Swiss Re déçoit en 2018, mais gâte ses actionnaires

AWP

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Le conseil d'administration proposera aux actionnaires un dividende relevé de 60 centimes, à 5,60 francs et leur soumettra un nouveau plan de rachat d'actions.

Swiss Re est parvenu à dégager un bénéfice net de 421 millions de dollars (à peine plus en francs) l'an dernier, malgré des débours massifs sur la fin de l'exercice. La rentabilité demeure ainsi sensiblement inférieure aux projections des analystes, mais le réassureur souligne que l'année 2018 s'est avérée l'une des plus coûteuses pour le secteur de l'assurance.

Les fonds propres se sont érodés de 16,3% à 27,93 milliards de dollars.

«Le front des catastrophes, naturelles ou causées par l'homme, n'a connu aucun répit au cours de l'exercice écoulé. Notre robustesse financière nous a permis de soutenir nos clients en ces temps difficiles», note le directeur général Christian Mumenthaler, cité dans le compte-rendu publié jeudi. Les désastres naturels ont coûté 2,2 milliards à Swiss Re, les incidents d'origine humaine 0,8 milliard.

Le conseil d'administration proposera aux actionnaires un dividende relevé de 60 centimes, à 5,60 francs et leur soumettra un nouveau plan de rachat d'actions, en deux tranches de 1,0 milliard de dollars chacune. La seconde demeurera toutefois conditionnée à l'évolution des finances du groupe et à un désengagement en dessous de 50% de Reassure.

Hors impact d'un changement de norme comptable, le bénéfice net se serait élevé à 894 millions. Les primes brutes ont atteint 36,41 milliards de dollars, soit 4,7% de plus qu'un an auparavant.

Rétablissement des ratios combinés

Le ratio combiné, soit le rapport entre primes encaissées et remboursements accordés aux clients, a été sensiblement amélioré dans le segment Property and Casualty (P&C), à 104,0% contre 111,5% un an plus tôt. L'unité a dans la foulée retrouvé la voie de la rentabilité, avec un bénéfice de 370 millions contre une perte de 413 millions en 2017.

Les solutions pour entreprises (Corso) ont également relevé la tête, avec un ratio combiné de 117,5% contre 133,4%. Le rétablissement est toutefois demeuré insuffisant pour renouer avec l'équilibre. Le déficit a été ramené à 405 millions, contre 741 millions.

Les analystes anticipaient une performance plus reluisante sur presque tous les fronts. Le bénéfice net était ainsi attendu à 608 millions de dollars, les fonds propres à 28,54 milliards, les ratios combinés de P&C et de Corso à respectivement 103,9% et 107,8%. La rémunération offerte aux actionnaires, anticipée au mieux à 5,40 francs constitue l'unique bonne surprise.

La ronde des renouvellements de contrats en début d'année a débouché sur un volume de primes de 10,0 milliards, à comparé avec les 8,4 milliards parvenus à échéance. Sur ces 19% de hausse, 1% est à mettre au compte d'un renchérissement.

Analystes divisés

Au rayon des perspectives, la saga du Brexit n'inquiète pas outre-mesure la multinationale zurichoise. L'unique véritable impact d'une sortie plus ou moins ordonnée du Royaume-Uni pourrait concerner le projet d'introduction en Bourse de la division Reassure, pour l'heure suspendu.

«Les conditions de marché pour une telle opération dépendront des décisions politiques autour du Brexit», a reconnu le directeur financier John Dacey en conférence téléphonique. Swiss Re précise qu'il n'existe aucune certitude que l'introduction en Bourse de ces activités se concrétise. L'assureur japonais MS&AD avait porté sa participation dans Reassure de 15 à 25% en décembre dernier, moyennant près de 400 millions de francs.

«Faible performance, généreuse rémunération des actionnaires», résume UBS dans un commentaire matinal. La banque aux trois clés s'interroge sur les perspectives du réassureur, soulignant que l'évolution de la rentabilité demeure pour l'heure anémique.

Plus magnanime, Goldman Sachs rappelle que la volatilité fait partie intégrante du modèle d'affaires de la réassurance. Le mastodonte bancaire américain accueille dans l'ensemble une volée de chiffres satisfaisants, à l'exception toutefois des performances de l'unité Corso.

Vontobel interprète les largesses de Swiss Re envers ses actionnaires comme un signe de la confiance de l'entreprise dans ses perspectives. Dividende et rachat d'actions devraient, de l'avis de l'établissement zurichois, contribuer à faire passer la pilule amère de résultats décevants.