Le marché des ETFs doublera en Europe

Yves Hulmann

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Sean Hagerty, chef pour l’Europe chez Vanguard, privilégie les produits indiciels diversifiés plutôt que ceux qui sont trop spécialisés.

Beaucoup de gérants de fonds de placement qui poursuivaient au départ une stratégie active ont peu à peu étoffé leur assortiment en proposant aussi des produits indiciels sous forme d’ETFs («exchange traded funds»). Pourquoi un tel virage? Entretien avec Sean Hagerty, responsable des activités européennes chez Vanguard, à l’occasion d’une conférence organisée en juin par le gérant de fonds en collaboration avec Bloomberg sur le thème «The Future of ETFs».

Selon vous, le marché des ETFs va encore doubler en Europe au cours des prochaines années. Qu’est-ce qui vous permet d’établir un tel pronostic?

Il faut d’abord préciser que cette prévision ne se rapporte pas au nombre d’ETFs qui seront proposés sur le marché mais au montant des actifs qui seront placés dans ces produits indiciels. Je pense que les montants investis dans les ETFs vont certainement encore doubler en Europe au cours des prochaines années – cela, avant tout, parce qu’il est dans l’intérêt des investisseurs de placer une plus grande part de leur portefeuille sous forme passive. Actuellement, environ 30% des actifs sous gestion aux Etats-Unis sont investis sous forme passive, comparé à environ 15% en Europe. L’Europe va certainement se rapprocher des Etats-Unis sur ce plan. Je ne vois pas de raison à ce qu’un tel écart demeure sur la durée.

Les fonds actifs sont aujourd’hui, en moyenne,
au moins cinq fois plus chers que les ETFs.
Les faibles coûts des ETFs sont un des facteurs qui ont favorisé leur essor par rapport aux fonds de placement classiques. Toutefois, ces derniers abaissent aussi à leur tour graduellement leurs coûts. Les produits passifs ne risquent-ils pas de perdre une partie de cet avantage compétitif par rapport aux fonds actifs?

Une partie des fonds actifs sont effectivement aussi devenus meilleur marché au cours des dernières années. Néanmoins, l’écart initial entre les ETFs et les fonds classiques reste important. Les fonds actifs sont aujourd’hui, en moyenne, au moins cinq fois plus chers que les ETFs. Beaucoup de fonds actifs affichent toujours un ratio total des frais sur encours (TER) supérieur à 1%. Par ailleurs, si l’argument des coûts est évidemment important pour les ETFs, ce n’est de loin pas le seul qui plaide en leur faveur. Les ETFs ont l’avantage d’être plus facilement négociables que les fonds. Un autre grand atout des ETFs est la prévisibilité de leur performance par rapport à l’évolution d’un indice de référence. Si vous achetez, par exemple, un fonds dédié aux actions européennes, vous ne savez pas à l’avance si le gérant va surperformer ou sous-performer l’indice de référence. Il est toujours très difficile pour un investisseur de parvenir à capturer la valeur ajoutée apportée par les fonds actifs. Si vous achetez le fonds qui a réalisé la meilleure performance dans sa catégorie au cours des trois à cinq dernières années, il se peut que ce soit précisément de fonds-là qui, ensuite, sous-performera durant les deux prochaines années. Sélectionner le bon fonds actif et choisir le timing opportun sont deux difficultés à ne pas sous-estimer lorsqu’on sélectionne un fonds.

Un aspect souvent débattu en ce qui concerne les produits passifs est la question de la «prolifération» des ETFs. A titre anecdotique, un ETF dédié à la thématique de l’obésité a par exemple été lancé. Cette tendance à la segmentation ne risque-t-elle pas de renchérir les coûts et de réduire la diversification implicite des ETFs?

C’est effectivement un sujet débattu dans l’industrie. Personnellement, je pense que les investisseurs dans des produits passifs sont mieux servis s’ils optent pour des instruments largement diversifiés. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de place pour certains ETFs thématiques mais en optant pour ceux-ci l’investisseur doit bien réfléchir à l’impact que ce type de produits aura sur la répartition des risques dans son portefeuille, les biais que ça peut engendrer, etc.

Les fournisseurs d’indices s’adaptent très vite à cette évolution
et mettent à disposition les benchmarks nécessaires.
Une autre question est celle des indices de référence. Y a-t-il suffisamment de benchmarks à disposition lorsqu’il s’agit d’ETFs qui se concentrent sur un thème donné ou tiennent compte d’aspects très spécifiques, comme les critères ESG par exemple?

Au fur et à mesure que des produits indiciels se développent autour de thématiques particulières, on peut observer que les fournisseurs d’indices s’adaptent très vite à cette évolution et mettent à disposition les benchmarks nécessaires. Personnellement, je suis très agnostique quant à savoir si les ETFs qui tiennent compte des critères ESG vont délivrer une meilleure ou une moins bonne performance ajustée des risques que d’autres fonds. L’important est que la préférence de l’investisseur soit respectée. S’il investit dans un tel ETF, il doit pouvoir obtenir un fonds indiciel tenant réellement compte des principes de durabilité.

Autre sujet récurrent: l’essor des ETFs de type «smart beta». Cette approche, qui consiste à modifier la composition de l’ETF en fonction de certains critères, ne remet-elle pas en question le fonctionnement même des ETFs qui sont en principe passifs?

Schématiquement, on pourrait répartir les fonds à l’aide des trois catégories suivantes. D’un côté, il y a les fonds de placement gérés de manière entièrement active. De l’autre, il y a les ETFs gérés de manière purement passive. Entre ces deux catégories, les ETFs de type «smart beta» se sont beaucoup développés ces dernières années. Si de tels fonds prétendent réunir les caractéristiques des deux autres catégories, il s’agit, par définition, de fonds qui ont une composante active – puisque le gérant décide de surpondérer tel ou tel critère. Par définition, le «beta» correspond au mouvement de l’ensemble du marché – dès le moment où le gérant s’en éloigne, il s’agit d’une manipulation active. Nous préférons les désigner sous le terme de «factor ETF», dans le sens où leur composition est modifiée en fonction d’un processus défini basé sur des critères quantitatifs.

Les ETFs ne représentent que 5% de l’ensemble
des activités de négoce sur les marchés des actions.
Les ETFs contribuent-ils à accélérer la volatilité sur les marchés ou  aident-ils au contraire à les stabiliser?

En dépit de leur forte croissance depuis plus d’une décennie, les ETFs ne représentent que 5% de l’ensemble des activités de négoce sur les marchés des actions – le 95% restant incombe donc à d’autres instruments. Les ETFs apportent de la liquidité sur les marchés et contribuent au processus de fixation des prix Je ne pense pas qu’il puisse y avoir des problèmes de liquidités spécifiques à cause des ETFs.

Pour Vanguard, qui est au départ un gérant actif, a-t-il été difficile de proposer également des produits passifs dans votre assortiment de produits?

Cette décision a été prise après des discussions intensives au sujet de ce que nous voulions proposer dans notre offre de produits ou non. A cet égard, il est important de rappeler que nous ne proposons qu’un petit nombre d’ETFs, à savoir 25 produits de ce type en tout. Beaucoup de nos concurrents en proposent dix fois plus. Notre objectif n’est pas de proposer un plus grand nombre d’ETFs à la clientèle à l’avenir mais d’augmenter les actifs sous gestion placés dans ceux-ci. Grâce aux économies d’échelle ainsi obtenues, nous pourrons abaisser nos tarifs et en faire ainsi profiter à nos clients. C’est du reste ce qu’a toujours fait Vanguard, aussi avec ses autres fonds.