Esprit de conquête

Nicolette de Joncaire

2 minutes de lecture

Premier gestionnaire d’actifs européen à avoir été financé par une ICO, Napoleon Group veut convaincre la Suisse. Entretien avec Stéphane Ifrah.

Né avec Napoleon Capital il y a deux ans, le groupe Napoleon s’est étoffé avec Napoleon AM fin novembre dernier puis avec Napoleon Index en février. Le groupe compte donc désormais une société de conseil financier (CIF), un gestionnaire d’actifs (AIFM) et un administrateur d’indices réglementé (BMR). Spécialisé dans les stratégies quantitatives sur sous-jacents classiques et crypto, le groupe Napoleon a partiellement financé son lancement par une ICO en février 2018. Plus récemment, en avril 2019, Napoleon Capital annonçait la clôture d’un tour de table avec BNP Paribas Asset Management. Stéphane Ifrah, co-fondateur de la société avec Jean-Charles Dudek et Arnaud Dartois, était récemment à Genève.

Pouvez-vous résumer la genèse de Napoleon Capital?

Napoleon Capital est une société de conseil auprès de professionnels de la finance, enregistrée auprès de l’AMF au titre de CIF1. Son offre s’appuie sur des méthodes quantitatives d’investissement entièrement propriétaires utilisant des techniques de CTA (de type trend following et mean reversion) sur des actifs classiques. Le concept est d’offrir à nos clients un outil systématique entièrement automatisé qui réponde à leurs stratégies et leur donne une lisibilité complète de l’approche employée. Nous parlons ici de stratégies sur indices utilisant des futures pour une liquidité aussi complète que possible. 

«Avec Napoleon AM, nous visons les actifs crypto
qui offrent un minimum de liquidité.»
Certaines de vos stratégies sont dédiées à des actifs crypto. Lesquels et pourquoi?

Avec Napoleon AM, nous visons les actifs crypto qui offrent un minimum de liquidité – comme le Bitcoin, l’Ethereum, le Ripple ou le Litecoin - dont la capitalisation de marché se situe entre 5 et 140 milliards de dollars (au 21 mai 2019).  C’est un pari sur une classe d’actifs en devenir sur laquelle les sociétés de gestion d’actifs ne se sont pas encore sérieusement positionnées. 

Ces actifs deviendront-ils incontournables?

Il est encore difficile de prévoir l’évolution individuelle de chacun de ces actifs et encore davantage le timing de cette évolution mais il est certain que le développement des technologies sous-jacentes – les chaînes de blocs notamment (blockchain) - vont amener les intervenants à devoir construire des stocks d’actifs crypto.  En France, la loi Pacte instaurera un cadre législatif et juridique qui va contribuer au développement des levées de fonds en cryptomonnaies. 

«Napoleon Index vise à devenir l’un des premiers publicateurs réglementés d'indices
à utiliser la blockchain comme outil pour améliorer la traçabilité et l'efficacité.»
Vos méthodes sont traduites en stratégies de gestion réglementées?

Effectivement, depuis novembre dernier, l’AMF2 a consenti un agrément de gestion à Napoleon AM, ce qui nous permet d’effectuer des stratégies de gestion pour des investisseurs professionnels. Nous sommes ainsi l’un des premiers gestionnaires d’actifs européens à proposer une exposition aux actifs crypto. Les positions sont gérées sur des futures comme les Bitcoin Futures du CME.  Notez que sur le plan de leur profil financier, les actifs crypto ont la particularité d’avoir une volatilité supérieure à leur VaR3, ce qui peut améliorer, à petites doses, le profil risque/rendement d’un portefeuille. 

Aux côtés de Napoleon Capital et de Napoleon AM, vous avez aussi ouvert Napoleon Index. 

Napoleon Index vise à devenir l’un des premiers publicateurs et administrateurs réglementés d'indices à utiliser la blockchain comme outil pour améliorer la traçabilité et l'efficacité. Enregistré sous la nouvelle réglementation BMR4, il vise à mieux nous faire connaître. 

Vous venez de clôturer un tour de table avec BNP Paribas. Quel en est l’objectif?

L’objectif est de renforcer notre relation avec un acteur majeur à l'échelle européenne, avec qui nous avons de beaux projets qui devraient être annoncés sous peu. 

«Nous allons lancer sous peu des fonds
accessibles par les investisseurs suisses.»
Quelle est la nature de votre partenariat avec le courtier en ligne eToro?

eToro offre à ses adhérents la possibilité de copier une stratégie de placement sous le nom de Partner CopyPortfolios. Nous avons mis l’une de nos stratégies crypto en exclusivité sur leur plateforme. Le but de ce partenariat n’est pas d’ordre financier; il est d’accroître la visibilité de notre savoir-faire auprès d’un public plus large. 

La question a dû vous être posée cent fois mais le nom (et le logo) de votre société intrigue. Pourquoi Napoleon?

Effectivement c’est un nom qui ne passe pas inaperçu. Nous l’avons choisi pour des raisons historiques car notre société a été incubé par X-Tech de l’Ecole Polytechnique de Paris dont je suis un ancien élève ainsi qu’Arnaud Dartois. Or cette école doit beaucoup à Napoléon Ier. C’est aussi pour des raisons de marketing. Un excellent moyen que l’on ne nous oublie pas. 

Pourquoi êtes-vous venu à Genève? Qu’attendez-vous de la Suisse?

La Suisse est un pays important pour nous pour trois raisons. Tout d’abord, les banquiers et les family offices font partie des clients de Napoleon AM. Par ailleurs, nous allons lancer sous peu des fonds accessibles par les investisseurs suisses. Enfin, nous sommes convaincus que la Suisse est un centre financier majeur en Europe, qu’il s’agisse de stratégie quantitative, d’investissement sur des crypto-actifs ou, en règle générale, sur les innovations financières, et avons donc décidé d’en faire une priorité. 

1 Conseiller en Investissements Financiers
2 L'Autorité des marchés financiers
3 VaR: Value-at-Risk: notion utilisée pour mesurer le risque de marché d'un portefeuille d'instruments financiers
4 Suite au scandale du Libor, la nouvelle règlementation sur les benchmarks de l'AEMF (BMR) vise à coordonner la supervision des administrateurs d'indices.