Gestion d’actifs, le monde à l’envers

Salima Barragan

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«Sur le long terme, Il faut repenser les actifs traditionnels», déclare Vincent Juvyns de J.P. Morgan Asset Management.

Des obligations qui génèrent des gains en capitaux et des actions source de rendements: c’est le paradoxe que dévoile l'édition 2020 des hypothèses à long terme sur les marchés financiers (LTCMA) de J.P. Morgan Asset Management. Rédigées dans un contexte de tensions commerciales et d'assouplissements de politiques monétaires, les hypothèses qui tiennent aussi compte de la faiblesse démographique impactant durablement la croissance, prévoient un retranchement des rendements sur toutes les classes d’actifs pour la décennie à venir. Vincent Juvyns, stratégiste chez J.P. Morgan Asset Management, exhorte les investisseurs à repenser les actifs traditionnels et à mieux diversifier la poche de «sans risques». Entretien.

Sur les dix prochaines années, quels seront les plus grands défis des gestionnaires de portefeuilles?

Les rendements des classes d’actifs continuent à s’éroder et la frontière efficiente est encore retombée par rapport à l’an dernier. Nous nous attendons à une lente normalisation des rendements des obligations qui seront bas pour longtemps mais pas négatifs pour toujours. En attendant les obligations n’offrent plus de rendement mais de gains en capitaux alors que les actions génèreront des rendements. Il faut dès lors repenser les actifs traditionnels et diversifier la poche de risque.

La politique monétaire est une condition nécessaire
mais pas suffisante à la croissance.
Quelles performances attendez-vous sur des portefeuilles équilibrés 60% actions et 40% obligations en dollar et en euro?

Les rendements attendus d'un portefeuille en dollar US à 60/40 diminuent de 10 points de base pour s'établir à 5,4% alors que la frontière efficiente se pentifie. Le ratio de Sharpe pour les obligations chute fortement, mais restent en ligne avec les actions américaines. Dans certaines devises, ils sont négatifs, ce qui laisse entrevoir des perspectives sombres sur les rendements des titres à revenu fixe. Sur un portefeuille balancé en euro, nous attendons désormais plus que 3% de performance contre 8% et 6% précédemment.

Comment les banques centrales ont-elles conditionné la prochaine décennie?

La politique monétaire est une condition nécessaire mais pas suffisante à la croissance. Malgré l’échec des banques centrales pour remettre la croissance en ligne, elles continueront sur la même voie. Leurs politiques ont favorisé les inégalités dans la société en soutenant les actifs financiers peu détenus par les ménages. Nous nous attendons à une extension fiscale de la politique monétaire ce qui rétablirait un climat de confiance. Pour qu’une politique fiscale s’exprime pleinement, il faut un contexte politique plus stable et un volet de réformes structurelles des économies comme aux États-Unis qui a connu le plus de succès.

Pourquoi la croissance reste-elle en dessous de la moyenne historique malgré les progrès technologiques?

En 1992 un conseiller américain a dit «It’s the economy, stupid» mais en réalité c’est la démographie qui est en cause. La croissance dépend de la productivité et de la démographie, or la croissance de la population active est en berne en Europe, au Japon et dans les pays émergents.

Malgré une croissance anémique, vous revoyez vos perspectives sur les actions à la hausse, bien que leur surperformance sur les obligations soit en bas de la fourchette historique…

Pour définir leur potentiel à long terme, nous nous intéressons aux valorisations actuelles. Sur 10 à 15 ans, nos estimations pour les actions sont stables mais restent meilleures que sur les obligations. Les meilleures performances attendues seront en Europe et sur les marchés émergents.

La transition écologique des économies requerra entre 3’000 et 6’000
milliards d’investissements par an à travers le monde.
Vos perspectives obligataires sont-elles moins bonnes uniquement à cause d’une faible croissance qui limite les rendements d’équilibre le long de la courbe des taux?

Puisque la croissance va rester faible, les taux obligataires vont le rester également. Mais au-delà de la prochaine récession, les taux ne resteront pas négatifs. D’ici cinq ans, ils repasseront au-dessus de zéro ce qui générera des rendements négatifs sur les obligations.

Vous avez mentionné que les actifs alternatifs attireront les investisseurs en quête de rendements plus élevés. Quels investissements seront-il les plus porteurs?

L’infrastructure sera la classe d’actifs la plus porteuse. Il s’agit aussi d’un thème majeur de la campagne électorale américaine. Notez que la transition écologique des économies requerra entre 3’000 et 6’000 milliards d’investissements par an à travers le monde selon l’OCDE. Aux Etats-Unis nous attendons 5,80% de rendement contre 5% en l’Europe.

Quelles devises favorisez-vous pour les prochaines années?

Je favorise le renminbi chinois. En cas de volatilité, le yen et le franc suisse resteront des valeurs sûres.  Le dollar - actuellement trop cher - baissera inexorablement. D’ici 10 ou 15 ans, nous le voyons à 1,38 contre l’euro.