A l’épreuve des pirates et des pannes électriques?

Anna Aznaour 

2 minutes de lecture

Piratage informatique et shutdown électrique, Lamine Brahimi explique leur impact sur la technologie blockchain à la lumière de Taurus-Protect.

Illusion digitale ou futur incontournable, la technologie blockchain est déjà en passe d’être adoptée dans des banques et milieux financiers suisses. Révolution amorcée en 2014 avec la prise de position du Conseil fédéral relatif aux devises numériques, suivie, en 2017 de la publication par la Finma de son guide sur les ICOs*. L’année 2018, elle, marquera une accélération vers cette transformation, avec, entre autres, la mise en place de groupes de travail sur le système blockchain par le Département fédéral des finances et la publication du rapport «Bases juridiques pour la distributed ledger technology et la blockchain en Suisse» de la Confédération. Le tout sur fond de bras de fer avec l’Union européenne qui, malgré la naissance, en 1958, de son réseau électrique transfrontalier dans le canton d’Argovie, n’hésitera pas à en exclure la Suisse en cas d’accord avorté. La question qui se pose est alors: «La blockchain pourra-t-elle protéger le pays isolé contre un shutdown électrique et le piratage informatique de ses avoirs?»

Après vos services Taurus-Trade et Taurus-Invest, vous venez d’annoncer l’opérationnalité de Taurus-Protect. De quoi s’agit-il?

Taurus-Protect est notre solution de stockage sécurisé d’actifs numériques, développée pour nos propres besoins ainsi que pour les bourses, banques et gestionnaires d’actifs. C’est une sorte de coffre-fort numérique qui permet de protéger les clés privées des clients comme les banques et les assurances. Nous avons également construit un certain nombre de processus de gestion des risques et de trésorerie, de réconciliation automatique avec les systèmes bancaires, qui permettent par exemple de refléter dans les reportings client les positions de leurs actifs. Bien que Taurus-Trade et Taurus-Invest aient déjà leur clientèle, notre service actuellement le plus demandé est celui de Taurus-Protect qui est une sorte d’entrée de base pour toutes les autres activités.

«Chaque client a son adresse – l’équivalent d’un IBAN – à travers Taurus-Protect.
Vous soulignez qu’il permet, entre autres, à votre clientèle de conserver les actifs digitaux sans impact sur leur ratio de capital. De quelle manière?

En se conformant à la réglementation d’après laquelle si l’on veut comptabiliser les actifs numériques de ses clients en bilan, il faut qu’ils soient déposés ou enregistrés dans les adresses blockchain complètement ségréguées. Taurus est probablement l’un des rares sur le marché à avoir pensé à intégrer ces aspects dès le premier jour et le proposer de manière très simplifiée à nos clients. Ainsi, chaque client a son adresse – l’équivalent d’un IBAN - à travers Taurus-Protect, très facile à créer pour ses usagers. 

Pourquoi faire confiance à blockchain, alors que l’on ne sait, concrètement, pas grand-chose de son fonctionnement?

Je crois que l’immense majorité des investisseurs qui, aujourd’hui, achètent une action d’une société ne connaissent pas nécessairement comment fonctionne une transaction sur titres. Demain, lorsque la blockchain s’étendra sur le marché, les gens feront exactement la même chose, mais sans se poser de questions, parce que l’infrastructure utilisée sera beaucoup plus simple, plus efficace et aussi moins chère. Exactement pareil qu’avec Internet et le téléphone mobile, que tout le monde utilise sans entrer dans les détails techniques de leur fonctionnement. Actuellement, l’essentiel pour les acteurs de solutions blockchain, c’est de créer des infrastructures hyper-robustes mais également de bien expliquer leur offre. Tandis que l’État, lui, doit se porter garant de son usage en régulant cette activité afin qu’elle soit conforme aux standards institutionnels les plus élevés. C’est ainsi que l’on crée, progressivement, de la confiance.

«L’avantage d’un système distribué de type blockchain,
c’est qu’il n’y a pas de point de défaillance unique.»
Que peut proposer la technologie blockchain contre un éventuel shutdown électrique dans le pays?

En cas de shutdown complet d’Internet, rien ne marchera dans le pays, et on ne pourra pas faire grand-chose. Par contre, l’avantage d’un système distribué de type blockchain, c’est qu’il n’y a pas de point de défaillance unique. C’est la force de la décentralisation, contrairement à l’architecture usuelle des infrastructures de marchés, principalement centralisée. C'est-à-dire, si des personnes mal intentionnées arrivent à attaquer le ou les points vitaux d’une infrastructure centralisée, cela peut causer passablement de dommages. Tandis que, pour une infrastructure distribuée de type blockchain, le système restera opérationnel malgré les atteintes de nombreux de ses nœuds.

Et en cas d’infiltration de pirates informatiques?

À ce jour, aucune technologie ne peut se targuer d’infaillibilité. Le risque zéro n’existe pas. Par exemple, le protocole bitcoin n’a jamais pu être hacké mais de nombreux vols de clés privées ont déjà eu lieu. Ce dont les banques doivent se protéger, c’est du vol des clés privées de leurs clients. Et c’est là où des solutions que nous proposons avec Taurus-Protect offrent l’un des niveaux de sécurité les plus élevés sur le marché actuel de blockchain, tout en étant simple d’utilisation. 

Est-ce que cette nouvelle technologie va, à moyen ou long terme, supprimer des emplois dans les secteurs financier et bancaire?

C’est, une fois de plus, le principe de la «destruction créatrice» de Joseph Schumpeter qui rythmera, probablement, ces métamorphoses. Comme lors de toutes les révolutions et progrès technologiques, il y aura des emplois qui vont être redéployés dans d’autres activités de la chaîne de valeur bancaire. Le plus important est d’être préparé et d’anticiper ces changements.

 

*Pour mémoire, un ICO (Initial Coin Offering) est une méthode de levée de fonds fonctionnant via l’émission d’actifs numériques, appelés tokens (jetons) échangeables contre des cryptomonnaies.