs après 20 ans de politique non-conventionnelle. La BCE et la Fed n’ont pas emprunté cette trajectoire. Pour l’instant, elles injectent à juste titre des liquidés pour enrayer le manque d’inflation et provoquer sa résurgence. L’inflation peut se propager par deux vecteurs: l’un endogène, les salaires, l’autre exogène, les droits de douanes. La remontée des taux longs passera donc obligatoirement par une reprise de l’inflation. 

Restez-vous investi comme vous le déclariez à Allnews en juillet dernier?

Oui, nous restons investis mais attendons un nouveau signal qu’il soit positif ou négatif. Côté négatif, nous ne voyons pas de stabilisation des données macro-économiques à ce jour. Côté positif, même si la croissance des bénéfices par action ainsi que les dépenses d’investissement sont revues à la baisse, nous n’avons pas d’inquiétude sur une récession proche. Nous sommes encore loin du point de calage de l’économie estimé à 2,5%. Nous sommes neutres sur la classe actions (au sein de laquelle nous privilégions les titres de croissance) et sur les obligations High Yield mais restons surpondérés sur les obligations de première qualité européenne car la BCE entrera le 1er novembre dans un programme de rachat de titres. Enfin nous conservons une poche de liquidité destinée à être investie en cas de baisse des valorisations des actifs risqués. 

 

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