«Diversifier, c’est ma devise»

Anne Barrat

3 minutes de lecture

Diversification et internationalisation pour la banque de tous les Genevois, en Suisse et à l’étranger. Entretien avec Blaise Goetschin, CEO de la BCGE.


© BCGE - Loris von Siebental, Myimage.ch

2017 aura vu tous les indicateurs de performance de la BCGE, détenue à près de 3/4 par les collectivités publiques de Genève (canton: 44,3%, ville: 20,9%, communes genevoises: 7,4%) au vert. La hausse de la rentabilité (+15,9%) permet à l’institution clé pour le développement de l’économie locale de distribuer un dividende de 2,90 francs (+5,5%).

Comment expliquez-vous la croissance de l’exercice 2017?

La performance exceptionnelle que nous avons connue pendant l'année 2016, déjà très favorable, a confirmé une tendance structurelle d’expansion de nos activités, d’amélioration de notre compétitivité, de notre productivité et de notre profitabilité. Ce qui se traduit par une augmentation de la rentabilité à un niveau record de 128,3 millions de francs soutenue par un chiffre d’affaires en hausse de près de 5% à 366,1 millions de francs et une maîtrise des dépenses (+0,5%) alors même que des investissements importants ont continué d’être réalisés dans la digitalisation de la banque et le renforcement des équipes. Trois mots clés expliquent en grande partie cette performance: la diversification des métiers, la diversification géographique et une gestion ALM dynamique qui concourent toutes trois à une déconcentration des risques.  Il ne faut pas oublier la consolidation des capitaux propres (en hausse de 6,2% à 86 millions de francs au 31/12/2017) qui a bénéficié d’une émission AT1 et AT2 de 200 millions. 2018 ne devrait pas voir de nouvelle émission.

«Des partenariats locaux, dans le domaine immobilier notamment,
ont donné lieu à de nombreux projets.»
En quoi les facteurs clés du succès de l’exercice 2017 s’inscrivent-ils dans une stratégie à long-terme?

Dans un contexte où les contraintes réglementaires atteignent quasiment un niveau contre-productif, l’optimisation de l’allocation des capitaux propres est essentielle. Il s’agit concrètement de privilégier les activités les moins consommatrices de capitaux propres, donc celles qui génèrent des commissions, soit 30% de nos revenus aujourd’hui, le crédit représentant 60% de ces derniers. Le développement des activités d’asset management (+29% en 2017), de private banking (+7% en 2017), et de trade finance participent de cette stratégie de diversification à la fois thématique et géographique. La BCGE a ainsi gagné des parts de marché dans les activités de trade finance, étoffant sa division internationale et ses partenariats avec des banques locales et augmentant ainsi de 22% ses commissions de crédit.  En outre, la distribution des fonds par Synchrony a été renforcée, la gamme élargie à de nouveaux fonds de placement (LPP 80 notamment). Dans le même temps, nous avons investi dans le private equity, non seulement à travers notre filiale Capital Transmission, qui intervient essentiellement sur des transactions later stage, mais aussi en accompagnement des clients du private banking. Il faut noter que la BCGE, à l’instar d’autres banques cantonales, a fait part à l’Union des banques cantonales de son désir de voir ces contraintes réglementaires pesant sur la catégorie 3 des banques helvétiques allégées comme cela a déjà été le cas pour les établissements de catégorie 4 et 5. Il appartiendra à l’UBC de se rapprocher de la Finma dans cette perspective. Il ne faut pas oublier le rôle de la digitalisation dans cette stratégie, qui représente un investissement constant et maîtrisé.

«Nous avons investi dans le private equity
à travers notre filiale Capital Transmission.»
Cette stratégie à long-terme contribue-t-elle à renforcer le profil original de la BCGE dans le paysage des banques cantonales?

Si avec 2/3 de clients institutionnels et de PME – elle compte quelque 19,350 entreprises clientes –  la BCGE est avant tout au service du financement de l’économie locale, elle n’en est pas moins aussi une banque internationale. Sa proximité de la France – Genève compte 123 km de frontières avec cette dernière –, se traduit par des partenariats locaux, dans le domaine immobilier notamment, qui a donné lieu à de nombreux projets. Le futur en verra d’autres. Nous servons 50,000 clients frontaliers. Nos bureaux de Dubai et de Hong Kong étayent également le développement de notre clientèle internationale. Notamment les Suisses de l’étranger, que nous avons à cœur d’accueillir. Le service expatbanking a été mis en place pour les servir. Des efforts qui se traduisent par une progression de la masse sous gestion à 26,4 milliards de francs à fin 2017.

L’initiative populaire* pourrait-elle casser le cercle du redressement de la BCGE depuis 1999?

Il n’y a aucunebonne raison de remettre en question le respect du plan de remboursement entériné par le grand conseil de Genève en 2005, qui se solde par un prélèvement de 20 centimes sur le dividende annuel. Nous avons déjà remboursé 56,6 millions sur les quelques 370 millions dus. Toute déviation par rapport au plan ne serait bénéfique à aucune des parties prenantes: elle pénaliserait la croissance de la banque, sa capacité de financement de l’économie locale, les emplois qu’elle génère, les revenus à l’administration fiscale …

Votre stratégie actionnariale pourrait-elle permettre au cours de l’action de monter?

Notre objectif est d’élargir notre base actionnariale à 20,000, soit 5,000 de plus qu’aujourd’hui, notamment en diversifiant notre empreinte locale et internationale. La digitalisation participe de cet effort, qui permet d’offrir des avantages supplémentaires au club d’actionnaires. Le flottant de la banque représentait 27,4% du capital à fin 2017. Le potentiel de croissance de l’action, dont le cours s’établissait à la fin 2017 à 0,75% de la valeur comptable (165 francs contre 207 francs), contre 1 à 1,2 pour les banques internationales, présente un atout indéniable pour attirer de nouveaux actionnaires.

 

Cliquez ici pour retrouver les résultats détaillés de la BCGE

 

* Il s’agit de l’initiative lancée par Ensemble à gauche. Pour plus d’information, cliquez sur les articles associés