Le Luxembourg à Genève

Nicolette de Joncaire

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13e édition du roadshow de l’ALFI en Suisse. Entretien avec les responsables de la faîtière Camille Thommes et Marc-André Bechet.


De gauche à droite: Camille Thommes et Marc-André Bechet

L’Association Luxembourgeoise des Fonds d'Investissement (ALFI) tient la treizième édition de son roadshow annuel en Suisse, ce mercredi 13 novembre à Genève, et jeudi 14 à Zurich. Une opportunité pour renforcer les synergies entre les places financières suisses et luxembourgeoises selon le directeur général de l’association, Camille Thommes, et son directeur général adjoint, Marc-André Bechet. En particulier dans le champ de l’ESG.

Il semblerait que les places luxembourgeoises et suisses partagent une priorité commune: l’investissement durable. Quelle est la proportion des actifs ESG sous gestion au Luxembourg?

Il nous parait utile de clarifier quelques notions. En matière de gestion d’actifs, l’ESG peut faire partie d’une politique générale sans focus particulier ou peut, au contraire, être au cœur du processus de gestion, ce qui est le cas des fonds ESG proprement dits. Selon plusieurs études convergentes usant de méthodologies différentes, celles de KPMG1 et celle de Morningstar2 en particulier, ces fonds ESG représentent environ 500 milliards en Europe soit 5% du total des fonds et 3% des actifs sous gestion. Dans cet univers, le Luxembourg a une part de marché de 34% des fonds et de 35% des actifs gérés. Le Luxembourg détient aussi une part importante des fonds d’impact, un segment beaucoup plus étroit (seuls 0,88% des fonds ESG en Europe sont des fonds d’impact) mais également plus dynamique, dont environ 76% des fonds de microfinance. Il est aisé d’en déduire que le Luxembourg est un bastion de la finance durable ce qui n’est guère étonnant dans la mesure où l’ESG est l’un des trois piliers de la place luxembourgeoise, avec les fonds OPCVM et la gestion alternative. En témoignent les chiffres de LuxFLAG3, l’agence de labellisation issue d’un partenariat public/privé créée il y a maintenant plus de 10 ans, qui recense 158 véhicules d'investissement dont 84 ESG, 3 Climate Finance, 9 Environment, 21 Green Bonds et 32 Microfinance. 

«La taxonomie ESG reste un élément clé mais il nous semble important
que les réglementations dans ce domaine ne deviennent pas prescriptives.»
L’Union européenne a remis son projet de taxonomie ESG à 2022. Est-ce problématique pour le développement de la finance durable?

S’il existe, de fait, de multiples standards en matière d’ESG, il nous parait intéressant de noter que, selon le rapport 2019 de la Global Sustainable Investment Alliance (GSIA), conclusion d’une enquête menée dans les 5 principales régions du globe, ces standards convergent ce qui est rassurant et rend la tâche moins difficile. La taxonomie européenne a effectivement été remise mais la publication d’informations relatives aux investissements durables et aux risques en matière de durabilité4 reste d’actualité pour le premier trimestre 2021. D’ici là, l’autorité européenne ESMA devra donc déjà travailler à la préparation des six normes techniques réglementaires. La taxonomie reste un élément clé – car elle contribuera à éviter un greenwashing dont nous ne voulons pas -, mais il nous semble important que les réglementations dans ce domaine ne deviennent pas prescriptives. Nous avons besoin de standards qui doivent rester souples et évoluer dans le temps. Ce qui est vert aujourd’hui ne l’est pas nécessairement demain. Le débat entre membres de l’Union européenne sur le nucléaire est un excellent exemple des divergences et ambiguïtés attachées à la notion d’ESG. Comme l’a indiqué le Parlement européen, il existe plusieurs nuances de vert. 

«La Suisse et le Luxembourg sont complémentaires et non concurrents
car le Luxembourg vend l’expertise suisse en Europe et au-delà.»
Pourquoi faire un roadshow en Suisse?

Parce que, des quelques 4'600 milliards d’euros domiciliés au Luxembourg, 14% ont été établis par des sociétés suisses. Comme l’explique notre présidente, avec une part de marché de 13,8% (pour être précis) des fonds luxembourgeois, soit 630 milliards d’euros d’actifs sous gestion selon les statistiques de la CSSF à fin septembre 2019, les gestionnaires d’actifs suisses sont par ordre d’importance le 4e groupe par origine géographique des promoteurs de fonds de droit luxembourgeois5. Quoi de plus normal que rendre une visite annuelle à Genève et Zurich, les deux principaux centres d’une communauté qui est, depuis l’origine, l’un de nos partenaires les plus importants? La Suisse et le Luxembourg sont complémentaires et non concurrents car le Luxembourg vend l’expertise suisse en Europe et au-delà. Nous comptons d’ailleurs quatre firmes suisses parmi les 24 membres du conseil d’administration d’ALFI: Crédit Suisse, UBS, Pictet et GAM. La Suisse est aussi bien représentée au sein des 160 groupes de travail de notre association. Quant au contact politique, il a de tout temps été amical. 

Quels sujets couvrirez-vous pendant ce roadshow?

Ils seront nombreux et variés: les OPCVM, la gestion alternative, l’ESG, la numérisation, les tendances du marché en matière de distribution, et bien sûr, le Brexit. Les roadshows peuvent souvent être l’occasion de conversations bilatérales avec certains acteurs privilégiés comme la SFAMA que nous rencontrons régulièrement à Bruxelles dans le cadre des travaux de l’association européenne EFAMA. Notez que les sociétés et associations suisses sont toujours bienvenues à Luxembourg pour tout évènement qu’elles voudraient y organiser. 

 

1 European Responsible Investing Fund market 2019, KPMG
2 European Sustainable Funds Landscape, Morningstar, August 2019
3 LuxFLAG : Luxembourg Finance Labelling Agency
4 Disclosure Templates for EU Securitisation Reporting
5 Ces chiffres comprennent aussi bien les OPCVM que les fonds alternatifs (FIA ou AIF en anglais)