Geneva Fintech Association: l’ambition de rassembler

Anna Aznaour

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Unir les acteurs genevois des fintechs, du financement participatif et des registres distribués est le but de GFA. Le point avec le président Sébastien Flak.

Fraîchement créée par cinq* poids lourds de la Cité de Calvin, Geneva Fintech Association (GFA) a pour ambition de construire des ponts et chaussées numériques au niveau aussi bien local qu’international. Sous le haut patronage de l’État de Genève, la jeune association s’apprête à lancer des événements grand public et des cours express qui en l’espace de quelques heures, déchiffreront le fonctionnement des nouvelles technologies aux professionnels des domaines financier, juridique et immobilier, entre autres. Sébastien Flak, son co-fondateur et président, explique les tenants et aboutissants de l’organisme qui souhaite propulser Genève au rang de nœud technologique incontournable en fédérant le plus grand nombre de professionnels.

Créé en mars 2019, combien de membres compte votre organisme aujourd’hui?

Nous avons déjà une dizaine de membres, tous directement concernés par les fintechs. Ces institutions financières, cabinets d’avocats et les compagnies tiers-gérant souhaitent premièrement débattre des sujets qui les touchent, deuxièmement se former et troisièmement élargir leurs réseaux de contact. Pour répondre à toutes ces attentes, nous allons donc lancer des événements, des lettres d’information et des cours express en nous positionnant en association faîtière. 

«Notre rôle est celui d’une passerelle
entre différents professionnels du marché.»
Pourriez-vous donner un exemple concret d’aide que GFA serait susceptible d’apporter à un membre? 

Prenons l’exemple d’une société qui souhaite lever des fonds en lançant ses actifs numériques (ICO). Pour ce faire, elle a besoin d’ouvrir un compte en banque en passant par un spécialiste de conformité (compliance officer) afin de se prémunir contre toute sanction judiciaire, administrative ou disciplinaire. Si la compagnie en question fait appel à nous, elle va pouvoir économiser beaucoup de temps, car nous allons l’aiguiller directement vers les bonnes institutions. Notre rôle est donc celui d’une passerelle entre différents professionnels du marché. 

Quel serait le sujet à même de créer une émulation collaborative entre les membres de GFA?

Dans la thématique générale de la chaîne des blocs (blockchain), il y en a beaucoup. La tokenisation (conversion d’une valeur en liquidité numérique) est le sujet qui intéresse le plus grand nombre. Surtout en ce qui concerne son application dans l’immobilier. Avant de pouvoir intégrer dans son portefeuille d’actions un bien immobilier, l’investisseur doit passer par plusieurs étapes. La première est le passage chez le Registre foncier, qui lui, actuellement, n’a pas encore adopté le blockchain. D’où l’impossibilité, pour le moment, à Genève, d’avoir 50 investisseurs pour un seul immeuble. Mais, lorsque cela sera enfin possible, il faudra passer à la deuxième étape, la création de sociétés qui stockeront les tokens. Ce projet-là, comme d’autres, pourrait donner lieu à diverses débats et collaborations entre les membres de GFA.

Idem pour les bitcoins?

Exact. Par exemple, quelqu’un qui a investi, il y a cinq ans, dans les bitcoins et qui voudrait, aujourd’hui, les convertir en francs suisses chez sa banque – UBS, Credit Suisse, etc. –  sera  dans l’incapacité de le faire. Pourquoi? Parce que ces institutions ne peuvent, pour l’instant, tracer l’investissement en question depuis ses débuts pour vérifier l’origine et la source des fonds. Elles ne sont tout simplement pas encore systématiquement outillées pour le faire. Tandis que d’autres sociétés comme Geneva Management Group le font déjà. Quel est alors notre intérêt à ce que ce système et ses services se démocratisent dans toute la Suisse? C’est tout simplement de rendre l’écosystème financier du pays plus fort et, par corolaire, plus désirable. D’ailleurs, l’État de Genève a créé un comité d’ICO pour inviter les investisseurs étrangers, tandis que la Confédération ambitionne de faire du pays une cryptonation!

«La généralisation des technologies numériques
va plutôt ‘lisser’ la population des investisseurs.»
Quel est le risque que ces technologies confrontent les résidents suisses à un nombre plus important d’investisseurs étrangers, et donc de concurrents potentiels, dans le secteur immobilier notamment?

La généralisation de ces technologies va plutôt «lisser» la population des investisseurs. Aujourd’hui, si l’on souhaite acheter un bien immobilier, on a besoin soit de détenir un certain capital, soit de passer par un fonds d’investissement. Dans les deux cas, cela coûte très cher, et, de plus, il faut être en possession de connaissances très avancées sur les marchés financiers. Tandis que cette numérisation va diminuer les coûts liés aux diverses acquisitions, et, ce faisant, faciliter les transactions financières en supprimant divers intermédiaires.

La présidence de votre association est organisée à la mode «Conseil fédéral». Pourquoi?

Nous avons vu beaucoup d’associations qui n’ont pas duré à cause de conflits entre ses membres fondateurs et ses différents présidents. Pour éviter cela, nous avons décidé de changer de président chaque année. Ce tournus va assurer une mobilité dans les décisions, nécessaire aux avancées de nos projets axés sur l’objectif éduquer-fédérer-débattre. 

 

* Geneva Management Group (GMG), l'institut d'enseignement numérique CREA, le cabinet d'avocats Ochsner & Associés, le fournisseur de solutions blockchain We Can Group et des experts en collecte de fonds Swiss Crowdfunding Association