Julius Baer: graves lacunes dans la lutte contre le blanchiment

AWP

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La Finma dénonce de graves manquements dans le contexte de soupçons de corruption en lien avec le groupe pétrolier étatique Petróleos de Venezuela et avec la Fifa.

La Finma tacle jeudi Julius Bär dans le domaine de la lutte contre le blanchiment d’argent. L’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers dénonce de graves manquements, constatés entre 2009 et début 2018, dans le contexte de soupçons de corruption en lien avec le groupe pétrolier étatique Petróleos de Venezuela (Pdvsa) et avec la Fédération internationale de football association (Fifa).

Les conclusions du gendarme helvétique des marchés financiers reposent sur les résultats d’une procédure d’»enforcement» à l’encontre de l’établissement zurichois, désormais close, précise un communiqué diffusé jeudi.

Sont notamment reprochés à Julius Bär des «manquements systématiques dans le respect des obligations de diligence», ainsi que des «violations de l’obligation de déclarer.»

Manquements plus que récurrents

Sur les 70 relations d’affaires examinées en fonction de leurs risques et les plus de 150 transactions sélectionnées de la même manière, la quasi-totalité des premières et une grande majorité des secondes se sont révélées être critiquables.

A titre d’exemple, la Finma cite le cas d’une transaction de 70 millions de francs pour un client vénézuélien, réalisée par Julius Bär sans les vérifications nécessaires et alors que l’établissement savait que celui-ci faisait l’objet d’accusations de corruption.

Julius Bär est désormais invité à adopter des mesures efficaces pour assurer ses obligations juridiques sur le blanchiment d’argent et à procéder à une mise en oeuvre complète des initiatives déjà engagées.

Julius Bär devra aussi revoir sa politique de recrutement et de gestion des conseillers à la clientèle, ainsi que ses directives en matière de rémunération et de sanction.

Dans l’attente du rétablissement de l’»ordre légal», Julius Bär se voit enfin interdit de procéder à toute acquisition d’entreprise importante. Un mandataire indépendant sera désigné par la Finma pour contrôler la mise en place des mesures requises.

Profils bas

Dans une prise de position, Julius Bär «prend note» de la finalisation de la procédure d’enforcement dans le cas Fifa/Pdvsa et admet les lacunes exprimées autour des garde-fous anti-blanchiment dans ses activités en Amérique latine.

L’établissement assure coopérer pleinement avec le gendarme des marchés financiers et souligne avoir remplacé fin 2017 les responsables de la région concernée. Les activités au Panama et au Venezuela ont en outre été abandonnées.

Interrogé par AWP, le porte-parole de Boris Collardi s’est refusé à tout commentaire sur l’affaire. Pour rappel, l’actuel associé de la banque Pictet a dirigé Julius Bär de 2009 à fin 2017.

Excès de modestie expliqué

Vontobel estime les reproches de la Finma «sérieux» et souligne que Julius Bär ne récuse pas «sur le principe» les conclusions de l’enquête du gendarme financier helvétique. La banque de gestion zurichoise interprète certaines des récentes adaptations stratégiques annoncées par Julius Bär comme une tentative de remise en conformité sous la houlette de l’actuel patron Philipp Rickenbacher.

Le communiqué de la Finma livre une explication sans équivoque aux observateurs qui s’étonnaient des modestes ambitions de croissance de Julius Bär, présentées en début de mois parallèlement aux résultats 2019, surenchérit la Banque cantonale de Zurich (ZKB).

Morgan Stanley également soupçonne l’inflation de 20% budgétée pour 2020 et 2021 dans les dépenses techniques d’intégrer les frais afférents aux ajustements requis par la Finma. Le mastodonte bancaire new-yorkais souligne aussi que l’avertissement de la Finma n’est assorti d’aucune sanction financière.

A l’approche de la mi-journée, la nominative Julius Bär cédait 2,0% à 48,23 francs, dans un SLI en retrait de 0,26%.