Les mouvements tactiques sont souvent une source d’erreur

Yves Hulmann

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Christophe Collet de Vanguard souligne que les faibles coûts de la gestion passive restent un facteur décisif pour la performance à long terme.

Faut-il rester fidèle à la gestion passive ou adopter une approche plus active en périodes de turbulences? Pour Christophe Collet, directeur adjoint pour la Suisse et le Liechtenstein chez Vanguard, une approche d’investissement diversifiée et des frais bas restent des ingrédients clés pour réaliser une bonne performance sur le long terme. Entretien avec le responsable pour la Suisse romande et le Tessin de Vanguard.

Que représente le marché suisse pour Vanguard en comparaison européenne?

La Suisse est un marché de développement important pour Vanguard en Europe. Actuellement, notre équipe en Suisse compte six personnes, dont quatre qui s’occupent de la couverture du marché. Nous prévoyons de renforcer nos effectifs en Suisse afin de soutenir nos perspectives de développement auprès de la clientèle de gestion de fortune. A cet égard, il faut rappeler que la Suisse est déjà le troisième marché le plus important de Vanguard en Europe, après la Grande-Bretagne et le groupe réunissant l’ensemble des pays nordiques et le Benelux. Par ailleurs, le marché suisse comprend une part élevée en produits passifs, ce qui le rend d’autant plus intéressant.

«Il faut garder à l’esprit que la thématique des coûts reste essentielle
dans une approche d’investissement à long terme.»
La chute brutale des marchés depuis fin février a-t-elle remis en question l’intérêt pour les produits passifs chez les investisseurs?

En dépit de l’extrême volatilité actuelle des marchés, il faut garder à l’esprit que la thématique des coûts reste essentielle dans une approche d’investissement à long terme. L’expérience montre que deux facteurs sont essentiels pour la performance sur le long terme: d’une part, les coûts, car ils ont une grande influence sur le rendement net. Et, d’autre part, l’allocation d’actifs et la discipline d’investissement. Il s’agit de facteurs structurants pour la performance des investissements à long terme. Il faut rester diversifié et discipliné dans son processus d’investissement. La tentation de procéder à des mouvements tactiques est forte mais c’est souvent une source d’erreur dans une optique de long terme.

Après une très forte correction, n’y a-t-il pas des opportunités de miser davantage sur des fonds actifs ou thématiques?

Le fait de rester fidèle à une stratégie d’investissement donnée importe plus que la sélection de l’instrument en tant que tel. Si l’investissement passif, qui représente près de 75% des volumes de nos fonds, est cohérent avec les valeurs affichées par Vanguard depuis la création de la société en 1975 par John C. Bogle, des opportunités demeurent pour des stratégies actives, pourvu qu’elles soient fournies au meilleur coût. A cet égard, il est important de rappeler que Vanguard n’est pas une société cotée en bourse mais une mutuelle. Aux Etats-Unis, les porteurs de parts sont aussi les détenteurs de la société. Vanguard a ainsi tout intérêt à proposer des solutions aux meilleurs coûts aux investisseurs, quelle que soit la stratégie, active ou passive. Il y a un alignement d’intérêt: si on génère davantage de revenus, on peut à nouveau réduire les coûts et cela profite aux clients.

«Vanguard ne va pas lancer de fonds thématiques
répondant à des tendances ou sujets de mode.»
Lorsque Vanguard lance de nouveaux fonds, c’est sur la base de quels critères?

Ici aussi, la dimension de long terme est essentielle et elle doit être vérifiée avant le lancement de n’importe quel produit. Le principe consiste toujours à rendre l’investissement à la fois plus simple, plus lisible et plus accessible pour le plus grand nombre. Nous lançons des produits seulement dans les domaines où nous avons une réelle expertise et lorsqu’il est possible d’offrir des solutions pertinentes et à faibles coûts. Par exemple, Vanguard ne va pas lancer de fonds thématiques répondant à des tendances ou sujets de mode.

Quels thèmes sont alors susceptibles d’être exploités?

Nous avons travaillé sur des projets comme le lancement d’indices plus diversifiés aux Etats-Unis, lesquels comprendraient non seulement les plus grandes entreprises mais aussi des plus petites capitalisations. C’est aussi le cas dans le domaine des placements durables (ESG). Un autre point important à mentionner est que nous ne proposons que des produits physiques, à savoir que nos fonds détiennent réellement les titres, sans utiliser de swap ou d’instruments dérivés.

En Suisse, Vanguard est surtout connu auprès de la clientèle institutionnelle, visez-vous aussi la clientèle de détail?

Nous pensons qu’il y a des opportunités d’accroître l’adoption de nos produits par la clientèle de détail. Cela implique de développer les contacts avec les intermédiaires de gestion les plus proches de cette clientèle. A savoir, par exemple, les gérants de fortune indépendants, des plateformes d’investissement en ligne, les family office ou encore les établissements bancaires qui comptent une part importante de clientèle de détail. Des solutions dans le domaine du pilier 3a sont également très intéressantes.